« J’ai acheté à Auvers un terrain de trente perches tout couvert de haricots…  » écrit en 1860, à son ami Henriot, Charles-François Daubigny qui, sur les conseils de Corot, vient d’acheter une maison à Auvers-sur-Oise. Il se met alors à y travailler en compagnie de Corot et de Daumier. À partir de cette date, bon nombre d’artistes vont converger vers ce village. Deux hommes vont également favoriser la réputation artistique du village : Murer, un pâtissier-restaurateur et le « fameux » docteur Gachet. Un extraordinaire vivier d’artistes va y prendre forme. Parmi les plus connus, on y retrouvera notamment Sysley, Monet, Gauguin, Pissaro, Cézanne, Renoir,… et Van Gogh bien sûr ! C’est à une randonnée de 3h dans l’univers des plus grands peintres du XIXème siècle que nous vous convions, un véritable feu d’artifice de sensations, de couleurs et de rêves.

Vincent Van Gogh plongea cette petite paroisse dans l’immortalité avec sa toile, « L’église d’Auver s», une peinture à l’huile réalisée en 1890 qui est exposée aujourd’hui au Musée d’Orsay, à Paris.

La meilleure façon de commencer cette balade (aux nombreuses variantes dont la plus longue fait 28 kms) et d’en profiter pleinement, consiste à visiter le Château d’Auvers et son « parcours impressionniste ». Si la peinture vous était indifférente, nous en reparlerons après que vous ayez déambulé dans ce dédale d’images d’archives, de bandes sonores, de décors reconstitués et de tableaux bien sûr. Vous vous installerez, par exemple, dans une salle de spectacle où l’esprit de Toulouse Lautrec dégustant une absinthe n’est pas loin. Puis vous vous retrouverez Gare Saint-Lazare pour vous installer dans un wagon de train (lui aussi reconstitué) qui vous emmènera en direction de la côte normande, tout en vous permettant d’admirer un défilement de paysages campagnards tels que les ont peint les grands maîtres. Vous allez véritablement vivre l’impressionnisme de l’intérieur et comprendre comment ce mouvement artistique, si décrié à ces débuts, est devenu depuis la « référence absolue » en matière de peinture !

D’abord cantonnés dans les villes, le développement du chemin de fer et l’invention de la peinture en tube vont favoriser l’évasion champêtre des peintres, loin de leurs ateliers citadins. De leur vivant, tous ces maîtres resteront le plus souvent méconnus, mais leurs toiles, souvent négociées contre un quignon de pain et un peu de vin, feront tourner les têtes et les comptes en banque du monde entier quelques dizaines d’années plus tard.

L’océan végétal de Van Gogh

Le 20 mai 1890, Vincent Van Gogh, après un séjour à l’asile de Saint-Rémy-de-Provence, arrive à Auvers-sur-Oise pour être pris en charge par le docteur Gachet. Prenant pension à l’auberge Ravoux, il se met à peindre sans relâche. En quelques semaine, environ 70 toiles verront le jour (soit une toile par jour jusqu’à sa mort). Tout est prétexte à peindre, des portraits jusqu’aux immenses champs de blé, si caractéristiques de la campagne entourant Auvers-sur-Oise. « Ce sont d’immense étendues de blé sous des ciels troublés, et je ne me suis pas gêné pour chercher à exprimer de la tristesse, de la solitude extrême » écrira-t-il à son frère Théo. « Quant à moi, je suis entièrement absorbé par cette immense plaine de champs de blé sur fond de collines, grandes comme la mer. Un jaune délicat, un vert tendre délicat, un violet délicat d’une pièce de terre labourée et sarclée… le tout sous un ciel aux tons délicats, bleus, blancs, roses, violets ».

Des reproductions de tableaux peints par les peintres ayant fréquenté ces lieux sont positionnées face aux sites originaux

Comment ne pas s’en souvenir lorsque nous vagabonderons au milieu de ces espaces. Comment ne pas penser à ce hollandais peignant par touches rapides et saccadées, délivrant sur sa toile une avalanche multicolore faite de soleil et de vent. Ces toiles nous envoûteront tout au long de notre randonnée, jusqu’à l’obsession de sentir et d’essayer de retrouver la même vue, la même image, le même parfum, le même trait de vie et d’espoir qu’il a du ressentir tout en essayant de guérir de sa folie par son art. « Peignez, peignez sans relâche » lui conseillait le Dr Gachet.

Lorsque Vincent Van Gogh, peintre inconnu, arrive à Auvers-sur-Oise en mai 1890, c’est à l’auberge Ravoux qu’il prend pension. Elle sera sa dernière demeure.

Le chevalet sur l’épaule et des idées de tableau plein la tête, il erra sans cesse dans les environs d’Auvers-sur-Oise. Du moins jusqu’au 27 juillet, date à laquelle il se tire une balle de revolver dans la poitrine et à laquelle il ne survivra que 2 jours. Reposant avec son frère Théo dans le cimetière du village, ce lieu est devenu un véritable pèlerinage que nous ne manquerons pas de visiter à la fin de notre marche.

