Amusons-nous à suivre le parcours du couple royal depuis le Château de Vincennes, dernière étape avant Paris, jusqu’au Palais du Louvre où ils se retirèrent après les festivités. Nous sommes au Grand siècle, à la place de Louis et Marie- Thérèse, dans leur carrosse doré…

Rendez-vous, à Vincennes, avenue de Paris devant le métro Château de Vincennes. Qu’aurions nous pu voir avenue de Paris, à part le château, du haut de notre carrosse à remonter le temps ?

Nous serions dans un bois, le château de Vincennes étant, à cette époque, domaine royal et territoire de chasse. Il y avait bien les quelques maisons du hameau de la Pissotte, du nom d’un ruisseau qui s’est perdu depuis et celles de la « Basse-cour », quartier réservé aux domestiques du château. La municipalité de Vincennes naquit en 1787 de la réunion de ces deux lieux dits. Maintenant, en face du métro, nous admirons, au numéro 98 de l’avenue de Paris, la façade d’un bel immeuble 1932 de l’architecte Victor Francione. En continuant, nous découvrons, au numéro 160, un immeuble de 1887 dont la frise au dessus de la porte cochère s’inspire de celle du Parthénon. Le thème récurent du cheval indique que cet immeuble avait été construit pour un marchand de chevaux.

L’entrée principale du château de Vincennes s’effectue par la Tour du Village, côté Nord du château, sur l’avenue de Paris 94300 Vincennes. Le visiteur peut aussi entrer dans le château par la Tour du Bois, située au Sud du château, côté bois de Vincennes.

Au 164 bis, l’architecte Geoges Marandon a signé, en 1934, un très bel immeuble Arts déco. Après le métro Bérault, l’avenue de Paris se prolonge sur Saint Mandé. Au Grand siècle, ce n’était qu’un hameau adossé au vestige du mur d’enceinte qui clôturait le domaine royal avec une tourelle (d’où le nom saint Mandé Tourelle), défense avancée du château construite au XIVe siècle. Cependant, un certain Nicolas Fouquet qui avait acheté la propriété de Catherine de Beauvais, initiatrice de notre futur roi soleil, la transforma en une luxueuse demeure entourée de jardins signés Le Notre et qui préfigurait Vaux le Vicomte. La jalousie de Louis a-t-elle commencé à poindre à cet endroit du parcours ?

Il n’existe aucun vestige de cette époque mais jetons un coup d’oeil en passant au N° 69 : entrée de l’hôpital militaire Begin construit entre 1855 et 1858 et au N° 73 : notre Institut géographique national crée en 1940, très apprécié des randonneurs.

Ensuite traversons un « no man land » au-dessus du périphérique jusqu’au métro Porte de Vincennes pour nous retrouver, cette fois, dans notre Paris contemporain, encore hors limites de celui de nos prédécesseurs du XVIIe siècle. Nous voici cours de Vincennes, animé deux fois par semaine par l’un des plus grand marché parisien. La foire du Trône, dont le millénaire a été célébré en 1957, s’y tenait jusqu’en 1962 avant son déplacement sur « la pelouse de Reuilly »… L’entrée du lycée Maurice Ravel se situe au N° 89 et celui d’Hélène Boucher au N° 75. Mais allons vite voir quel spectacle eut lieu ce 26 août 1660 sur la toute nouvelle place du Trône. Une vaste garenne laissée en friche s’étendait depuis le dernier mur des fermiers généraux séparant la ville de la campagne environnante parsemée de quelques maisons entourées de potagers et de deux ou trois cloîtres jusqu’aux clôtures des jardins du village de Picpus. Cet espace fut aménagé et baptisé place du Trône à cause du trône installé, ce jour là, en son milieu.

Que la fête commence

Elle fut organisée et financée par le bureau municipal dirigé par le prévôt des marchands qui avait réuni au préalable à l’Hôtel de ville les échevins et le procureur du roi pour en établir le programme et le détail des préparatifs. Les frais couvraient les feux de joie, les illuminations des maisons, la distribution de pain et de vin et la musique à chaque halte du cortège dont le Te Deum final. A cela, il fallut ajouter le coût de construction d’arcs de triomphe variés, chefs d’oeuvre éphémères dans l’art du trompe-l’oeil, confiés à des artistes français, dont Le Brun.

Du haut de son trône, le roi vit défiler en grande tenue d’apparat et en musique, la milice parisienne, le corps de ville, les « Escuries du roy » la chancellerie au complet, les archers de la ville, les représentants des maisons royales, la garde royale, les docteurs des universités, les représentants de la cour des Monnaies, ceux de la cour des « Aydes », sans oublier le cortège des ecclésiastiques.

