Surprise, même hors saison estivale, le parking d’accès au lac d’Allos est pris d’assaut par les voitures et motos. Visiblement, la réputation du lieu dépasse le cercle des randonneurs avertis. Il est vrai que sa renommée ne date pas d’hier. « Elle remonte au début du XXe siècle, nous assure Yoann Sblandano, directeur-adjoint de l’Office de tourisme du Val d’Allos. À l’époque, des muletiers accompagnaient les premiers touristes. » Aujourd’hui, le sentier, bien balisé et sans difficulté majeure, accueille une majorité de familles y compris avec de jeunes enfants. Une promenade pédagogique est-on tenté de dire, tant son nombreux les panneaux explicatifs et les tables d’orientation, tout le long de l’itinéraire. Ils racontent par exemple l’histoire de l’essence reine qui orne les pentes et structure l’habitat, le mélèze : son bois, imputrescible, forme en effet la charpente de la plupart des maisons de la région.

Les eaux bleutées de ce superbe lac d’altitude – 2230 mètres – apparaissent, comme un mirage, entre les mélèzes, au détour d’un virage.

Sous le regard du mont Pelat et des marmottes

Un chardon bleu, espèce protégée mais appréciée des papillons.

Au-dessus des arbres se dresse la silhouette imposante et chauve du mont Pelat (3050 mètres). Un sifflement nous ramène au plancher des vaches… ou plutôt des marmottes. Dans les sous-bois, l’une d’entre elles se tient debout devant son terrier et semble toiser les randonneurs pour le plus grand bonheur des adolescents. En contre-bas, on aperçoit un cours d’eau sinueux qui semble sculpté dans la plaine verdoyante : c’est le Chadoulin qui a dessiné ces élégants méandres appelés ici « serpentines ». « On peut y pratiquer la pêche no kill », nous glisse Yoann. Autrement dit, vous pouvez attraper des ombles chevaliers ou des truites fario de pure souche méditerranéenne, à charge pour vous de les remettre ensuite dans leur milieu naturel. Pendant l’ascension – une montée régulière – l’oeil musarde et s’attarde sur la flore locale : des asphodèles, de rares edelweiss et des épilobes qui exposent leurs dernières fleurs roses. Mais plus de sabot de vénus, orchidée endémique, ou de chardon bleu des Alpes, autre espèce protégée : elles ne ne fleurissent qu’en été. Sans doute gagné par la pépie, je pense soudain aux génépis sauvages, plantes emblématiques du coin. « Là, il te faudra grimper plus haut », me décourage Yoann. Ces petites armoises aromatiques, une fois macérées dans l’alcool et le sucre, donnent une douce liqueur qui assure la digestion de nombre de repas locaux.

Un diamant dans son écrin

Heureusement, nous touchons au but. Au détour d’un virage, un décor grandiose se laisse deviner : des reflets bleutés scintillent entre les branches des mélèzes. Puis le lac apparaît dans toute sa splendeur : un large bassin aux eaux turquoises éclairant le cirque montagneux, ocre et noir. Comme un diamant dans son écrin. Tous les randonneurs posent leur sac, s’assoient sur les rochers et goûtent à cette symphonie naturelle des couleurs. La rêverie s’estompant, une question surgit : au fait, pourquoi, cette teinte si bleutée ? Notre guide à réponse à tout : « Ce lac d’altitude – 2230 mètres – est si pauvre en oxygène que la plupart des plantes ne peuvent s’y reproduire. Alors, l’eau est si transparente qu’elle se comporte comme un gigantesque miroir dans lequel le ciel se réfléchit intensément. » Une légende, contée à l’heure de l’apéritif, complète le tableau. Une pierre gravée de l’inscription « Quoro mi veiras, plouraras » (Quand tu me verras, tu pleureras) reposerait au fond du lac. Transmise par les Anciens, la légende est interprétée comme une pressante recommandation à préserver ce réservoir d’eau pure. D’ordinaire, la profondeur du lac avoisine 48 mètres. « Cette année, le niveau est beaucoup plus bas en raison du déficit de neige de l’hiver 2011 et de pluies au printemps suivant. » Mais il reste un peu de marge avant d’apercevoir l’avertissement des ancêtres…

