Si vous avez le courage de partir de bon matin et par un temps ensoleillé pour ce coin du Vexin, au fin fond du Val d’Oise, des Yvelines et de l’Eure, peut-être verrez-vous les brumes se lever doucement au-dessus des méandres de la Seine qui serpente, à l’aplomb des falaises crayeuses de la région de La Roche-Guyon.

Cette région dite « des coteaux de la Seine » forme l’un des sites les plus remarquables du Parc du Vexin et même d’Ile de France. Durant des millions d’années, la mer a recouvert le bassin parisien, empilant patiemment comme seul sait le faire le temps, des couches de sédiments sur le fond. Ces derniers, constitués de débris végétaux et animaux ont laissé des traces dans les couches de craie et de silex, visibles sur les versants abrupts crées par l’érosion de la Seine, au fil de l’eau et des siècles.

La configuration particulière du site constitue un réceptacle à chaleur (relief abrupt, exposition plein sud, blancheur de la craie,…) créant de fait les conditions propices au développement d’un écosystème particulier de type méditerranéen ou quelques raretés comme la mante religieuse ou l’hélianthème blanchâtre peuvent croiser le regard du randonneur curieux. Du sommet à la base des coteaux, se développent divers milieux avec chacun leur spécificité végétale et animale : on y a recensé 470 espèces dont 14 sont protégées et 128 autres peu fréquentes en Ilede- France (en particulier chez les insectes) dont une grande diversité de reptiles et d’oiseaux. Un véritable trésor écologique à portée de chaussures. Des traces d’occupation humaine anciennes sont également présentes, comme en témoi-gne les constructions troglodytes.

Autrefois, l’habitat troglodyte était considéré comme un logement de fortune

Sur la rive droite de la Seine, les communes de Chantemesle et de Haute-Isle étaient encore, jusqu’au siècle dernier, entièrement troglodytiques. Le site de Haute-Isle est particulièrement intéressant car les fenêtres d’une église s’ouvrent même dans les parois de la falaise et seul un petit clocher signale de l’extérieur l’existence de ce monument creusé en 1670.

Façonné par l’histoire, le château de La Roche-Guyon est la plus importante réalisation troglodyte d’Ile de France. Adossé à la falaise qui l’a enfanté, il est aussi étendu sous terre qu’à l’extérieur.

Longtemps les coteaux de Seine ont eu une vocation agro-pastorale, permettant de maintenir des espaces naturels ouverts. L’abandon de ces pratiques, au début du XXème siècle (notamment suite au manque de main d’oeuvre après la grande guerre), a entraîné l’implantation d’un boisement spontané et par conséquent, une diminution de la diversité animale. Heureusement, cette région, bénéficiant déjà de plusieurs protections nationales et européennes, est devenue une réserve naturelle nationale en 2009 car la biodiversité et le fragile équilibre entre l’écosystème et les activités humaines était menacé. Un sentier pédagogique aménagé par le Parc Naturel Régional du Vexin vous permettra d’emprunter un parcours qui vous révélera toutes les richesses du site. Ainsi, ce paysage, à la fois minéral et végétal, fait de vastes amphithéâtres naturels aux reliefs escarpés et permettant une observation panoramique vers la Seine et vers le sud de façon plus générale, a inspiré de nombreux auteurs et peintres et, n’en doutons, pas de nombreux amateurs de randonnées.

Une tradition d’habitats souterrains

Nous commençons notre randonnée de 3h30 (consistant en une boucle pouvant se faire dans les 2 sens) face au château de La Roche-Guyon. Ce dernier est certainement la plus importante réalisation troglodytique de toute l’Ile de France. Le donjon et ses enceintes, édifiées vers le XIIème siècle, sont les premières extensions du château entièrement souterrain qui lui, est probablement beaucoup plus ancien. Suger, conseiller des rois Louis VI et Louis VII disait de l’édifice : « Au sommet d’un promontoire abrupt, dominant la rive du grand fleuve de Seine, se dresse un château affreux et sans noblesse appelé La Roche-Guyon. Invisible à sa surface, il se trouve creusé dans une haute roche. L’habile main du constructeur a aménagé, sur le penchant de la montagne et en taillant la roche, une ample demeure pourvue d’ouvertures rares et misérables ». Aussi étendu sous terre qu’à l’extérieur (les aménagements troglodytes s’étendent sur 1200m2), ce château comportait des salles d’armes, des chambres et des entrepôts très vastes. L’édifice joua un grand rôle dans la guerre visant à défendre la frontière franco-normande de l’Epte.