La place du Trône, rebaptisée place de la Nation,
depuis la Fête nationale du 14 juillet 1880

Oublions le sinistre épisode de la Terreur en indiquant néanmoins l’emplacement de la guillotine, à la hauteur du 79 bd de Picpus. Arrêtons nous un instant devant les deux pavillons et les deux colonnes de la barrière du trône qui ouvrent la place, vestiges des barrières d’octroi construites entre 1785 et 1788 par l’architecte Nicolas Ledoux.

Les statues de Philippe Auguste et de saint Louis seront rajoutées sur les colonnes en 1845. Prenons le temps de contempler le monument central : « le triomphe de la République » commandé en 1879 au sculpteur Jules Dalou, impressionnant groupe en bronze dont tous les personnages allégoriques paraissent animés dans un mouvement tournant autour de la République perchée sur un char tiré par deux lions.

« En route pour Paris » à travers le faubourg Saint Antoine

A l’époque de Louis XIV, nous étions sur le domaine de l’abbaye de saint Antoine des Champs, riche couvent de femmes dont les abbesses étaient généralement des princesses de sang. Elles avaient fait prospérer le quartier dès le 15e siècle grâce au privilège accordé par Louis XI : l’affranchissement de la tutelle des corporations. C’est ainsi que naquit la vocation des artisans du quartier pour l’ébénisterie et les métiers du meuble. On y travaillait aussi la faïence, le textile et les métaux. Cette population laborieuse et inventive se répartissait dans une cinquantaine de rues formant le quartier du faubourg saint Antoine, bien pourvu aussi en brasseurs et cabaretiers.

En remontant de nos jours la rue du faubourg Saint Antoine, nous passons d’abord, au N° 254, devant l’orphelinat Eugénie Napoléon qui préféra sa fondation comme cadeau de mariage de la ville de Paris, en 1856, à un bijou de prix. Au N° 184, nous sommes face à l’entrée de l’hôpital Saint Antoine crée en 1795 et agrandi sur l’emplacement de l’abbaye dont il ne reste plus qu’un seul vestige : le pavillon de l’Horloge remanié en 1764. Le balcon du N° 156 mérite notre attention car il a gardé le nom de l’ancien cabaret : « A la grappe Degois ». La rue a conservé l’organisation séculière : immeuble d’habitation de deux ou trois étages sur rue avec les ateliers au fond des parcelles.

Les passages pittoresques qui s’ouvrent dans la rue du faubourg saint Antoine reflètent les traditions des métiers du meuble.

Faute de temps, nous ne pouvons explorer tous les passages mais allons quand même visiter celui qui s’ouvre au 115 : « le passage de la Bonne Graine » qui héberge encore des ateliers. Au N° 95, une porte fenêtre turquoise sert de blason à une ébénisterie fondée en 1882. A l’angle avec la rue saint Nicolas, une statue d’évêque veille sur nous. Au N° 75, entrons dans la cour de l’Etoile d’Or en passant sous le pavillon du 17e siècle gravé d’un cadran solaire. Ne pas oublier, face au passage des Chantiers, de prendre en photo la fontaine Trogneux qui date de 1751. Au N° 68, on aime ou non la façade contemporaine de l’architecte J.M. Wilmotte. La rue du faubourg Saint Antoine appelle à la flânerie mais rattrapons vite le cortège à la porte saint Antoine.

Entrée dans Paris, au 17e siècle, par la porte « saint Anthoine »

Cette porte s’ouvrait dans le mur d’enceinte de la ville. Elle s’appuyait sur l’une des huit tours de la Bastille et l’on y accédait par le pont Dormant, au-dessus les fossés. Sur ce pont, le cortège passa sous l’un des premiers arcs de triomphe commandés pour la circonstance dans une ambiance de kermesse et des chants de liesse. Il s’engagea ensuite dans la rue saint Antoine, plus longue que de nos jours car la rue François Miron en faisait partie. Au N° 7 et 9 il existe toujours une vieille maison basse de type de l’ancien régime. Au N° 17, le Temple du Marais s’est annexé la chapelle en forme de rotonde de l’ancienne église sainte Marie (oeuvre de François Mansart) qui faisait partie du couvent des Visitandines.

Au N° 21, l’hôtel de Mayenne, construit entre 1613 et 1617, donne accès au lycée Charlemagne. Il est impossible de ne pas remarquer, au N° 62, le magnifique hôtel Sully, siège des monuments historiques (commencé en 1645, terminé par Sully en 1660). Passons devant le parvis de l’église saint Paul où la première messe fut célébrée pour l’Ascension par Richelieu en 1641. Construite par les Jésuites, elle est attenante à leur ancien collège, aujourd’hui lycée Charlemagne. Le cortège royal est ensuite passé sur la place saint Jean devant le cimetière du même nom dont il ne reste rien depuis le percement de la rue de Rivoli au 19e siècle. En descendant la rue François Miron notre machine à remonter le temps nous entraîne bien au delà du Grand siècle : Au XVIIIe siècle, on aurait retrouvé sous les maisons, entre les N° 2 et 14, les vestiges d’une nécropole romaine puis mérovingienne…

Les jardins de l’hôtel de Béthune-Sully très fréquentés par les lycéens du quartier. Au fond à gauche, un passage donne directement sur la place des Vosges.

