« Toutes les hauteurs sont boisées, c’est ce qui donne à nos lointains cette belle couleur bleue, qui devient violette et quasi noire dans les jours orageux ». Quand George Sand raconte « sa » Vallée noire, c’est toute son enfance au château de Nohant qui ressurgit. Partons à la découverte du Boischaut sud, ce Berry secret rythmé par les romans les plus célèbres de l’écrivain, la Mare au Diable, le Meunier d’Angibault, les Maîtres Sonneurs … Dans les pas des cornemuseux d’antan, arpentons le bocage, maillage d’arbres et de haies qu’on appelle par ici « bouchures », merveille écologique miraculeusement préservée jusqu’à nos jours.

Tout commence à Saint-Chartier

Tout pourrait commencer à Saint-Chartier, le village du jeune Joset, héros des Maîtres Sonneurs, sillonnant Berry et Bourbonnais pour parfaire son éducation musicale. D’ailleurs, c’est au château de Saint-Chartier que s’est longtemps tenu le fameux festival d’été des Luthiers et Maîtres-Sonneurs, récemment transplanté au château d’Ars tout proche.

Quittons la cité des cornemuseux et glissons-nous le long de ces sentiers noyés de végétation, chemins tortueux et encaissés qu’on appelle ici traînes. Les haies soulignent les vastes pâturages servant à l’embouche des charolais.

Par endroits, le fond de vallée se tapisse de prairies humides plantées de saules, aulnes et peupliers. L’eau n’est jamais loin et le brouillard toujours prêt à se lever. Forcément, on pense à la Mare au Diable. Hé oui, celle-ci existe vraiment, pas très loin d’ici dans le Bois de Chanteloube. Au détour des chemins ou dans la lande, peut-être certains soirs de pleine lune, croirez-vous apercevoir l’ombre de quelque meneur de loups ou d’un follet poussant son cheval au galop. Bien sûr, ces histoires n’ont plus cours mais pour le passant, ces légendes séculaires font partie du charme des lieux.

Invitation chez la Bonne Dame de Nohant

A Nohant, on s’immerge dans l’univers de George Sand qui fut élevée par sa grand-mère dans ce petit château. Au détour des allées, quelques banquettes invitent à s’asseoir et ne rien manquer du concert des oiseaux. On s’imagine parmi les hôtes de « la bonne Dame de Nohant », célèbre pour sa table et sa cuisine raffinée. Rien ne semble avoir changé, pas même le boudoir « si petit qu’il n’y avait de place pour un lit », où la romancière écrivait et avait installé son hamac.

Dans l’église Saint-Martin de Nohant-Vic, des fresques romanes furent découvertes par hasard en 1849, préservées jusqu’à nos jours grâce à George Sand et Prosper Mérimée qui firent classer la chapelle Monument historique. « Développement infini de champs, de prairies, de taillis et de larges chemins communaux [ …] pêle-mêle de clôtures plantureuses, de chaumières cachées sous les vergers » … Les paysages d’aujourd’hui ressemblent encore à ceux du Meunier d’Angibault. Le Moulin est encore là, lieu rêvé pour un pique-nique dans la prairie. Mic Baudimant, grande figure locale, nous régale de quelques airs de cornemuse, cette étrange outre en peau cousue que l’on presse du bras, dotée de deux tuyaux d’où s’échappe la mélodie.

Figure du Berry, Mic Baudiment fait vivre la tradition locale en jouant de la cornemuse.

Là où le Berry prend du style et de la couleur

« C’est vers La Châtre que le Berry prend du style et de la couleur … C’est là qu’il gagne ses sortilèges et trouve son charme ». Les mots de George Sand sont toujours d’actualité tandis que l’on s’approche de La Châtre. Avec ses maisons à colombages et ses anciens moulins, ses vieux ponts de pierre jetés sur l’Indre, ses rues dont les noms honorent les amis célèbres de la romancière, la vieille cité est un hymne à l’écrivain, notamment une statue de l’artiste Millet.

En chemin vers Briantes, on débusque d’anciennes fermes accolées à leurs granges, qui servaient à battre le blé et à entreposer le matériel agricole. Les haies sont un refuge idéal pour toutes sortes de petits animaux, belettes, lapins, mésanges, chardonnerets, grives, loriots, rouge-gorge, perdrix rouges. Plus haut, faucons crécerelle ou busards Saint-Martin planent bas de leur vol chaloupé à l’affût de quelque proie. Gaillet, oseille sauvage, euphorbe, pulmonaire, reine des prés, autant d’espèces végétales qui donneraient envie de partir herboriser comme George Sand en son temps.

Les paysages d’aujourd’hui ressemblent encore à ceux du Meunier d’Angibault

Jour de fête à Sainte Sévère

Dominant la rive escarpée et verdoyante de l’Indre, voici le village de Sainte-Sévère. C’est ici que Jacques Tati tourna son fameux Jour de fête en 1947. La petite place est toujours là, et l’on verrait presque surgir le facteur François, faisant tournoyer sa sacoche avant d’enfourcher son vieux vélo. Véritable immersion dans un village berrichon de 1947, la visite de La maison Jour de Fête est un régal !

Un dernier coup d’œil sur la Vallée noire avant de plonger vers le sud. Nous suivons d’anciens communaux et parcours de pacage pour les moutons, chèvres, bovins, voire troupeaux d’oies … De majestueux alignements de chênes têtards portent haut leur grosse tête hérissée de jeunes tiges, qu’on élaguait jadis pour les besoins du foyer.

Bocage, pâturages et Grand noir du Berry, autant de caractéristiques préservées de cette Vallée noire.

Ici et là, d’anciens vergers où s’épanouissent des fruits comme on n’en fait plus, pomme Belle des Bois, poire Cuisse Madame ou prune Musquette. Dans les prés, un ou deux grands noirs du Berry, âne costaud pour les travaux des champs d’autrefois.

A Châteaumeillant, on célèbre le vin gris

Peu à peu, les collines se relèvent, les vallées s’encaissent et se profilent en gorges. A Saint-Priest-la-Marche, on frôle la source de l’Indre. A Préveranges, on pique plein nord vers Sidiailles, abandonnant temporairement le GRP® pour le retrouver un peu plus haut, à la Croix Cordeau. Les maisons traditionnelles offrent leurs belles façades de schiste et de grès et leurs granges à auvent. A la sortie de Saint-Saturnin, le bocage cède le pas à la forêt de Maritet, chênes, hêtres, frênes et châtaigniers. Plus loin, surgissent les premières vignes de Châteaumeillant occupant les grès caillouteux du Cher et de l’Indre, d’où surgissent des loges de vigne en pierre. A la Motte-Feuilly, le château servit de décor au roman Les Beaux Messieurs de Bois Doré.

Passé Verneuil-sur-Igneraie, le bocage reprend doucement ses droits et l’on pense une ultime fois à George Sand, qui sentant sa fin venir, se fit transporter devant sa fenêtre. « Laissez verdure » auraient été ses derniers mots. Force est de reconnaître que quelque 130 années plus tard, les vœux de la romancière ont pleinement été entendus …

 

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