«La Camargue, des plaines d’herbe où il y a les manades de taureaux et des troupeaux de petits chevaux blancs à demi- sauvages et bien beaux… » écrit Vincent Van Gogh à son frère Théo en 18881. Ciels aux mille et une couleurs, rizières vert émeraude, salines mauves et roses, sables d’or fin, ocre rose des toitures, sansouire déroulant toutes les teintes de la palette au fil des saisons…

Aujourd’hui, rien de changé ou presque. La Camargue, fille du Rhône, offre toujours ce subtil mélange entre la terre, l’eau et le ciel, entre eau douce et eau salée, lagunes aux contours indécis et étangs sans fin qu’on prend pour la mer… Une terre mythique qui évoque toujours les chevaux en liberté, les taureaux sauvages, les flamants roses et les gitans en pèlerinage.

Un monde sauvage, insulaire et mouvant

Entre étangs et roselières, on côtoie de très près de véritables colonies de flamants roses. Une occasion rare de les voir de si près

La Camargue, c’est un monde à part, presque insulaire, où les paysages ne sont jamais définitifs, fluctuant selon les humeurs du Rhône et de la Méditerranée, d’où émerge ici un phare, là une dune, plus loin un bosquet de tamaris ou un bouquet de pins pignons. Une terre sauvage et inhospitalière, longtemps préservée des méfaits de la modernisation. Quand vient l’été, la terre se craquelle, le sel cristallise en croûte blanche aveuglante, des mirages surgissent sur l’horizon et les herbes prennent des teintes ocres et jaune pâle. En hiver, la terre se colore de gris, fauve, violet, brun, contrastant avec la surface lisse de l’eau engloutissant sansouires, salicorne et saladelle.

Au printemps, les plantes salines fleurissent tandis que le ciel résonne du passage des migrateurs. Se reflétant à l’horizon des étangs, jadis point de repère pour les marins, la ville des Saintes-Maries-de-la-Mer se dresse, serrée autour de son église fortifiée. A 4 kilomètres de là, un paradis des oiseaux s’étire sur quelque 60 hectares, formidable concentré de Camargue, le Parc ornithologique de Pont de Gau. On s’y balade au coeur des marais, à la découverte de la faune et de la flore régionale. On y emprunte des sentiers qui se glissent entre étangs et roselières, pelouses et sansouires, îlots et lagunes, marais et roubines (petits canaux). Enfin, on y croise un grand nombre d’espèces d’oiseaux, sédentaires ou migrateurs. Au fil des années, tout a été progressivement imaginé pour accueillir hérons cendrés, cigognes, aigrettes, sarcelles, colverts, rapaces, passereaux et petits échassiers. Et surtout, on pénètre au coeur d’un incroyable paradis des flamants roses, avec l’impression d’avoir sauté à pieds joints au coeur de la carte postale.

Couleurs féeriques et allure de danseuse

Le flamant rose est par nature grégaire, son existence est placée sous le signe de la communauté, il aime à vivre en groupe et pour notre plus grand bonheur, puisqu’en arpentant les sentiers du parc ornithologique, on se trouve à quelques dizaines de mètres de véritables colonies. Avec leurs ailes (leurs couvertures alaires plus exactement) teintées de rose corail, leur long cou gracieux, leurs pattes filiformes et interminables et leur démarche de danseuse étoile, nous voilà transportés en pleine féerie. Cette couleur fabuleuse, les flamants roses la doivent à un pigment caroténoïde présent dans les algues et les crustacés dont ils sont friands. Quant à leur spectaculaire bec courbé, il est unique en son genre, étudié pour filtrer l’eau et la vase. Avançant lentement dans l’eau, la tête complètement immergée, le flamant fouille les fonds, quand il ne pivote pas sur lui-même autour de l’axe de ses pattes. Il explore ainsi la vase, en quête de mollusques, crustacés, insectes et vers dont il se régale.

Au gré des sentiers qui sillonnent le parc

Parfois, il se nourrit tout en nageant, évoquant alors quelque cygne étrange qui aurait changé de couleur. Le flamant rose dort debout, sur une ou deux pattes selon leur humeur, la tête cachée sous l’aile. Au gré des sentiers qui sillonnent le parc, on débouche régulièrement sur une portion d’étang ou de marais où se pressent les roses volatiles. Ils sont ici comme chez eux, habitués à la proximité de l’être humain. Ils savent d’instinct que les bipèdes que nous sommes, s’arrêteront à la frontière séparant la terre et l’eau, ce qui explique que l’on puisse être si proches d’eux.

Spectacle unique au lever du soleil

Quel spectacle au lever du soleil, de voir arriver en formation ces grands échassiers par dizaines de dizaines.

C’est en hiver que les flamants revêtent leurs plus beaux atours lorsque s’approche la saison de la parade nuptiale. Mâles et femelles sont alors prêts pour faire leur show, entrouvrant brièvement leurs ailes et découvrant l’espace de quelques secondes leur magnifique parure orange bordée de noir. On les voit aussi dresser le cou, tourner la tête en cadence, effectuer des courbettes, feindre le toilettage, lisser leurs plumes du bout de leur bec, et pratiquer ce qui pourrait ressembler à des étirements ou des assouplissements tout à fait cocasses. Etirant le cou, ils poussent simultanément de brefs grommellements rauques qui résonnent à l’unisson. Lorsqu’un mâle a trouvé la femelle de ses rêves, on voit alors le couple cheminer côte à côte, le cou baissé, s’arrêtant par instants pour lâcher quelques cris étouffés.

Un observatoire aménagé pour ne pas déranger les oiseaux.

Quant à la fameuse couleur féerique, elle est indispensable. Les flamants qui restent blancs par carence en bêta-carotène, disparaissent, faute de descendance. La bonne idée, c’est de venir dès l’ouverture du parc et de ne pas manquer les dernières heures du jour, à l’heure où le soleil se couche lorsque les visiteurs se raréfient. Quel spectacle de les voir arriver en formation le matin, par dizaines de dizaines, leurs ailes festonnées d’orange et de noir largement déployées ! C’est sûr, jamais vous n’approcherez d’aussi près et en si grand nombre, les grands échassiers aux couleurs de rêve …

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