Trois jours pour découvrir la chaine des Pyrénées, c’est un peu comme choisir un seul maillon. Trop peu pour dire qu’on connait, pas assez pour s’en contenter, juste ce qu’il faut pour entretenir l’envie de continuer et d’y revenir.

Sur le GR®10, qui s’achemine entre la Haute-Garonne à Bagnères-de-Luchon jusqu’aux Pyrénées Atlantiques à Lourdes, c’est au cœur des Pyrénées Centrales qu’on a choisi de s’immerger. En pleine tempête souvent, mais au calme revenu, splendeurs et des cadences…

Les lacs de Madamète, sous le col et le pic éponymes, lieu de villégiature idéal pour se croire seul au monde.

Tout et son contraire

Trois jours durant, les saisons batifolent. C’est le décor et puis l’envers. D’une heure à l’autre ou pour un temps indéterminé, pas moyen de s’assurer qu’il fera beau, qu’on pourra profiter d’une fenêtre climatique, qu’on aura la garantie d’aucune pluviométrie. Même au cœur du cœur de l’été. Les Pyrénées sont aussi chargées d’imprévisibilité qu’un nuage gonflé avant l’orage. Aussi soudainement soufflées de leur brume qu’on croit les avoir imaginées. Les Pyrénées c’est tout et son contraire. Un lac des torrents, la pluie le beau temps, le calme la tempête. Effusion des sentiments.

Alors direction Saint-Lary-Soulan, station pyrénéenne pour amateurs de sports outdoor. Et l’objectif, le pied posé dans le département des Hautes-Pyrénées, c’est de retrouver l’itinérance sur trois jours et de rejoindre par monts, forêts et lacs, Saint-Lary-Soulan à Barèges, la ville thermale la plus haute de France.

Retrouver l’itinérance,
c’est retrouver l’indépendance

Retrouver l’itinérance, c’est retrouver l’indépendance. C’est partir du premier refuge quand tout le monde est encore endormi, parce que la route est longue, parce qu’on n’a pas encore le rythme de la marche intégré dans les semelles. Parce qu’on ne sait pas où on dormira la nuit prochaine. Parce que se retrouver de nouveau sur les sentiers c’est un peu à chaque fois recommencer, avec la peur de ne pas y arriver, de se blesser, de se fatiguer, de ne pas être satisfait. Alors ces trois jours là commencent comme cela, ils ne font pas exception. On emballe tout à la frontale, on traverse un Saint-Lary qui dort encore à poings fermés. On est en juillet.

Route et goudron sont loin d’être les compagnons de route espérés au petit matin. Mais il faut commencer par là, par écraser le bitume pendant une heure, par regretter un pas encore trop lourd pour s’amuser et atteindre de l’autre côté de la vallée le village de Vieille Aure. C’est en suivant un sentier discret dans la demi obscurité mais bien aménagé le long de la Neste, que l’entrée en matière aurait été plus hospitalière…

En amont du lac de l’Oule, une bifurcation conduit au sauvage refuge de Bastan.

On quitte rapidement ce petit village authentique et ses maisons du XVIIème siècle pour célébrer, enfin, sous la pluie qui s’invite,  les retrouvailles de la semelle et de la terre. En chemin, enfin, pour le GR®10. Dans le sens Méditerranée – Atlantique, à l’inverse des habituels arpenteurs du sentier.

Capes de pluie au vent, c’est un sentier dans le brouillard qu’il faut suivre au milieu des noisetiers qui abritent les esseulés de l’itinéraire. A la sortie de ces abris fruitiers, une pente herbeuse prend le relais, humide et glissante qu’il faut remonter là où les vaches, elles, ont abandonné les prés…

Quand le ciel et la terre s’épousent

Le marcheur poursuit sa quête vers le nord jusqu’à atteindre le Pla de Castillon, qui par temps clair, paraît être la place idéale pour qui souhaite y passer la nuit (source  à 10 minutes de là, vers le nord ouest). A cet endroit, à 1606 mètres,  le mariage de la pluie et du brouillard est un mariage heureux. Les laissant à leur noce, les pas toniques d’un premier jour dans l’humidité gagnent de vastes et belles prairies un peu plus hautes. Le ciel nuageux mais tranquille flirte doucement avec le vert ondoyant d’ici bas. On finit par quitter ces grands espaces suspendus dans le temps en suivant la piste pastorale jusqu’au Col du Portet (par ailleurs accessible aussi par la route). Pas la peine de s’y attarder, et préférer faire la pause loin des remontées mécaniques endormies qui habitent les lieux.

