Les rives de l’étang de Bolmon offrent un vaste espace plat et marécageux qui nous rappelle que nous sommes en Camargue, même si les lieux alentours ont été très investis par l’homme depuis une cinquantaine d’années… L’étang reçoit les eaux de la Cadière et c’est ici que débouche le canal de Marseille au Rhône par le tunnel de Rove. Nous dépassons régulièrement d’anciennes darses à péniches, s’ouvrant un passage vers l’intérieur.

Saladelle et orchidées sauvages à foison

Emaillé de joncs piquants, salicorne, pourpier de mer ou encore saladelle, cette « lavande du gardian » qui fleurit sur les zones salées, le marais est sillonné de roubines, ces fossés de drainage qui se jettent dans le canal de Rove. Les conditions climatiques ne sont pas toujours des plus tendres, pour témoin le vent qui cingle sur nous aujourd’hui, on peine à tenir debout… On a coutume de dire dans la région que le vent souffle un jour sur trois, et que lorsqu’il souffle c’est toujours par multiple de trois, trois jours, six jours, neuf jours, autant dire qu’il vente souvent.

À l’horizon, se dressent les cimes enneigées du mont Ventoux, la grande barre du Lubéron et même le sommet des Alpilles. Vers le sud, un chaînon de collines arides nous sépare de la mer avec ses falaises blanches et ocres, la chaîne de l’Estaque qui inspira nombre d’artistes.

Nous côtoyons des pâtures à brachipode de Phénicie ponctuées de touffes de thym et de roseaux épars. Plus loin, surgissent de belles futaies de ripisylve évoquant la forêt-galerie d’antan. Au printemps, les zones ouvertes se piquent d’orchidées sauvages, avec pas moins de dix espèces, dont l’orchis-bouc et l’orchis parfumé et toute une kyrielle d’ophrys, jaune, araignée, miroir et bécasse. Puis la prairie s’efface au profit de la pinède jalonnée de pins d’Alep et de la forêt de tamaris.

À l’observatoire du Barlatier, on peut observer sans être vus une kyrielle d’oiseaux, aigrette garzette, avocette, foulque macroule, tadorne de Belon, grèbe huppé et bien d’autres encore.

À l’observatoire du Barlatier, une trouée discrète dans le cabanon dressé au bord de l’eau, s’ouvre sur une vaste étendue d’eau où retentit le coassement des grenouilles. Sous son apparente tranquillité, la roselière cache toute une agitation, dont une nuée d’oiseaux. L’abri est excellent pour les observer cachés dans les hautes herbes, à l’affût de nourriture, algues, plantes aquatique, vers, mollusques, crustacés, insectes, poissons et batraciens. Aigrette garzette, avocette, foulque macroule, tadorne de Belon, grèbe huppé, castagneux ou à cou noir, canard souchet, pilet ou à col vert, grand cormoran, héron cendré, busard des roseaux, sterne, goéland et mouette rieuse, sans oublier le milan noir, la liste est longue. A découvrir, selon les conditions météo, la saison, l’heure du jour, et avec un peu de patience …

Le Jaï, pittoresque langue de sable fin

Nous séparant de l’étang de Berre, on aperçoit le cordon littoral sableux du Jaï, qu’on appelle aussi la Chaussée de Marius, qui serait apparu vers l’an 100 avant notre ère. Prolongé par des marais d’arrière-dune, ce lido s’étire sur 6,5 km de long sur 150 à 200 m de large, occupé aux deux extrémités par des cabanons et constructions, hérités des pêcheurs qui venaient ici autrefois. Cette pittoresque langue de sable fin, séparant le Bolmon de l’étang de Berre, offre une belle balade d’où l’on a la fausse certitude de faire face à la mer.

Balade ornithologique
sur les rives de l’étang de Bolmon

Bien sûr, ce cordon dunaire est fragile, et depuis quelque temps, l’espace naturel des dunes du Jaï a fait l’objet de mesures de protection, afin que les espèces végétales et animales propres à ce milieu reprennent possession des lieux. On a ainsi vu réapparaître la telline rose, la petite moule, et enfin le syngnathe des lagunes, cousin des hippocampes et endémique de la Méditerranée, mondialement menacé. Parmi de nombreux poissons, on y trouve l’anguille, à l’origine de la bouillabaisse d’anguilles, plat emblématique de Marignane.

La laisse de mer, formée par l’accumulation de débris portés par les vagues, aide à l’édification de la dune. Elle protège la plage lors des tempêtes et permet le développement d’une végétation dunaire fixant le sable, graminées, obione ou encore tapis d’éphédra à deux épis, espèce rare et protégée. A tout moment, la magie peut être au rendez-vous. Au printemps, c’est l’échasse blanche arrivant d’Afrique, qui vient nicher dans la sansouïre. En été, c’est l’eau de mer qui s’évapore et abandonne dans son sillage de grands disques blancs de sel cristallisé scintillant au soleil. De nuit enfin, le spectacle peut être magique, avec les torchères en flammes et les mille et un points lumineux de la ville miroitant sur l’eau.

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