Au nord, la station thermale d’Allevard-les-Bains. Ses eaux sulfureuses, souveraines contre les maladies de la gorge et des cordes vocales, lui ont valu, depuis deux siècles, une affluence de comédiens et de chanteurs d’opéra. Au sud, les sources chlorées et sodées d’Uriage, réputées dans le traitement des rhumatismes, des maladies de la peau et des voies respiratoires, ont longtemps attiré peintres et écrivains en vogue.

Entre ces deux villes d’eau au charme un peu désuet et très « Mitteleuropa », le massif de Belledonne n’aligne pas moins d’une quarantaine de lacs, tandis que des dizaines de torrents dévalent de sommets qui tutoient souvent les 3000 mètres. Partagé entre le département de l’Isère (pour les deux-tiers) et celui de la Savoie (dans sa partie nord), ce bloc de montagne cristalline est comme enserré entre les cours tumultueux de l’Arc, de la Romanche et de l’Isère. Pas étonnant si notre industrie hydro-électrique a vu le jour sur ces pentes ! Moins fréquenté par les touristes que la Chartreuse ou le Vercors – bien à tort – Belledonne est pourtant aisément accessible depuis Grenoble.

Le Gleyzin est un torrent qui se jette dans le Bréda à hauteur de La Ferrière, en amont d’Allevard-les-Bains.

Châteaux et églises romanes à foison

Pour une première prise de contact, que l’on opte pour la voiture, le vélo ou la randonnée pédestre, rien de plus spectaculaire que d’emprunter tout ou partie de la départementale 280, dite « route des balcons de Belledonne ». Sur les 65 kilomètres qui séparent Uriage d’Allevard, cette chaussée, bien entretenue et jamais très pentue, s’accroche aux contreforts occidentaux de la montagne. Chaque virage offre des panoramas renouvelés sur la vallée de l’Isère, qui serpente six cents mètres plus bas. Un chapelet de villages, restés très ruraux, rythme la promenade : Revel, Saint-Jean, Saint-Mury, Sainte-Agnès, Les Adrets… Tous ces bourgs offrent l’occasion d’une halte réparatrice, des possibilités de restauration et de logement et une pléthore de châteaux, de maisons fortes et d’églises romanes à visiter.

Les « balcons de Belledonne »
un chapelet de villages de charme

En cheminant sur cette « route des balcons », vous croiserez une multitude de restaurants, grands ou petits, pour tous les goûts et toutes les bourses. Vous recherchez une table « top niveau » tenue par un chef reconnu ? Poussez la porte des Terrasses d’Uriage : Christophe Aribert (deux étoiles au Michelin) vous « soignera » dans son restaurant, magnifiquement situé au coeur du parc des établissements thermaux.

Vous aimeriez plutôt vous sustenter vite fait – et pas cher – avant de repartir battre la campagne ? Rendez-vous à la Marmite campanaise, dans le village des Adrets. Voilà une maison sympathique et décontractée, dotée d’une terrasse fort plaisante.

À une dizaine de kilomètres au sud, à La Ferrière, vous ne serez pas davantage déçu par le Grand Joly, à la fois restaurant et maison d’hôtes. On vous y régalera à prix doux des spécialités maison : cassolette d’escargots et cuisses de grenouilles. De quoi reprendre, sans avoir à craindre la fringale, l’ascension du (bien modeste) col des Mouilles, situé un peu plus haut ! Deux bonnes adresses, encore, et qui valent un minuscule détour sur la route des balcons : les glaces maison d’Anne-Sophie Cosson (La Ferme des délices, à Revel – voir l’encadré) et les succulents fromages de chèvres de la ferme Truc- Vallet, à négocier au hameau de La Boutière (commune de Laval). Sur demande, ces deux exploitations peuvent faire l’objet d’une visite.

Deux « camps de base » pour vos randonnées : Uriage et Allevard

Une fois les estomacs calés et ce premier repérage effectué sur les contreforts ouest de Belledonne, il est temps de se lancer à l’assaut du massif proprement dit. Pour peu que vous disposiez de deux ou trois jours, un weekend prolongé par exemple, vous aurez intérêt à vous « poser » sur un point fixe d’où vous pourrez ensuite rayonner sans perdre de temps en transports automobiles.

