Quelque peu en marge de la côte touristique, des routes le contournent avec prudence mais y pénètrent peu. Pourtant, quand on commence à le deviner, émergeant fièrement aux premières lueurs du jour, on ne peut que tomber sous le charme de ces roches aux couleurs ocres et jaunes, faites de rhyolites amarantes et de porphyres rouges, derniers témoins d’éruptions volcaniques anciennes, qui tranchent avec le bleu de la mer et le vert du maquis.

Un cirque sauvage sur la mer

À cheval entre le Var et les Alpes-Maritimes, l’Esterel se présente comme un immense cirque ouvert sur la mer Méditerranée. En hauteur, on devine sa grande ligne de crête incurvée, dont les points culminants, le mont Vinaigre (614 m), les Suvières (559 m), le pic de l’Ours (488 m) et le pic du Cap Roux (453 m) ponctuent l’horizon. Plus modestement, le Caps du Dramont (107 m), s’avance dans la mer, telle une gigantesque figure de proue. Les pentes, souvent abruptes, dévalent en cascades minérales dans le bleu profond de la mer. Denses, sauvages, parfois inhospitalières, les entrailles du massif ne furent réellement explorées qu’à la fin du XIXème siècle. Sa végétation offrit donc longtemps un lieu de retraite aux ermites, pendant que les brigands et les évadés du bagne de Toulon s’y cachaient pour échapper à la maréchaussée. Le célèbre Gaspard de Besse n’y avait-il pas établit son repère au XVIIIème siècle ?

Une mosaïque de vert, de rouge et de bleu.

Un havre de biodiversité

La forêt et le maquis occupent la plus grande partie de cet univers et la biodiversité est telle, qu’une grande partie est classée en réserve biologique. Autrefois, cette forêt était composée de chênes lièges et de chênes verts. Mais au cours des siècles, les hommes et les incendies ont profondément transformé l’environnement. Malgré cela, la végétation reste d’une remarquable diversité, parfaite vitrine de la végétation méditerranéenne avec une note si spécifique à l’Estérel. En première ligne, viennent les immenses chênaies et pinèdes si odorantes aux matins naissants.

La forêt, le maquis et les fameux « Baous »

Le mimosa est également partout présent. Et au milieu de tout cela, arbousiers, oliviers sauvages, eucalyptus, myrtes et autres merisiers ne sont pas en reste, donnant à l’ensemble une impression de densité impénétrable et des parfums si subtils. Dans cet enchevêtrement végétal, la faune prolifère. Photographes, soyez prêts car au détour d’un chemin ou d’un taillis, biches, sangliers, ou cerfs pourront vous surprendre au soleil couchant. Cachés au plus profond de la végétation, peut-être que quelques chats sauvages vous épieront discrètement. Les passionnés d’ornithologie ne seront pas en reste et ils pourront admirer des centaines d’espèces de rapaces et d’oiseaux, tous plus colorés les uns que les autres.

Des colosses de pierre

Avant de l’explorer en marchant, nous décidons de faire le tour du massif par la route. Pour ce faire, nous empruntons la fameuse N7, qui suit approximativement le tracé de l’ancienne « voie Aurélienne». Par une longue succession de virages, tous plus serrés les uns que les autres, la route laisse rapidement apparaître la forêt, le maquis et les fameux « Baous », gigantesques rochers rouges, si spécifiques à cette région, et qui s’imposent dans le paysage, tels des colosses de pierre voulant rappeler aux visiteurs les feux de l’enfer qui régnaient en ces lieux, en des temps immémoriaux. Nous passons par Saint-Jean de Cannes, les Adrets de l’Estérel, autant de noms qui fleurent bon la Provence. Au détour de chaque virage, un lac isolé, un chemin forestier, un éboulis aux roches écarlates, une vallée profonde, autant d’invitations à la découverte et à l’évasion.

Arrivés au point culminant de route, nous nous arrêtons pour repérer les différents itinéraires de randonnées possibles, notamment celui menant au Mont Vinaigre. Puis la route nous avale pour redescendre, de façon toujours aussi sinueuse, vers Fréjus, ville historique du secteur. Après être passés sous les vestiges d’un aqueduc romain, la ville s’offre à nous. Une visite à l’office du tourisme permet de glaner la documentation nécessaire à notre séjour puis après un coup d’œil aux fameuses arènes, nous abordons la route du littoral.

