Comme vous le savez grâce à René Goscinny, 52 avant J.C fût une année que tout bon Gaulois se doit d’oublier ! En effet, un proconsul de Rome nommé César remporta une victoire décisive sur Vercingétorix, chef de la tribu des Arvernes lors de la bataille d’Alésia. Cette défaite marquera la fin des insurrections gauloises. Petit à petit la Gaule sera annexée à l’immense empire romain. Selon César, le Vexin appartenait à la cité des Véliocasses dont Rotomagus était le chef-lieu (Rouen). Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, le fameux Jules n’est pas à l’origine de cette voie. Connue au Moyen Âge sous le nom de chemin « Julian César », ce dernier était associé à Julian l’Apostat, empereur de Rome, qui entreprit de rénover cette voie de passage en 358. C’est la transformation phonétique qui transforma le nom de la voie en « Jules César ».

Des chaussées empierrées pour permettre
le rayonnement économique de Rome

Profitant du tracé des pistes gauloises existantes, de grands axes routiers furent construits par les ingénieurs romains. Pratiquement toujours rectilignes, ces voies furent aménagées en tenant compte du terrain, des obstacles naturels et des contraintes de la circulation (et oui, déjà à l’époque !). Elles devaient en effet permettre aussi bien le passage des convois militaires, des administrateurs romains, des commerçants et des simples voyageurs. Ces chaussées furent de véritables « artères » pour les transports mais également pour le savoir, la culture et les croyances. Elles permirent de fait le rayonnement économique et politique de Rome. Au sein du Vexin, on peut retrouver 2 grands itinéraires de ce type : la chaussée Brunehaut, d’un axe nord –sud remontait de Cenabo (Orléans), cité des Carnutes en direction de Caesaromagus (Beauvais), cité des Bellovaques et la « La chaussée Jules César » traversant le Vexin d’est en ouest.

Celle que nous allons découvrir reliait Lyon (Lugdunum) capitale des Gaules et la Manche en passant par Paris (Lutèce). Les 2 chaussées se croisaient à Us (le Parc a placé une borne en pierre pour marquer cette intersection).

L’itinéraire traverse un océan de champs céréaliers.

Ces voies romaines étaient fort bien conçues. La bande de roulement était large de 6 m en moyenne, ce qui permettait le croisement des véhicules tout en tenant compte de la topographie locale. Les fouilles ont montré (notamment à Courcelles sur Viosne) que le mode de construction et les matériaux utilisés faisaient appel à un véritable savoir-faire. Les nombreux sites archéologiques qui la bordent confirment son rôle d’axe de développement culturel et économique. Les résultats des fouilles montrent également qu’elle a été entretenue jusqu’au IIIème siècle après J.C. Au Moyen Âge, le tracé de la voie est modifié et rejoint son emplacement actuel, permettant ainsi de desservir les centres des villages qui étaient plus près de l’eau, et donc des moulins. Cependant, le tracé initial continuera d’être utilisé comme chemin et, pour notre plaisir de randonneurs, elle fût ré-ouverte et balisée par le Parc du Vexin et le Comité départemental de Randonnée Pédestre du Val d’Oise et ce… sur 21 km !

De Lugdunum à Rotomagus, en passant par Lutèce

Assez « gravé » et en route ! Après un départ de la gare de Boissy-l’Aillerie, et un crochet (sans intérêt) autour du cimetière de Cergy-Pontoise et d’une cimenterie, un chemin (la « chaussée » bien sûr) nous amène à de vastes étendues céréalières. Aussi loin que la vue puisse porter, un océan végétal s’offre à nous. De temps en temps, de petits bosquets forestiers faits de châtaigniers ou de chênes ancestraux osent ponctuer le paysage et c’est à travers certains d’entre eux que nous cheminons. Egaillant le panorama, quelques petits villages hissent leurs toitures colorées et leurs murs ocres au-dessus de ce flot verdoyant, comme pour tenter de rappeler leur présence. D’un pas ferme, comme tout bon romain (!), nous déambulons dans cette mosaïque ondulante et éclairée des premiers traits de couleurs printaniers. Sur notre droite les villages de Courcelles sur Viosne et Montgeroult.