Á cet égard, deux « camps de base » nous semblent idéalement positionnés pour l’organisation de randonnées pédestres dans Belledonne : au sud, au-dessus d’Uriage (et juste en aval de la station de Chamrousse), l’auberge des Seiglières ; au nord, à une dizaine de kilomètres d’Allevard sur la route de Fond de France, l’Aubergerie, tenue par le truculent (et par ailleurs fin cuisinier) Thomas Sibille.

L’auberge des Seiglières, juchée à 1000 mètres d’altitude, constitue un point de ralliement classique pour tous les randonneurs attirés par ce coin d’Isère. On y mange bien, on y dort comme un bébé dans ce décor forestier que ne trouble aucun bruit passé 18 heures. Mais surtout, on s’y trouve au point de départ d’une bonne vingtaine de chemins adaptés à tous les niveaux de marcheurs. Il y a un siècle et plus, les riches curistes séjournant à Uriage se faisaient transporter jusqu’ici à dos de mulets… ou de paysans. Ensuite, dans le même équipage, les plus aventureux se risquaient jusqu’à la cascade de l’Oursière, à neuf kilomètres de l’auberge (aller et retour). Cette promenade de difficulté moyenne (500 mètres de dénivelé, avec quelques passages rendus délicats par la fréquente persistance de névés, même en été) reste, encore aujourd’hui, un but de rando très apprécié. Les passages en forêt y alternent avec les prairies d’alpage d’où l’on découvre le panorama grandiose du Grand Colon, avec vues imprenables sur le Vercors et la Chartreuse. Les plus motivés poursuivront la promenade jusqu’au lac Robert.

Le guide Gérard Sagnière ouvre la voie sur le chemin de la cascade de l’Oursière et sur les hauteurs de Chamrousse.

Les moins hardis iront plutôt se détendre en contrebas, pour profiter du site des marais des Seiglières, 96 hectares classés ENS (espace naturel sensible). On est ici tout près de Chamrousse (où s’illustra Jean-Claude Killy dans la descente des Jeux olympiques d’hiver de 1968). Cette station constitue elle-même un excellent point de départ pour nombre de balades. Nous y avons testé un circuit facile d’environ six kilomètres. Il démarre sur les prairies de Bachat-Bouloud, traverse le torrent de la Salinière, puis emprunte la piste de ski de fond de l’Astragale avant de déboucher sur le vertigineux à-pic de la Brèche de l’Homme (800 mètres de falaises surplombant la vallée de la Romanche, en contrebas). On est prié de tenir par la main les enfants et les personnes sujettes au vertige, l’endroit n’étant guère sécurisé. Etonnant, dans la mesure où tous les chemins de Belledonne sont d’ordinaire remarquablement et précisément marqués et signalés.

Des plantes carnivores sur les pistes de Chamrousse

En parcourant ce circuit autour de Chamrousse, qui se termine sur le plateau de l’Arselle, au pied des remonte-pentes, les passionnés de nature auront l’occasion d’apprécier une multitude de fleurs de montagne : jonquilles, primevères, gentianes, soldanelles, sans compter diverses variétés d’orchidées et de petites plantes carnivores comme la grassette ou la droséra. Même foisonnement d’espèces au niveau de la faune : bouquetins, chamois, chevreuils, écureuils et lièvres variables abondent dans les rocailles alentour et se laissent parfois entrevoir pour peu que votre approche reste discrète…

L’association Les Sentiers de Saint-Martin d’Uriage, créée en 2011, effectue dans ce secteur un travail remarquable de marquage et de préservation des sentiers. Ses adhérents jouent même un rôle de pionniers en inventant, pour le plus grand profit des touristes, une nouvelle discipline, l’« archéologie de la randonnée ». Ils interrogent les vieux cadastres et les cartes anciennes pour retrouver la trace des chemins oubliés, envahis par la broussaille ; ensuite, ces passionnés de nature les remettent en état, les sécurisent et éditent des fiches détaillées que l’on peut consulter sur leur site ou sur celui de la mairie de Saint-Martin d’Uriage. L’office du tourisme de cette ville propose également (pour 8 euros, en versions papier ou électronique) le descriptif des huit sentiers réhabilités par l’association. Dans le même esprit, la Fédération des alpages de l’Isère édite sa propre sélection de randonnées et de refuges.

