Entamons cette balade sur les bords du Vidourle, ce fleuve riche en surprises qui serpente entre collines et vallons depuis les Cévennes, avant d’aller se jeter dans la Méditerranée au Grau-du-Roi. Voyage dans l’espace et dans le temps, au fil des forêts jadis exploitées par verriers et charbonniers, des capitelles de pierre sèche, des carrières de calcaire coquillier, des vignes et des oliveraies.

Une ville pour résister aux vidourlades

Baignée par les eaux du fleuve, Sommières a gardé ses rues en damier coupées au cordeau pour faciliter l’écoulement des eaux vers la place du marché. Là, les maisons sans appartements ni fenêtres au rez-de-chaussée, hissent les habitations au premier étage. En effet, le fleuve est redouté pour ses colères violentes et soudaines, les fameuses Vidourlades dont les eaux torrentueuses peuvent déferler dans les rues, parfois dévastatrices. Avec ses façades ocres garnies de volets multicolores et son enfilade d’arcades lambrissées, la place Jean- Jaurès occupe le coeur de ville.

Dominant la campagne, le village de Montpezat porte haut son château au pied duquel se déploie une circulade.

Dressé sur une éminence, le château de Sommières surveille le pont romain depuis le 13e siècle. Sur les berges du fleuve, la ripisylve déroule ici et là son dense ruban de végétation et rideau de saules, aulnes, frênes et peupliers, abri apprécié des castors, rainettes, libellules, rolliers d’Europe, hérons et martins-pêcheurs. Depuis les marais de la Petite Camargue toute proche, taureaux et chevaux viennent passer la période hivernale sur les coteaux. A Villevieille, de l’autre côté du fleuve, on découvre les vestiges de cet ancien oppidum celtique puis gallo-romain. Le château remonte au 10e siècle, accueillit Saint Louis en 1243 et fut restauré à la Renaissance.

Des circulades à la mode languedocienne

Le moulin de Calvisson.

Puis l’on s’éloigne du fleuve, au gré des collines ponctuées de mas viticoles, ces grandes propriétés nées de la culture de la vigne. D’ailleurs, les vignobles prennent peu à peu possession du territoire, où les crus sont aussi diversifiés que les sols de ce terroir, marneux ou alluvionnaires en plaine, caillouteux sur les plateaux calcaires ou encore acides sur les coteaux. Plus loin, on dépasse Aujargues avec ses maisons anciennes serrées autour de l’église et du temple, et dominées par le château. Tandis que l’on s’approche de Congénies, les collines se tapissent de pinèdes et garrigues, chêne vert, buis, laurier-tin, arbousier, genévrier, cade, ciste, genêt, pistachier térébinthe, thym, mais aussi pin d’Alep, pin parasol et chêne kermès.

Le village a conservé son église romane
et son lavoir couvert

Avis aux amateurs, c’est le moment de glaner quelques arbouses, amandes, figues, poireaux de vigne, asperges sauvages et autres gourmandises 100% naturelles. Souvignargues s’offre à la visite avec sa circulade typique du Languedoc, disposition architecturale défensive imaginée vers le 8e siècle pour protéger le noyau central du village avec son église et son château. Les rues s’organisent de façon concentrique autour de la place forte, entrecoupées par calades et traverses débouchant sur les remparts. Outre le château féodal, le village a conservé son église romane et son lavoir couvert.

Anciens chemins de laine et grande roue à ailettes

Vers Montpezat d’anciens chemins de
« laines » serpentent à travers cultures
maraîchères et prairies.

Vers Saint-Etienne d’Escattes, la garrigue se fait omniprésente, ponctuée de belles futaies de pins d’Alep et de bouquets de pins pignons. Entre vergers, cultures maraîchères et fourragères, prairies et jachères, serpentent d’anciens chemins de laines empruntés jadis par les brebis qui abandonnaient des brins de laine au passage.

Aujourd’hui encore, on croise à l’occasion quelque troupeau de brebis caussenardes, race rustique habituée aux pelouses sèches où pousse la baouque ou herbe à moutons, la badasse, les trèfles de garrigue et autres graminées sauvages. Dominant la campagne, le village de Montpezat porte haut son château édifié par les seigneurs de Sommières, au pied duquel se déploie une circulade à la mode locale.

Sur la route des Cévennes, les maîtres des lieux profitaient de cette position privilégiée pour prélever un droit de passage auprès des voyageurs et commerçants. Il est temps de retrouver le Vidourle, ses vignes et ses mas viticoles. Le fleuve a gardé quelques-uns de ses lavoirs couverts et de ses anciens moulins à céréales, à huile ou à foulon. On y trouve même une noria, grande roue à ailettes actionnée jadis par un cheval ou un mulet, pour prélever l’eau à l’aide d’un chapelet de godets qui la déversaient ensuite dans un canal irriguant les terres.

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