Le lac de Gourg de Rabas, croisé sur la montée jusqu’au col de Madamète, est un puits creusé dans la pierre.

Le lac de l’Oule et son ambiance nord américaine qu’on croise ensuite sera le premier d’une longue série au cours de cette traversée. Il suffit de rester en amont pour gagner ainsi, la vue plongeant sur ses contours, la bifurcation (2110m) pour le refuge de Bastan. Hors GR®10, en 30 minutes (GR®10C), de lac en lac, on s’éloigne du premier et on s’enfonce encore un peu plus loin dans la montagne, dans une nature où eau et pierres s’emmêlent. On atteint le refuge gardé qui joue à cache-cache derrière les sapins. Ici c’est simplicité, calme, et eau glacée. Le refuge est équipé de panneaux solaires, la douche est extérieure, la nuit sous marabout (ou dans le bâtiment principal pour les plus chanceux). Se laver dans l’eau du lac sans laisser de traces de détergent, peut-être, selon la météo, une expérience presque « confortable»…

Au petit matin, il faut rebrousser chemin, remettre les pas dans ceux de la veille pour retrouver le GR®10 qui cette fois nous conduira sur les rives du lac de l’Oule, pour le longer un moment, puis d’un coup l’abandonner et plonger dans les hauteurs. Sapinière et sentier raide déciment soudainement le confort de la randonnée, jusque-là horizontale. Quelques efforts plus haut, après d’immenses pelouses c’est le col d’Estoudou qui joue les troubles fêtes en proposant un accueil absolument étonnant. Plein été, il neige. L’effet est grandiose, la température saisissante. Par temps clair, et en rejoignant le Montpelat, c’est, paraît-il, le belvédère incontournable pour admirer la région des lacs (compter 40’).

Un barrage pour rappeler la présence de l’homme

Sans perdre de temps, en contrebas du col, le sentier reprend le dessus et indique le prochain gîte pour la nuit, près du lac d’Oredon. Abrités par la forêt, c’est sans encombre mais aussi sans visibilité, que la marche se dirige hors GR® par une ultime sente physique et pentue, récompensée par l’arrivée directe et libératrice pour les cuisses sur le chalet. Mais si elles en demandent encore, il est toujours possible de les satisfaire par une petite prolongation. Le sac à terre et remisé au gîte, il suffit de suivre le lac sur sa rive nord en direction de l’ouest, d’abord par la route qui dans un virage se transforme en gros sentier forestier et qui finit par se faufiler jusqu’à une clairière. De là il est possible de rejoindre le barrage et sa grande mâchoire de pierre, qui retient le lac de Cap de Long, dominé par l’impressionnant Pic de Néouvielle (aller retour 2h30).

Des eaux miroirs
de l’immensité de la montagne

Le lendemain, ressourcés par la quiétude du lac d’Oredon, le sentier des Laquettes introduit la journée, hors GR® pour commencer. On ne peut que s’en réjouir, suivant le bord de trois petits lacs qui ont donné leurs noms à cette partie du tracé, bercés par les frétillements matinaux des ondes lacustres. Le soleil, fraichement levé et confronté à la masse d’humidité enregistrée ces derniers jours, réchauffe timidement l’ambiance jusqu’à atteindre le barrage du lac d’Aubert, alors en réfection, et point de départ de nombreuses randonnées à la journée. Préférer y passer de très bonne heure pour éviter, d’un seul coup, de se retrouver parmi la foule, alors que voilà des jours que vous ne comptiez que sur les Iris des Pyrénées pour compagnons discrets de cordée.