Sur le site de Haute-Isle, le randonneur découvre une église creusée en 1670, et un escalier qui permet de gravir la falaise.

Puis les parties souterraines seront peu à peu utilisées comme dépendances, puis abandonnées au fur et à mesure des transformations du château dont l’aspect actuel (plus traditionnel) date du XVIIIème siècle. Pendant le dernier conflit mondial, Il fut le P.C du fameux Général Rommel (« le renard du désert »). Nous reportons notre désir de visite à plus tard dans la saison, car le beau temps nous invite plutôt à la randonnée. Par un escalier caché derrière l’église, nous partons à l’attaque de la falaise calcaire. Progressivement, un splendide panorama se dévoile à nous. Pleine vue sur le sud de l’Ile-de-France ! Un paysage fait d’une mosaïque de verts, de bleus, tranchés par le blanc calcaire des falaises.

Le sentier nous amène à longer l’escarpement rocheux en direction de l’est. De temps en temps, nous croisons d’anciens habitats troglodytes abandonnés. Ce type de constructions, souvent oubliées et considérées comme logement de fortune, reste mal connu. Pourtant il existe dans notre pays (et notamment dans la vallée de la Seine) d’incontestables traditions d’habitats souterrains. En contre-bas, la commune de Haute-Isle et sa fameuse église troglodyte et, plus loin, celle de Vétheuil, connue pour son église peinte par Monet, recevront plus tard dans la journée notre visite. Le décor est aride et la présence de pins nous fait penser à une visite au pays de… Marcel Pagnol ! Chemin de muletiers et odeurs de pinède… la méditerranée aux portes de Paris ! Un magnifique panorama sur la vallée de la Seine met fin à cette première partie, avant de nous inviter vers le nord pour la traversée du bois de la roche.

Sur les traces des impressionnistes

Nous marchons sur de larges allées serpentant à travers ce massif fait de feuillus. Un bruit de tambourin nous fait localiser un Pic épeiche, au plumage noir, blanc et rouge. Solidement fixé le long d’un tronc, il est plus attiré par la présence de larves d’insectes xylophages à déguster que par notre présence. Cet oiseau creuse son nid dans les troncs d’arbre et occupe ce dernier pendant plusieurs années. L’atmosphère est rafraîchissante et fait du bien après la marche le long des parois abruptes et chaudes des coteaux. Nous ne rentrons pas dans le village d’Amenucourt et repartons vers le sud, en lisière de forêt, où un autre panorama, fait d’immenses champs céréaliers, s’offre à nouveau à nous.

Des paysages qui ont attiré les plus grands peintres et maîtres impressionnistes

Sur notre droite, le village de Roconval ajoute une touche minérale à ce décor aux teintes changeantes, faisant varier les verts, des plus clairs au plus sombres. Tous ces paysages, différemment colorés selon les heures du jour, ont naturellement attiré les plus grands peintres et notamment les impressionnistes. Longeant ces vastes étendues, le chemin nous ramène sur les hauteurs de La Roche-Guyon, où malheureusement les habitations creusées dans la craie sont le plus souvent converties en garage. Des rues étroites mais rendus lumineuses par cet environnement fait de craie et de soleil, nous ramène rapidement vers l’église et le château de La Roche- Guyon.

Nous reprenons nos voitures pour jeter un oeil sur l’église troglodyte de Haute-Isle et sur l’église de Vétheuil, toutes proches. Nous passerons ensuite la journée à flâner au bord de la Seine, peinte l’hiver avec tellement de talent par Monet, quand le fleuve était pris dans les glaces. En cette fin de journée de printemps, le ciel se teinte progressivement de couleurs indiennes. En rentrant vers la capitale et en repensant à notre journée, nous envisageons d’enchaîner rapidement sur une randonnée rendant hommage à toutes ces teintes et couleurs et à ceux qui ont si bien su les transmettre aux générations qui les ont suivies… les peintres impressionnistes !

Texte et photos : Alain PERRIER

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