Les pèlerins de Saint-Jacques en provenance d’Italie, ou encore du sud de l’Allemagne et d’Europe centrale, se retrouvaient dans le secteur d’Arles pour emprunter cette « voie jacquaire » dont le GR®653 suit grosso modo le tracé. Contrairement aux pèlerins franchissant les Pyrénées au col de Roncevaux, cet itinéraire a la particularité de mener au col du Somport débouchant sur l’Aragon espagnol. Côté français, la voie d’Arles emprunte certains tronçons de l’antique via Domitia, où circulaient aussi des pèlerins en route pour Rome. De ce croisement de pieux voyageurs, l’expression « roumieux » que l’on retrouve dans la toponymie locale, s’est peu à peu appliquée aux pèlerins de façon plus générale.

Saint-Gilles, vestiges d’une splendeur disparue

Etiré sur son lit de sable, le Petit Rhône marque l’entrée du GR®653 dans le Gard. Au Moyen Age, on franchissait ce cours d’eau grâce à une succession de barques accolées les unes aux autres. Il y a plus de 6 000 ans, lorsque le Rhône se déploya en un vaste delta, il engendra le Grand Rhône et la Camargue, le Petit Rhône et la Camargue gardoise, que nous allons parcourir. A l’époque romaine commença l’assèchement du marais pour permettre l’essor de l’agriculture. Au fil du temps, seront percés des canaux, tel le canal d’irrigation du Bas-Rhône Languedoc que nous franchirons un peu plus loin. Aujourd’hui ces zones sont protégées et restaurées pour leur valeur écologique, et l’agriculture qu’on y pratique est respectueuse de l’environnement. La légende rapporte que saint Gilles s’étant retiré en ermite dans une forêt près de Nîmes, se nourrissait grâce au lait d’une biche. Le roi wisigoth Wamba chassant dans les parages sur les traces de l’animal, blessa involontairement l’ermite.

Saint-Gilles, un exceptionnel témoignage roman.

En repentir, le roi aurait alors financé un premier monastère. Les reliques de saint Gilles, mort vers 721, furent enfermées dans une très riche châsse, et dès lors, son culte devint très populaire dans l’Europe entière. Au Moyen Age, à la croisée de Rome et de Saint- Jacques-de-Compostelle, Saint-Gilles draine des foules de pèlerins, arrivés notamment par la voie Régordane. En outre, Saint-Gilles est le port le plus oriental du royaume et concentre les croisés en attente d’embarquement pour la Terre sainte. Peu à peu, une ville émerge, avant que la création d’Aigues-Mortes ne ruine sa prospérité.

Quand le diable Vauvert attire les pèlerins

En route vers Vauvert, nous sillonnons le terroir des Costières de Nîmes, le plus méridional des vignobles de la vallée du Rhône. A l’intérieur d’un quadrilatère délimité par Beaucaire et Sernhac au nord, Saint-Gilles et Vauvert au sud, ce vignoble s’épanouit à la croisée de l’Occitanie et de la Provence, des Côtes-du- Rhône et des vins du Languedoc-Roussillon. C’est l’un des plus anciens vignobles d’Europe, jadis implanté par les Grecs, puis commercialisé par les Romains, et plus tard très prisée à la cour des Papes d’Avignon. Après avoir longé le canal d’irrigation du Bas-Rhône, on le franchit, puis entre vignes et pinèdes, on s’achemine vers Vauvert où les pèlerins visitaient l’église Notre-Dame de Posquières. Au parvis, on jouait des saynètes évoquant les démons, célèbres jusque dans les Flandres au point de faire naître l’expression « au diable Vauvert ».

En route vers Vauvert, la campagne résonne du hennissement des chevaux.

Avec ses artères étroites, Vauvert a tout d’une bourgade agricole méridionale, résonnant à la belle saison de l’écho des lâchers de taureaux dans l’arène, voire dans les rues du village. Dominant la plaine du Vidourle du haut de ses 63 mètres, Gallargues-le-Montueux qui tient son nom de l’ancienne Villa Gallacianicus, a conservé la façade médiévale d’un ancien hôpital Saint-Jacques. Au sortir de Gallargues, on pique vers le nord afin de traverser le Vidourle, bordé d’une ripisylve de saules et de peupliers blancs. Il est temps de quitter le département du Gard. Au-delà, la voie Domitienne nous entraîne vers la suite du voyage, Compostelle n’est plus qu’à 1585 kilomètres … Inscrite au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO au titre d’étape sur les Chemins de Compostelle.

Texte et photos : Sophie Martineaud

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