Avant de s’élancer sur les chemins, partons à la découverte du vieil Auxerre sur les pas de Cadet Rousselle qui hanta les lieux au XVIIIe siècle. On suit à la trace les petits triangles dorés à l’effigie du héros local, et on découvre la place Saint-Nicolas, la cathédrale Saint-Etienne, la tour de l’Horloge, l’abbaye Saint-Germain, et le quartier de la Marine avec ses maisons à colombages. Depuis la rive droite de l’Yonne au sortir de la ville, une passerelle panoramique nous offre une vue d’exception sur Auxerre, avec ses toitures « brisées » si caractéristiques, tapissées de tuiles plates teintées de rose.

Toitures vernissées, vignes et vergers

Aux confins de la Champagne, de la Bourgogne, du Morvan et du Bassin parisien, l’Auxerrois étire devant nous sa grande plate-forme rocailleuse. Jusqu’à Vaux, on a le choix entre le GR® qui coupe à travers la campagne, et sa variante qui suit le chemin de halage le long de l’Yonne. Puis on emprunte le chemin des pêcheurs le long de la rivière. Petits villages nichés au creux des collines, élégantes églises s’entourant d’une cascade de toitures tapissées de tuiles bourguignonnes, la balade est charmante.

Plus loin, le GR® s’élance au gré de coteaux argilo-calcaires, parfait terreau pour les cépages rouges de Bourgogne, tel celui d’Irancy, cru bourguignon réputé. Non loin de là, commence le terroir du Chablis, élaboré à partir du seul chardonnay qui se plait tant sur ces étendues caillouteuses, marneuses et calcaires. Progressivement, le relief s’accentue, les massifs forestiers recouvrent les collines de leur tapis vert. Les vignes cohabitent avec les arbres fruitiers, avec en première ligne la fameuse « Marmotte » ou cerise de l’Yonne. Aux premiers jours du printemps, c’est un véritable manteau neigeux qui habille le paysage lorsque les cerisiers sont  en fleurs. Entre les vignes, s’élèvent d’anciennes cabanes en pierre sèche, appelées par ici cabottes ou cadoles. Ouvrez l’oeil, peut-être surprendrez vous quelque perdrix rouge reconnaissable à son dos brunrouge uniforme ou un bruant ortolan qui se plait à fréquenter vignobles ou vergers

Dans le sillage de la Cure

Aux grandes heures de Vézelay, les pèlerins se pressaient par milliers vers la basilique pour venir honorer les reliques de sainte Madeleine. Photo : S.Wahl

Au passage, Cravant égrène les vestiges de son ancienne cité fortifiée et quelques réjouissantes façades à colombages. Tandis que l’Yonne et le canal du Nivernais piquent vers le sud, nous glissons nos pas dans le sillage de la Cure, qui fut en son temps une importante voie de communication entre Morvan et Auxerrois. Jusqu’en 1923, de grands trains de bois descendaient des forêts morvandelles, se culbutant et se chevauchant avec violence sur la rivière.

A Arcy-sur-Cure, nous touchons aux confins de l’Avallonnais, vieux pays celte où moutonnent forêts et pâturages, tandis que des eaux vives se fraient un passage dans d’étroites vallées. Au pied des sommets pelés, de vertes prairies accueillent les premiers troupeaux de charolais. Après Saint-Moré, on domine la vallée de la Cure et l’on aperçoit de beaux restes de l’antique voie d’Agrippa, qui reliait Lyon et Boulogne-sur-Mer.

Jalons compostellans jusqu’à la Colline éternelle

Avant-dernière étape de cette balade, Asquins était connu des pèlerins de Compostelle pour son église Saint-Jacques et son buste reliquaire du XVIe siècle. En contrebas de l’église, un « Pré des pèlerins » évoque un point de rendez-vous des jacquets. En effet, Vézelay, portant haut sa basilique, s’inscrivait au Moyen Age comme l’un des quatre grands lieux de départ vers le sanctuaire galicien. Ici se regroupaient les jacquets venus de Bourgogne, de Champagne, de Lorraine, des Ardennes, de Wallonie, de Germanie et de plus loin encore. Dans l’une des rues montant vers la basilique, une coquille de pierre orne le linteau d’une porte, premier maillon de cette marche au long cours qui s’ouvre au regard une fois atteint le sommet de la « Colline éternelle ». Tandis qu’à nos pieds s’étire la campagne vallonnée du Morvan, on se prend à rêver d’horizons lointains. A partir d’ici, Compostelle est à 1680 kilomètres…

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