A la croisée d’un chemin, une croix pattée, la « croix Labathe », marque notre premier arrêt. Ces « croix pattées » sont souvent datées des XIème, XIIème et XIIIème siècle, et sont spécifiques du Vexin français (et un de ses symboles).Elles ont, comme particularité, d’être taillées dans un seul bloc calcaire et sont souvent placées sur les places des villages, le long des routes ou aux carrefours pour délimiter les limites des fiefs ou des propriétés ecclésiastiques.

Les croix pattées, ici celle de Labathe, étaient taillées dans un seul bloc calcaire.

Combien de marcheurs ont-ils croisé cette croix depuis des siècles ? De combien de peines et de tourment a-t-elle été le témoin ? Elle seule peut le dire ! D’immenses bosquets d’acacias en fleurs inondent nos sens de leur parfum sucré.

Après avoir traversé une partie du bois seigneur et longé une profonde ravine (la vallée d’Ableiges), le chemin nous amène au centre de Courcelles sur Viosne, charmant petit village aux ruelles étroites qui serpentent entre des maisons au teint calcaire. Des fermes aux accents déjà normands nous balisent quelques pâturages où paissent vaches et chevaux. Par-ci par là, quelques hérons cendrés surgissent des marécages, quelques animaux cachés sous le tapis des herbes hautes se font remarquer.

Sur le fond de vallée de la Viosne s’étirent aussi des zones humides et tourbeuses, à l’endroit même où les cressonnières fournissaient nourriture et travail à la population locale. Leurs yeux exercés leur permettent de débusquer une decticelle bariolée, sauterelle assez fréquente dans la végétation herbacée et haute. Elle est facilement reconnaissable avec sa bande blanche en forme de U sur fond noir. Son chant, ressemblant à un bourdonnement régulier rappelle le son de certaines lignes électriques d’antan.

Au fil de la Viosne

Nous passons ensuite devant l’église Saint Lucien (XIIème), puis la rue principale nous amène sur le bord de la Viosne, près d’un lavoir atypique à niveau réglable. Après un parcours quasi rectiligne de 28 km depuis sa source jusqu’à l’Oise, la Viosne permit de faire fonctionner pas moins de 22 moulins au XVIIIème siècle. Point négatif de notre balade et après avoir questionné plusieurs habitants, personne ne peut nous dire où se trouve les fouilles archéologiques de la chaussée Jules César. Nous espérions pouvoir observer une coupe et une visualisation des techniques utilisées par les romains en matière de génie civil. Dommage !

Des fouilles archéologiques
sont régulièrement menées dans le Parc

Un raidillon nous mène directement dans Mongeroult, où l’aspect des maison et la densité du calme qui y règne nous font vite oublier que nous ne sommes qu’à 40 km de la capitale… et au XXIème siècle ! Quel plaisir de marcher à travers ces pierres d’un jaune scintillant au soleil, qui se marient parfaitement avec le vert du paysage !

Sur cette antique chaussée qui reliait Lyon à la Manche, il n’est pas rare de trouver aujourd’hui des fermes aux allures normandes.

L’église Notre Dame de l’Assomption et le château qui la jouxte témoignent de la richesse et du niveau de vie des propriétaires terriens de l’époque (et d’aujourd’hui !). Le château, construit entre 1609 et 1640, présente la particularité d’avoir, sous sa cour, une citerne contenant 300 000 litres d’eau et mesurant 12 m sur 8m. La notion d’économie d’eau et d’écologie se faisait elle déjà ressentir en 1723, date de son implantation souterraine ?

Quelques merles commencent déjà à déguster les premières cerises. Une forêt de feuillus nous invite de nouveau vers un coin d’ombre bien agréable pour rapidement nous re-projeter au soleil et vers d’infinis champs de blé, de colza ou de cultures maraîchère, pigmentés par-ci par-là d’îlots rouges de coquelicots. Le nez au vent, les quelques kilomètres restant nous ramènent en douceur vers notre point de départ. Tout simplement… éblouissante cette balade !

Texte et photos : Alain Perrier

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