Deux demeures à colombages du XIVe siècle existent toujours, l’une au N° 11 à l’enseigne « du faucheur ». L’autre au N° 13 à l’enseigne « du Mouton », fait le coin avec la rue Cloche- Perce. Le 26 août 1660 notre carrosse était attendu au N° 68, à l’hôtel de Beauvais, construit depuis peu, car c’est du haut du balcon qu’Anne d’Autriche, Mazarin et Turenne saluèrent le jeune couple royal. Un « hors série » de Connaissances des Arts relate l’histoire mouvementée de ce bâtiment, classé aux monuments historiques en 1966. Il abrite à présent la Cour administrative d’appel de Paris.

Avant d’arriver sur le parvis de l’église Saint Gervais, nous découvrons en longeant le monument sur le côté de la rue François Miron, la maison des Couperin, illustres clavecinistes, organistes et compositeurs qui ont rayonné sur la musique française pendant plus de deux siècles à partir de 1653. De la place saint Gervais, jusqu’à Notre Dame Le carrosse royal passa en musique sous un arc de triomphe érigé à la fontaine Saint Gervais, l’un des plus réussi pour la fête, il représentait le Parnasse, ses dieux et ses nymphes parmi des fontaines et de grottes… Rentrons un instant dans saint Gervais par le porche de la façade achevée en 1620, pour admirer le prestigieux orgue de Louis François Couperin, en parfait état.

D’immenses portraits du roi et de la reine
fixés sur les devantures des boutiques

De cette place, nous longeons le côté Est de l’Hôtel de ville. C’était au XVIIe siècle un magnifique palais Renaissance. Réduit en cendres pendant la commune de 1871, il a été reconstruit entre 1874 et 1882 dans l’esprit du précédent. Ce lieu, d’abord « Maison aux piliers » héberge les institutions municipales de Paris depuis 1357, date de leur création par Etienne Marcel qui nous ignore superbement du haut de son cheval de bronze installé du côté du quai.

Nous traversons la Seine sur le pont Notre Dame, qui, en 1660, était déjà un vaste pont de pierre surmonté de soixante et une habitations avec boutiques au rez-de -chaussée. Il avait été remis en état et décoré pour la fête : d’immenses portraits du roi et de la reine étaient fixés sur les devantures et un arc de triomphe représentant « Mars conquérant Hymen par amour » se dressait à son extrémité.

Étienne Marcel, né entre 1302 et 1310 et mort à Paris le 31 juillet 1358, assassiné par des bourgeois parisiens.

Les premières notes du Te Deum, composé pour la circonstance, retentirent sous les voûtes, dès que le roi et la reine eurent franchi le portail de la cathédrale dont les murs étaient entièrement tapissés de drapeaux pris à l’ennemi. Aujourd’hui, nous admirons la façade de Notre Dame, noyés dans la foule des touristes amassés sur le vaste parvis bien dégagé depuis de sérieux coup de pioche au XVIIe et XVIIIe pour abattre le quartier moyenâgeux environnant.

Grande fête sur la place Dauphine

En début de soirée, le roi et la reine reprirent place dans leur carrosse pour atteindre la place Dauphine en passant sous un autre arc de triomphe sur le Marché neuf, celui-ci représentant Hercule et Mercure. Le Marché neuf n’existe plus mais sur le quai du même nom nous longeons la Préfecture de Police. Nous continuons notre marche quai des Orfèvres, bien connu des cinéphiles, après le pont saint Michel nous tournons dans la rue Harley pour atteindre la place Dauphine. Le 26 août 1660, la fête fut grandiose et se termina par un feu d’artifice. A cette date, la place formait un triangle dans l’esprit de la place Royale (maintenant place des Vosges) : un promenoir entouré de trente deux maisons identiques. La place s’ouvrait par deux passages sur deux de ses angles et dont un seul ne subsiste donnant sur la statut équestre d’Henri IV. La fête se prolongea tard dans la nuit même après le départ des souverains pour le palais du Louvre.

Quant à nous, modestes marcheurs amoureux de Paris, nous avons évoqué dans cette balade un épisode de son passé au cours de ce XVIIe qui a grandement contribué à sa splendeur. Nous avons eu le plaisir d’en relever quelques miettes en espérant vous avoir donné le goût de découvrir par vous-même les merveilles de notre capitale.

textes et photos : Loretta Jakubovits

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