Après la visite du château, nous nous dirigeons donc vers le musée Daubigny qui sert également d’Office du Tourisme. Des projections vidéo sur les randonnées à faire dans le secteur vous attendent, comme de véritables « mise en bouche ». A quelques mètres de là, la fameuse auberge Ravoux et la chambre qui a vu les derniers soupirs de l’artiste, attendent votre visite (tout comme la maison du Dr Gachet située à proximité du Château). Puis la randonnée se poursuit par un passage devant la maison atelier du peintre Daubigny (vous pouvez également faire un crochet pour visiter le Musée de l’absinthe).

Dans tous les environs, des reproductions de tableaux peints par les peintres ayant fréquenté ces lieux (et où se massent souvent de nombreux touristes et peintres en herbe) sont positionnées face au vues et aux sites originaux. Extraordinaire ! Les petites ruelles étroites d’Auvers nous amènent en douceur vers Bois-le-Roi, étroite bande forestière entourée de champs céréaliers. Combien de ces futurs génies ont pris ces petits chemins creux, la plupart l’estomac vide et espérant trouver la meilleure lumière et le trait d’inspiration qui leur permettra de négocier leur toile pour un modeste repas !

L’inspiration artistique est omniprésente

L’esprit vagabond, nous sentant tous une âme d’artiste, nous marchons à travers des toiles bien vivantes jusqu’ à Valmondois, autre village ayant lui aussi accueilli de nombreux artistes, aussi bien peintre qu’écrivains. Parmi eux, il y eu Charles François Daubigny qui y habitat durant 9 ans en nourrice (et ne manqua pas d’y revenir par la suite), mais aussi Honoré Daumier, grand peintre et caricaturiste du XIXème qui y passa 20 ans, notamment dans une maison que lui avait offerte Corot. Au début XXème siècle, Vlaminck y séjourna ainsi que l’académicien écrivain Georges Duhamel qui y rédigea, en autre, « La chronique des Pasquier » et « Fables de mon Jardin » avec ce coin de Vexin pour décor. On dit même que le moulin de la Nase (1403), situé sur le Sausseron et non loin de là, hébergea Jean de la Fontaine qui y aurait écrit « Le meunier, son fils et l’âne ».

Le parcours nous fait passer derrière la petite église Saint-Quentin (1093) puis longer l’ancienne voie ferrée, dont les rails étroits nous mènent naturellement vers le Musée des transports de la vallée du Sausseron. Créé en 1975, le musée consiste en un petit complexe ferroviaire, un musée hangar et un tronçon de ligne d’environ 2km. 50 véhicules, datant parfois de plus d’un siècle, sont présentés au public. Un court voyage permet au visiteur, désireux de ressentir le gout des voyages dominicaux d’autrefois, de parcourir une portion de la vallée du Sausseron dans ces véhicules d’un autre temps.

A partir de 1846 une ligne ferroviaire Paris-Lille est ouverte. Les parisiens du XIXème siècle peuvent dès lors se retirer le dimanche, dans la campagne du Vexin.

Il est vrai que la nouvelle ligne Paris – Lille fût inaugurée en 1846 et permit ensuite de desservir, entre autres, Auvers et Valmondois. A une heure de Paris, le Vexin devint rapidement le lieu de villégiature des parisiens et parmi eux… vous devinez qui bien sûr ! Puis, presque imperceptiblement, nous arrivons au lieu dit « port aux loups » qui servait de point d’embarquement des marchandises produites dans la région. Blé, farine, pierres de Mery et d’Auvers constituait une partie du décor,  tandis que l’autre était faite de promeneurs du dimanche.

Combien de ces grands génies ont empruntés ces petits chemins creux, dans l’espoir trouver la meilleure lumière et le trait d’inspiration

A cette époque d’insouciance, l’angoisse de voyager était seulement due à l’incertitude de la météo ! Les premiers lieux de baignade et de canotage virent le jour. Les amateurs de pêche, quant à eux, taquinaient la carpe et le goujon. Puis la journée se terminait dans une des nombreuses guinguettes immortalisées par tous ces peintres. Peu à peu, le ciel devait prendre des couleurs orangées sonnant l’heure du retour vers Paris. Les accordéons se taisaient pour laisser à nouveau les bruits de la nature reprendre le dessus. Aujourd’hui, seul le bruit de quelques rares péniches nous accompagne en direction d’Auvers.

Enfin, comme pour rendre un dernier hommage à tous ces génies, comment ne pas passer devant l’église Notre-Dame de l’Assomption (et la comparer au tableau mondialement célèbre positionné juste devant) puis au cimetière d’Auvers, où , presque seuls le long d’un vieux mur de pierre, Vincent Van Gogh et son frère Théo sont unis pour l’éternité dans 2 tombes jumelles et recouvertes de lierre (planté en 1924 par le fils du Dr Gachet). Un des plus grands peintres de tous les temps, presque caché du regard et dans une tombe des plus simples. « L’art, il faut y mettre sa peau. Eh bien, mon travail à moi, j’y risque ma vie et ma raison « disait il.

Vincent, François, Paul… et les autres

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