Dans les alpages,
on rencontre de plus en plus de bergères

Cette association est en outre à l’origine de deux initiatives amusantes : « rencontres avec les bergers » et surtout « dialogue avec un troupeau ». Dans ce dernier cas, il s’agit de désinhiber les malheureux urbains effrayés par la proximité des vaches en les habituant progressivement à caresser ces animaux redoutables, et même en les encourageant à s’allonger à côté d’elles ! Cette thérapie de choc se trouvera-t-elle facilitée à l’avenir par la féminisation de la profession de berger ? En tout cas, sur la vingtaine de gardiens de troupeaux qui officient l’été sur Belledonne, un bon tiers sont désormais des jeunes femmes…

A noter que, sur ce même thème de la transhumance, l’Espace Belledonne propose de son côté une longue virée (onze étapes) baptisée « Les Sentiers des bergers » : une excursion à faire, en totalité ou en partie, en suivant les chemins de crête du massif. Refuges et endroits propices à la restauration sont précisément indiqués sur la fiche éditée par l’association.

La promenade du « Bout du monde », conseillée aux familles

Des troupeaux (et des bergères), on en trouve aussi au nord de Belledonne, dans les alpages du Collet d’Allevard, de Pinsot ou de Fond de France. Pour rayonner dans ces parages, on peut bien entendu séjourner à Allevard même. Cette petite ville plaisante regorge d’hôtels et de pensions de famille de tous niveaux, comme toute cité thermale qui se respecte.

Certaines promenades familiales et ultra-faciles commencent d’ailleurs au coeur même de la ville, comme celles dite « du Bout du monde », qui consiste à remonter, sur un chemin délicieusement ombragé, le cours tumultueux du Bréda jusqu’aux anciennes installations hydro-électriques et sidérurgiques de Schneider. Aujourd’hui à l’état de friche industrielle, elles firent naguère la fortune du pays. Á l’autre bout du spectre des difficultés pédestres, et donc réservé aux bons randonneurs, on conseillera le « tour du Pays d’Allevard » : un circuit de 70 kilomètres, en six jours et cinq nuits, qui se pratique de juin à septembre. Pour 500 euros par personne, vous bénéficierez de la présence d’un guide, des nuitées en refuges et même du portage de vos sacs d’un hébergement au suivant. Renseignements et inscriptions à l’office du tourisme.

Ancienne bergerie superbement réhabilitée, l’Aubergerie, à La Ferrière, près d’Allevard, constitue un bon « camp de base » pour les randonneurs.

Pour les amoureux de grands espaces et de solitude, plutôt qu’un séjour en ville, on conseillera une halte de deux ou trois jours à l’Aubergerie, une ancienne bergerie confortablement restaurée située à La Ferrière, à une dizaine de kilomètres d’Allevard. Le gîte y est donc très confortable, quoique couleur locale, quant au couvert, il est tout simplement remarquable : Thomas Sibille, le maître des lieux, prend plaisir à servir à ses hôtes une cuisine à la fois riche, raffinée et créative. Depuis son établissement, implanté en plein alpage, on rejoint facilement Fond de France, autre point de départ de nombreuses excursions. Dans ce cul-de-sac de vallée, vous aurez vraiment l’impression de vous retrouver au bout du monde. Et il ne vous restera plus qu’une chose à faire : choisir un sentier, parmi des dizaines d’autres, pour reprendre de la hauteur et retrouver les vastes perspectives qui sont la marque de fabrique de Belledonne.

Texte et photos Jean-François Rouge

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