Les troupeaux d’ovins transhument par les berges du lac d’Allos. 
Céder à l’enchantement

Le cadre est si séduisant que l’on ne résiste pas au plaisir d’une heure de balade supplémentaire autour du lac, avec le renfort d’un garde-moniteur du Parc du Mercantour (voir encadré). Une croix de bois posée sur la rive suscite des interrogations. Un promeneur imprudent ? « Tout faux, s’amuse notre nouvel accompagnateur. C’est une tradition qui est honorée. Une fois par an – en août – une procession se déroule jusqu’au bord du lac pour en bénir les eaux. » Selon la position du soleil, les cinq tours de grès qui veillent sur le lac se reflètent pour partie et à tour de rôle dans la majestueuse étendue d’eau. Difficile de ne pas céder à l’enchantement.

Vers la cascade de la Lance

Un arrêt s’impose au ravissant village de Colmars- les-Alpes empreint d’une atmosphère médiévale, avant de se lancer dans une balade rafraîchissante vers un site naturel classé, la cascade de la Lance. Une promenade dans le vieux village de Colmars- les-Alpes, niché au coeur de la haute vallée du Verdon et enserré dans des remparts, vous transporte au Moyen-Âge. L’une des portes ouvre sur une barbacane, avancée fortifiée en forme de polygone. D’un côté, une caponnière, passage protégé percé de meurtrières relie le village au fort de France. De l’autre côté, le fort de Savoie rappelle qu’au XIVe siècle la communauté d’Allos fit sécession du comté de Provence et se rattacha au duché de Savoie. Ce fort, rehaussé d’une échauguette, abrite une exposition qui fourmille d’idées de randonnées à caractère historique. « Le Parc national du Mercantour, signale un panneau, vous invite à parcourir l’ancienne frontière du comté de Nice à la recherche des bornes qui en jalonnaient les limites, témoins muets d’un riche passé. » L’une de ses bornes-frontières en pierre, ornée de la croix de Savoie, provient du pas de la Gipière. « Nous avons retrouvé 51 bornes de ce type, nous précise Claude Caramello de l’Office de tourisme de la petite cité. Elles se situent sur les lieux de passage : cols, ponts et hauts pâturages. » Le temps nous manque pour marcher vers les lieux d’estive des troupeaux, mais encore aujourd’hui ovins et bovins transhument des plaines de la Crau et de la Camargue vers les alpages alpestres.

De l’intérêt des sentiers pédestres

« Au moins, venez remplir vos gourdes et vos bouteilles », nous intime Claude Caramello. Colmars-les-Alpes recèle une douzaine de fontaines qui « délivrent une eau potable toujours fraîche, même en période de canicule ». Ainsi parés, nous pouvons entreprendre une courte flânerie – moins d’une demi-heure – sur le sentier bien balisé qui, au sortir du village, mène à la cascade de la Lance. Tout autour de nous des forêts de mélèzes et de pins sylvestres occupent les pentes en rangs serrés. « Ce ne fut pas toujours le cas, renseigne notre accompagnateur. Au début du XXe siècle, bien des versants de la région étaient déboisés. Mais aux alentours de 1910-1920, les sentiers pédestres ont été mis à contribution et ont servi de sentiers de reboisement. Il faut rendre hommage à l’Office national des forêts (ONF) qui par ici a fait du beau travail. »

Plaisir des yeux

Hommage à la nature aussi qui nous réserve de jolies surprises. Nous suivons le cours de la Lance jusqu’au moment où le sentier se rétrécit et longe un imposant rocher. Peu à peu, seul le bruit de la cascade se fait entendre. Nous débouchons sur une passerelle en bois, véritable balcon permettant d’admirer l’eau chutant de 25 mètres dans un vaste bassin naturel. Pas question pour autant de plonger dans les ondes bleues de cette vasque qui vous tend les bras : la baignade est interdite car la température de l’eau ne dépasse jamais les 12°. On se fait vite une raison et on s’en tient, sans frustration, au plaisir des yeux.

 

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