La corniche d’or

Appelée « corniche d’or », elle nous fait traverser des lieux aux noms évoquant les vacances, le soleil, le luxe, le sud. D’abord Saint-Raphaël, ancien village de pêcheur, devenu cité balnéaire à la fin du XIXème siècle, avec l’arrivée du chemin de fer. Saint-Raphaël entra quand même dans l’histoire quand Napoléon y débarqua à son retour d’Egypte en 1799.

Lorsqu’il revint en 1813, c’était pour partir en exil à l’île d’Elbe ! Puis se succèdent Boulouris et la pointe du Dramont, qui surplombe l’île d’or, dont la vision vous rappellera sans doute un album de tintin : « L’île noire ». Puis nous serpentons à travers un décor grandiose qui nous fait traverser Agay, Anthéor puis le Trayas. Nos yeux oscillent entre les contreforts du pic du Cap Roux dont la route donne l’impression d’être taillée dans sa roche, et les nombreuses criques, pointes rocheuses et ports de plaisance qui jalonnent la côte. L’Estérel se découvre également « côté mer » ! Puis Miramar et Théoule-sur-Mer nous absorbent pour nous diriger délicatement vers notre point de départ, la cité balnéaire de Mandelieu-La-Napoule, dont il ne reste plus que quelques maisons d’origine et un château en bord de mer. 40 km de routes entre ciel et mer, 40 km de plaisir pour préparer notre programme rando du séjour.

Une lumineuse et historique « mise en bouche »

Le lendemain, nous retournons par la N7 au col du Testanier. Là, une route forestière nous rapproche des pentes du mont Vinaigre, point culminant du massif. Compte tenu des risques d’incendie, une barrière nous interdit vite l’accès en voiture. Nous empruntons rapidement les sentiers escarpés et caillouteux du GR®51. Malgré des prévisions météo optimistes, le soleil commence à jouer à cache-cache derrière de longues écharpes de nuages. Une pluie soutenue commence même à poindre, mais ne dure pas. L’humidité soudaine et inhabituelle des lieux en cette saison, laisse alors s’évaporer les odeurs du maquis, embrasant littéralement nos sens.

Un tapis de verdure,
épousant ses reliefs à perte de vue

Traversant une forêt d’eucalyptus et longeant des ravins abrupts où la flore lutte en permanence pour s’imposer, notre vue s’étend peu à peu sur l’Estérel. Au bout d’une heure de marche, nous atteignons l’antenne de télécommunication puis le sommet du mont Vinaigre. Une plateforme nous permet alors d’admirer un vaste panorama et ce, malgré d’épais nuages laissant filtrer les rayons solaires avec parcimonie. L’Estérel se couvre d’un tapis de verdure, épousant ses reliefs à perte de vue. Seul le labyrinthe des pistes atteste de la présence de l’homme dans cet espace préservé, malheureusement extrêmement vulnérable au feu en raison du climat chaud, des vents parfois violents et ses nombreuses essences inflammables qui le boisent. L’omniprésence de citernes éparpillées dans le massif et les rondes incessantes des pompiers nous rappelle que l’incendie est l’épée de Damoclès permanent des lieux. Après une petite pose, nous redescendons rapidement, d’autant plus que l’entretien des sentiers est remarquable.

La triste histoire du barrage de Malpasset

Sous un soleil redevenu haut et pur, nous arrivons au parking. Le climat est à nouveau chaud et sec,… très chaud et très sec ! Il faudra nous en méfier pendant nos marches. Comme tout le monde se sent en forme, nous enchaînons sur la suite du GR®51 pour aller jusqu’au fameux barrage de Malpasset en passant par le vallon de l’Apié d’Amic. Nos amis « non randonneurs » sont prévenus et viendront nous récupérer directement au parking se trouvant en contrebas du barrage. En route pour 8,5 km de plus que prévu ! Tout en marchant, le plus ancien du groupe nous raconte l’histoire funeste de ce barrage : « Inauguré en 1954, il était destiné à accumuler les pluies de printemps et d’automne, afin de redistribuer l’eau captée durant les périodes de sécheresse d’été et d’hiver. Le modèle de l’ouvrage était du type à voûte mince et le volume d’eau retenu était de 50 millions de m3.

