Tout a commencé entre les dunes de la charmante plage d’Ouistreham. Ce jour-là, on l’appelle Sword – de son nom de code. Après une traversée au son de “Blue Bonnet over the border”, distillé par la cornemuse d’un frère d’armes écossais, le commando n°4 ont a sauté de ses embarcations et touché terre. Les canons de la Royal Navy ont mal préparé l’affaire ; en moins de deux, l’artillerie allemande élimine les quelques chars qui doivent appuyer leur avance. Coup de chance, cependant : sur la plage, les soldats marchent sans encombre sur le champ de mines : la tempête du 5 juin a jeté une couche de sable si épaisse, qu’elle amortit le pas.

Et ils avancent, avant-garde du Jour J : 177 noms de la France Libre gravés sur les ailes d’acier qui composent le monument qui se dresse maintenant, devant la tourelle du bunker qu’ils ont détruit à la roquette. A côté, les stèles des premiers morts, dont leur médecin, le Dr Lion. Blessé dès les premières minutes, Kieffer, leur chef, mourra quelques heures après – non sans avoir réussi à emprunter à un autre régiment un autre tank, seul capable de mettre hors de combat le point de résistance des Nazis : le canon du Riva Bella. Leur premier objectif, c’est précisément ce casino, arasé et transformé en poste d’artillerie par les pionniers allemands, qui ont élargi son angle de tir en dynamitant les maisons du front de mer. Le casino n’est pas celui qu’on voit aujourd’hui.

Le Mémorial du 1er bataillon du Suffolk Régiment qui prit ce site le 6 juin 1944 est situé à la sortie sud de la commune vers Biéville- Beuville. Le site de Hillman-Colleville s’étend sur 24 ha. Composé de casemates et ouvrages souterrains, construit par les allemands entre 1942 et 1944, cet ensemble constituait le poste de commandement des défenses côtières de la Côte de Nacre.

L’original a entièrement disparu sous la résidence, juste en face. Cependant, le petit musée “N° 4 Commando” occupe la place conquise : pour saisir par la suite l’atmosphère, c’est l’introduction qu’il faut, avec un documentaire et, dans les vitrines, les équipements du randonneur- campeur qu’était le soldat de l’époque – course d’orientation en prime. A l’est de la ville se trouve le Grand Bunker, alias musée du Mur de l’Atlantique : la tour de réglage du tir de l’artillerie côtière du secteur. Les portes gardent la déchirure du plastic employé par les Britanniques pour “ouvrir la boîte”.

Reste une partie des installations, dont sa salle de transmission et le redoutable télémètre : de là-haut, la vue sur Sword est toujours parfaite. Après les deux musées, on commence par 8km au sud-ouest d’Ouistreham, en direction du réseau de bunkers Hillman (leur nom de code britannique).

Dans les pas des commandos français du Jour J

Il faut remonter le boulevard maritime vers l’est, jusqu’à la rue de la Mer, tourner à gauche, vers le sud, et continuer tout droit, à travers Colleville (Grande Rue, rue des Marronniers, puis du Suffolk Regiment). Le bunker principal est à la sortie du bourg, sur la droite. Devenu petit sanctuaire, il rend hommage aux Britanniques du 1er bataillon du Suffolk Regiment qui a pris le réseau fortifié, le blockhaus le plus récalcitrant ayant été conquis par un seul homme.

Pompes pour renouveler l’air, lits pliants, radios : on découvre dans quel confort relatif les troupes nazies attendaient un débarquement qui était censé… se produire à Calais ! Une des tourelles porte encore les croquis rédigés en allemand, dont le casino Bella Riva, clairement indiqué pour éviter les tirs fratricides. Poursuivant tout droit, vous obliquez à 500 m à gauche, dans le chemin (dit d’Orléans, puis des Longs Champs) en direction de Bénouville (6 km).

Enchaînez avec la rue de la Fosse-Poirier, avant d’obliquer dans l’avenue du 5-juin-1944. Au rond-point, le pont Pegasus Bridge est sur la droite, bien visible. C’est là qu’un autre commando, mené par le Lord écossais Lovat, fait la liaison avec des troupes britanniques larguées sur l’autre rive – avec leurs planeurs. D’où le nom de “Pegasus Bridge” (Pégase était le cheval ailé de l’insigne des troupes aéroportées).

Trait d’union entre Caen et le port de Ouistreham, le canal latéral à l’Orne permet de rejoindre la mer grâce à son chemin de halage.

Malgré ce que mentionne les commentaires bilingues, Lovat ne traversa pas au son de la cornemuse : le feu, trop puissant, l’obligea à ramper le long du tablier. En témoigne Arlette Gondrée, alors enfant, et qui a pris la suite de ses parents à la tête du café Gondrée – le rendez-vous des anciens combattants britanniques, où vous pouvez déjeuner. Mais le vrai Pegasus Bridge a été changé. L’original est au musée homonyme d’à côté, encore marqué par les blessures des balles de mitrailleuses. Sur l’autre rive, après le deuxième pont, se trouve la nécropole britannique de Ranville, repérable à sa grande croix à épée blanche. Vous enchaînez ensuite avec l’agréable marche sur Caen.

L’itinéraire, très populaire ici, n’est autre que le nord du GR36, qui utilise la Voie Verte sur une quinzaine de kilomètres au bord de l’eau, jusqu’à la capitale du Calvados. Il est agrémenté d’un passage devant le beau château néo-classique de Bénouville, témoin des combats. Il permet de faire quelques haltes à des monuments et vestiges des combats avant de terminer devant le monument britannique, au pied du château des ducs de Normandie.

 

Texte : Dominique de La Tour. Photos : Eric Beracassat

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