Conversations au bord des lacs

S’extirper de la masse, faire taire le bruit des hommes pour rendre la parole aux reflets argentés du lac d’Aumar, le plus proche voisin, et continuer la conversation en ricochet avec le petit lac Gourg de Rabas, magistralement bordé de gros blocs de granit. Le paysage merveilleux plein les yeux, il faut pourtant tourner le dos à ce lac et poursuivre l’objectif (vain en période de grosses fréquentations) d’atteindre en solo le col de Madamète (2509m), puis son pic si l’envie vous prend (2657m)… et s’il n’y a personne. Sinon, il est préférable de redescendre directement, dans la vallée opposée qui de par sa largeur dispersera naturellement les bavardages… et les randonneurs d’un jour, qui reviendront sur leur pas.

Les lacs d’Aubert et d’Aumar font l’objet de belles balades.

Les nôtres entament une descente vers les lacs de Madamète, sous l’œil lointain, mais imposant, du Tourmalet. Soudainement, en allant plein nord vers la cabane d’Aygues-Cluses, le sentier semble nous signifier qu’il faut dire au-revoir au dernier lac du parcours. Révérence signifiée, c’est dorénavant le torrent qu’il faut suivre pour rejoindre le Pont de la Gaubie. De là, d’un pas tranquille, le GR® se dessine jusqu’au parking de la station de ski Tournaboup et la bifurcation pour le Tourmalet, un bout de route à emprunter qui mettent fin à l’esprit montagne. Mais comme un dernier souffle, l’itinéraire s’échappe encore un peu et gagne un sentier plus naturel au milieu de vieilles granges typiques, avant de descendre brutalement jusqu’à fondre sur Barèges.

Loin du calme des lacs jusque-là croisés et entretenus, ici c’est le fougueux Bastan qui souhaite la bienvenue.

La flore

Les Pyrénées c’est aussi près de 4500 variétés florales. Au printemps, les alpages, champs et bordures de ruisseaux explosent en matière de couleurs et de parfums. Suivant la partie des Pyrénées où l’on se trouve, on peut trouver des fleurs d’origine méditerranéenne ou en allant à l’ouest, plus atlantiques. Dans les Pyrénées centrales, plus sèches et rudes, les fleurs se font un plus rares, au profit d’arbres et arbustes plus robustes et rocailleux. Mais l’Iris des Pyrénées tire son épingle du jeu dans cette région. En altitude, il fleurit en plein été et prend possession de la verdure des prés en étincelant de son bleu lumineux. On en trouve notamment beaucoup dans les pelouses de Gavarnie, mais aussi ici, au pied du col du Tourmalet.

Ce bulbe est très peu cultivé, si c’est le cas, c’est sans doute un Iris d’Angleterre…

Culture thermale

Dans la région Midi – Pyrénées, c’est environ 20 stations thermales qui proposent leurs différents soins. Si Saint-Lary, en début de parcours, en fait partie, c’est plutôt les symptômes de rhumatologie et les voix respiratoires qui y sont ciblés.

Située dans les Hautes Pyrénées, Barèges, point final de cet itinéraire de 3 jours est quant à elle la ville thermale la plus haute de France. Une porte d’entrée ou de sortie vers le retour à la civilisation qui se fait dans le calme. Ici, hors saison pas de foule, de mouvements intempestifs. La ville se traverse à pied, dessinée par une rue principale bordée par les quelques derniers magasins de souvenirs. Ici, on parle plus facilement de la petite reine que du dernier trail à la mode. Normal, sur la route du col du Tourmalet, c’est « culture vélo » dans la région. Le ski ne laisse pas sa part, non plus, avec la station la plus proche, Super Barèges.

Mais Barèges, c’est aussi un arrêt sur image. A 1250m d’altitude, on met les pieds dans l’eau. Et pas que. Le Bassan qui s’écoule d’est en ouest alimente la ville d’un réseau hydraulique intéressant côté santé. Donc pour ceux qui préfèrent prendre le temps et ne pas faire la course contre la montre, impossible de passer à côté des Thermes sans s’y plonger. L’odeur de souffre qui s’en échappe ne laisse pas indifférent mais assure des soins divers : rhumatologie et traumatologie (qui lui valent le titre de « Ville d’os »), fibromyalgie, algodystrophie, voix respiratoires ou tout simplement détente hors cure !

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