Les ruines du barrage de malpasset

La rivière Reyran était ainsi régulée et les cultures environnantes pouvaient être irriguées en permanence. Malheureusement, en Novembre 1959, des pluies diluviennes remplissent trop vite le lac en amont de barrage et ce dernier ne peut résister à la pression. Le 2 Décembre 1959, à 21h45, il se rompt et une gigantesque vague de 40 m de hauteur va tout dévaster sur son passage, fauchant la vie de plus de 400 personnes et traumatisant toute une région sur plusieurs générations.

Cela reste encore aujourd’hui la plus grande catastrophe civile de l’histoire de France. L’enquête mettra en cause, non pas la solidité du barrage… mais la solidité de la roche sur laquelle il s’appuyait et qui aurait entrainé la rupture de l’ensemble. Quelques cris de busards ponctuent l’explication de notre ami. Tout en l’écoutant, nous avalons les km au milieu des chênes lièges, des pins d’Alep et des châtaigniers.

Les arènes de Fréjus servent aujourd’hui de cadre à de nombreuses manifestations musicales en plein air.

Au loin, un aqueduc romain nous rappelle la lutte perpétuelle des hommes pour tenter de domestiquer la nature, parfois en vain ! De temps en temps, nous entendons la végétation vibrer à notre passage. Quelques lièvres, faisans ou belettes seraient-ils dérangés par notre venue ? Arrivés sur le site, nous descendons en bas des ruines de l’édifice. L’ambiance y est lourde et impressionnante. La turbine est le seul élément qui tente de rendre encore vivant l’ensemble. La grandeur du site et la fatigue nous ramènent en silence au parking en suivant le lit de la rivière qui est quasiment sec, comme un pied de nez à l’histoire…

Les autres « plages du débarquement »

Le lendemain, afin de profiter de la « Mare Nostrum » (appellation de la Méditerranée par les romains) et de la clarté de ses eaux, nous commençons une randonnée qui longe le littoral, entre le port de Santa-Lucia et le Cap du Dramont. Pouvant se faire dans n’importe sens (il suffit de suivre la mer), nous optons pour le sens Ouest–Est et commençons à l’extrémité du port de Santa-Lucia. Côté organisation, nous laissons un des 2 véhicules à l’arrivée et embarquons tous dans le deuxième pour rejoindre le départ. Une fois arrivés, nous n’aurons pas à refaire à pied le parcours en sens inverse. On nous a prévenu : « Ne sous-estimez pas cette balade car le relief est accidenté et malgré son excellent aménagement, de bonnes chaussures sont nécessaires. De plus, comme elle longe une côte constituée de roches réfractaires, marcher en début de matinée peut la rendre pénible sur le plan de la chaleur (effectivement à 10 h, il fait 38 °C) ».

En conclusion : chaussures de randonnée, chapeau, bouteilles d’eau, crème solaire… et maillot de bain font partie du « kit de survie ». Déambulant sur des rochers aux couleurs rouges chatoyants, la beauté violente et parfois écumante de la Méditerranée nous donne l’impression qu’elle cherche en permanence à en étouffer la chaleur. Entre les pointes rocheuses, nous découvrons de petites plages de sable blond, vite remplies par les baigneurs au fur et à mesure que le soleil s’élève sur l’horizon. Aux parfums de la Provence succèdent les odeurs de monoï ! Aux petites criques isolées, souvent surplombées de magnifiques demeures ombragées par des pins maritimes et ornées de plantes grasses, succèdent des plages plus fréquentées.

Une rando alliant baignades
et grimpettes de rochers

Au loin, dans la brume matinale et en contrebas du Cap du Dramont, se dessine la silhouette mystérieuse de l’île d’or. Le chemin est encore long pour y arriver ! Même sur ces rochers aux allures stériles, la vie s’accroche et tente de s’insérer dans le moindre interstice. Aussi n’est-il pas rare de croiser des environnements aux couleurs vertes, rouges et bleues. Quelques oiseaux de mer nous interpellent de leurs cris aigus. Nous reconnaissons vite les traditionnels goélands, mais notre guide nous signale également la présence de merles bleus. Après à un passage sur la route, nous redescendons en bord de mer, à proximité de l’île d’or. Une barge de débarquement nous rappelle que cet endroit fut un des sites du débarquement de Provence. N’y tenant plus, nous nous mettons à l’eau.

Dans la brume matinale se dresse la silhouette de l’île d’Or.

