Le samedi 1er août 1914, à 16 heures les cloches de l’hexagone sonnent en cadence : la mobilisation générale est en marche. L’Europe va sombrer dans le chaos. Ce qui devait être la « der des der », s’est transformée en une horrible boucherie qui dura quatre longues années. Aujourd’hui ces sombres années appartiennent à l’histoire, mais personne ne peut oublier que le XXe siècle a débuté au son des canons… La Meuse avec pour vaisseau amiral Verdun, s’impose comme l’un des départements français symbole de la Grande Guerre, ici le tourisme de mémoire prend tout son sens. Pas une route, pas un sentier, pas une forêt ne porte pas les cicatrices du passé.

C’est à Verdun que nous avons choisi de poser nos sacs pour sillonner les chemins de mémoire à la rencontre de l’Histoire. Après avoir marché sur les pas de poilus, on se laisse volontiers bercer par la douceur de vivre de cette ville qui a su renaître de ses cendres, pour se tourner vers « la paix ». Commençons par une visite de La Citadelle souterraine de Verdun. À bord de petits trains, équipés d’un audioguide nous nous enfonçons dans les méandres de la fortification. Saisis par le froid on se laisse guider à travers les galeries et les animations pour découvrir le quotidien des soldats attendant le retour vers le front.

Le commandement militaire français ayant délaissé la position stratégique du site, le Fort de Douaumont tombe aux mains des Allemands dès le 25 février 1916. Il abritera durant 8 mois près de 3 000 soldats allemands. Après de nombreuses tentatives terriblement meurtrières, le 24 octobre 1916 les troupes d’infanterie coloniale du Maroc reprennent enfin le Fort.

Le Soldat inconnu

L’un des moments forts de la visite, reste la reconstitution de la cérémonie du « soldat inconnu ». Huit cercueils, recouverts d’un drapeau tricolore, sont alignés dans une galerie plongée dans la pénombre. C’est ici que le 10 novembre 1920, le deuxième classe, Auguste Thin, a désigné le soldat inconnu. Sa flamme brûle sous l’Arc de Triomphe des Champs-Elysées. Une galerie de portraits de combattants, nous guide vers la sortie.

La voie Sacrée

Nous emprunterons cette « voie » stratégique avant de sillonner le secteur des combats. La Voie sacrée est une route historique qui relie Barle- Duc à Verdun, numérotée RD1916. L’artère principale de la bataille de Verdun est de nos jours matérialisée par des bornes kilométriques sur lesquelles sont posés des casques de poilus.

En route pour le champ de bataille de Verdun, nous passons vers le mémorial de Verdun (fermé pour travaux d’agrandissement et de rénovation. La réouverture est prévue pour novembre 2015) pour nous arrêter au monument André Maginot, le long du massif forestier de Souville, au bord de la D112. Ce monument illustre le Caporal André Maginot blessé et soutenu par le soldat François-Joseph Jolas qui lui sauva la vie pendant la bataille de Verdun. André Maginot, Sous Secrétaire d’État lors du déclenchement de la guerre, quitte ses fonctions pour s’engager comme simple soldat et rejoint, à sa demande, une compagnie basée dans la Meuse. Son courage lui fait très vite gagner les galons de sergent avant d’être blessé en novembre 1914 et écarté du Front.

La Tranchée des baïonnettes

Derrière un mémorial de béton, se trouve « la tranchée des baïonnettes » dépouillée de toute explication, seules quelques croix, plantées derrière des fils barbelés. L’histoire de la Tranchée des baïonnettes, longtemps controversée, est expliquée ainsi : « Le 11 juin 1916, 57 hommes du 137e régiment d’infanterie — en majorité Vendéens — qui se préparaient à un assaut sont enterrés vivants par l’explosion d’un obus. Entre les 10 et 12 juin 1916, a eu lieu à cet endroit un effroyable bombardement (notamment de canons lourds de 280 mm et obusiers de 305 mm). Les fusils émergeant du sol marquaient l’endroit où certains soldats avaient été enterrés vivants dans leur tranchée, et on baptisa le lieu « la tranchée des fusils ». On la renomma par la suite « tranchée des baïonnettes », un nom plus tristement évocateur. Très impressionné par ces images, un mécène américain du nom de Georges T. Rand finança la construction du mémorial qui abrite toujours le site. En juin 1920, le secteur fut fouillé par des équipes de travailleurs immigrés indochinois et italiens, un travail particulièrement pénible, parmi les rats et les moustiques qui infestaient l’ancien champ de bataille. Quarante-sept corps furent mis au jour, dont quatorze purent être identifiés. »

Des soldats enterrés vivants
dans leur tranchée
Le Mémorial de Verdun

Continuons vers les villages détruits lors de la Bataille de Verdun. Ils ne sont pas moins de neuf villages à être dans ce cas : Beaumonten- Verdunois, Bezonvaux, Cumières, Douaumont, Fleury-devant-Douaumont, Haumontprès- Samogneux, Louvemont-Côte du Poivre, Ornes, et Vaux-devant-Damloup. Au lendemain de la guerre, face à la désolation, les populations durent se rendre à l’évidence, maisons, écoles, fermes, il ne restait rien ! Sur ces lieux, subsiste aujourd’hui une chapelle et un monument aux morts. En 1918, Fleury-Devant-Douaumont est même officiellement déclaré village “Mort pour la France”. L’Association Nationale du Souvenir de la Bataille de Verdun et l’Office National des Forêts ont depuis dégagé le tracé de ses rues. Une courte balade permet de découvrir les emplacements de la fontaine du village, des fermes, de la forge, de l’école, de l’église… Sur ces champs de batailles, où la nature tente de reprendre ses droits, subsiste la souffrance de ces milliers d’hommes morts au combat. Certaines dépouilles y sont ensevelies à jamais, il n’est pas rare que la terre finisse par rendre les corps comme nous l’a montré une actualité récente.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here