L’avantage de cette randonnée est que, non seulement vous pouvez facilement vous arrêter pour vous baigner et vous rafraîchir, mais vous pouvez aussi facilement vous ravitailler dans les nombreux restaurants qui la jalonnent. De plus, et si c’est l’heure, pour pourrez faire une halte pour déguster la boisson apéritive traditionnelle des gens du Sud ! Puis, la fin de la marche se déroule en longeant le port du Poussaï , en contrebas du cap du Dramont et de son sémaphore bien connu de tous les navigateurs. A cet endroit, l’image de l’Estérel plongeant dans la mer ne peut que se confirmer. Au bout de 4 h de marche, nous arrivons sur un sentier qui domine la falaise et débouche sur notre point d’arrivée, la plage du Camp-long. Superbe… et chaud !

Les balcons de l’Estérel, un univers à la Pagnol

De bon matin, nous partons sur les rares routes qui traversent le massif pour rejoindre le petit parking de la Sainte Baume. Certains tracés n’ont rien à envier à la Corse. A l’ombre les « baous », notre équipe prend la direction du chemin de mules qui monte vers les têtes de roche, en surplomb de la Méditerranée, véritable belvédère sur la « Corniche d’or». Notre carte IGN entre les mains, notre objectif est de rejoindre la table d’orientation se trouvant au sommet du Pic du Cap Roux en passant par le col du Saint Pilon et de redescendre ensuite vers la grotte Saint-Honorat en faisant le tour du massif. Traversant des pierriers escarpés, des chemins caillouteux et des massifs parfumés, Marcel Pagnol nous fait un clin d’oeil ! Mosaïques aux couleurs et aux senteurs multiples, arbousiers, genévriers et pinèdes sans fin, cet univers se laisse violer sans résistance. La chaleur commence à monter au fur et à mesure que le panorama commence à dévoiler ses secrets.

Arrivés au sommet du Pic du Cap Roux au bout d’1h30, nous nous penchons sur la fameuse table d’orientation. La vue y est infinie et nous permet d’apercevoir aussi bien le massif des Maures à l’ouest, les mythiques crêtes du Mercantour à l’Est, et en bas une plaine liquide, bleutée et infinie. Guy de Maupassant écrivait à propos de l’Esterel : « La longue côte rouge tombe dans l’eau bleue qu’elle fait paraître violette. Elle est bizarre, hérissée, jolie, avec des pointes, des golfes innombrables ». Puis nous repartons et redescendons par un chemin cisaillant les pins maritimes et les chênes lièges, apercevant au passage quelques écureuils roux, peu habitués à être dérangés de si bon matin. Rapidement, un sentier raide nous refait grimper vers la grotte Saint-Honorat dans laquelle se trouve une Chapelle encore en activité.

Certains itinéraires de randonnée dans l’Esterel présentent des difficultés. Le passage pour redescendre de la grotte Saint Honorat est même acrobatique !

Saint Honorat naquit à Trèves vers 380. Il vécut en ermite dans cette grotte, d’où il apercevait les îles de Lérins dans le lointain. Il décide d’aller y fonder une abbaye, qui vit le jour vers l’an 400 et ce, dans l’île qui porte aujourd’hui son nom. L’abbaye Saint-Honorat-de-Lérins occupe une place très importante dans l’histoire religieuse et monastique de la Provence. De nombreux évêques issus du monastère de Lérins contribuèrent fortement à la christianisation de la Gaule. Son rayonnement s’étendit jusqu’aux îles britanniques.

En 1869, l’abbaye passa à l’ordre cistercien. Elle est aujourd’hui tenue par une trentaine de moines, qui pratiquent l’accueil des pèlerins, la prière et l’exploitation viticole. Pour accéder à la grotte et la quitter, nous longeons le vide mais des cordes fixes rassurent les moins téméraires. Étonnant ! Assis sur un rebord de crête, nous songeons à cet un immense univers végétal qui semble impénétrable mais qui est, en fait, parsemé de chemins de randonnées qui permettent facilement de l’explorer. Ce court séjour dans l’Estérel nous confirme qu’il y en a pour tous les goûts, tous les niveaux d’aspiration et toutes les conditions physiques. Une multitude de randonnées que l’on peut varier à l’infini vous y attendent… la seule limite étant celle de votre imagination !

Textes et photos : Alain Perrier

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