C’est en l’an 966 que le nom d’Istres apparaît pour la première fois dans un document écrit. Il est possible que ce nom trouve son origine dans le mot huîtres. En effet, on trouve dans la région de nombreuses huîtres fossilisées dans le sous-sol, et « ostreion » signifie banc d’huîtres en grec. Ainsi, le centre ancien de la ville est construit sur des bancs calcaires de coquillages fossilisés. Des airs de vieux village provençal Istres se niche entre collines et étangs au confluent de la Méditerranée, de la Camargue et de la Crau.

Les versants tapissés de garrigue contrastent avec les prairies de bord de l’eau. En direction de l’ouest, s’étire la plaine de la Crau, où le pâturage extensif des troupeaux de moutons a fait naître le coussoul, steppe semi-aride venue remplacer l’ancien delta de la Durance. Vers le nord, se dresse la colline de Sulauze et sa splendide pinède au-dessus de l’anse. Perché sur son rocher, le village d’Istres s’est construit à partir du château central en cercles concentriques. Porte d’entrée de la vieille ville qui ouvrait sur la route d’Arles, le portail d’Arles présente une étonnante arche en pierre légèrement concave, reconstruite au 17e siècle. Le vieux village dont l’ovale rappelle la forme d’une olive, s’organise autour de son église Notre-Dame-de-Beauvoir dont le nom évoque la superbe vue sur les environs du haut de la colline. L’édifice met à l’honneur le style roman provençal, notamment le clocher reconstruit au 19e siècle.

Istres ne manque pas de charme avec ses airs de vieux village provençal, ses ruelles étroites pavées de galets de Crau, ses placettes, ses allées piétonnes bordées de platanes, ses remparts et ses somptueux hôtels particuliers édifiés aux 17e et 18e siècles. On avait l’habitude d’élever les maisons sur des caves creusées dans la roche, qui faisait office de carrière pour les fondations. Aux croisements des rues, contreforts d’angles et pans coupés témoignent du passage des charrettes d’antan. A l’époque, Istres pouvait vivre en autarcie grâce à ses salines, ses oliveraies, ses vergers de cerisiers, ses moutons et l’élevage du ver à soie. Sans oublier le foin de Crau qui bénéficiera plus tard d’une AOC (en 1997), unique aliment pour animaux à bénéficier d’une appellation.

D’un étang à l’autre

Passé la nouvelle esplanade de l’hôtel de ville animée de colonnes spécialement conçues par Daniel Buren, nous voici face à l’étang de l’Olivier, et son plus haut jet d’eau de France, soit 50 m de hauteur ! Jadis bordé d’oliviers argentés, cet étang s’étend sur 220 hectares, avec ses roselières et ses eaux très poissonneuses : la muge (nom local du mulet), anguille, carpe, gardon, perche, sandre, brochet. Peut-être s’y trouve aussi la fameuse « Couloubre », cette couleuvre géante qui selon la légende locale, hanterait les fonds de l’étang.

L’étang n’était
qu’une immense steppe

Par temps frais, on croise des pêcheurs maniant la fouine pour harponner le muge engourdi. Jusqu’au 16e siècle, on y exploitait des salines, avant que la construction du canal de Craponne en 1564 ne vienne altérer la salinité de l’étang. Au-dessus de nous, se dresse le plateau escarpé du Castellan qui fut occupé par un oppidum gaulois à partir du 6e siècle avant notre ère. Plus loin, on s’offre le détour jusqu’à la corniche de Suffren, pour le panorama d’exception sur l’étang de Berre s’infiltrant entre les collines boisées et abruptes. On aperçoit le village de Saint-Chamas de l’autre côté de l’étang, où la Touloubre vient se jeter dans l’étang créant les « palous », ou cordons coquilliers de la Petite Camargue. L’étang de Berre est une véritable mer intérieure de 15 500 hectares, second plus grand étang salé d’Europe après le Mar Menor, situé au sud-est de l’Espagne. Il y a 20 000 ans, le niveau de la mer était 120 mètres plus bas, l’étang n’était qu’une immense steppe tandis que la mer se trouvait à 15 km de là.

L’industrialisation a entraîné d’importantes dégradations dans l’étang. Suite aux mesures prises pour faire disparaître les émissions toxiques et réduire les rejets d’eau douce de la Durance, les eaux de l’étang se sont purifiées et ont retrouvé une part de leur salinité d’antan. On y pêche désormais soles, dorades, loups, muges, anguilles, et même épisodiquement, grondins, rascasses, thons et sardines.

Entre ombre et lumière, sur les collines littorales

Le long de l’itinéraire, plusieurs belvédères offrent de superbes vues sur l’étang de Berre.

Nous voici à hauteur de la plage de la Romaniquette d’où l’on peut emprunter un sentier de découverte à travers la roselière. Tout près de la plage, on peut jeter un oeil au petit tunnel qui fut creusé pour relier les deux étangs de Berre et de l’Olivier. Plus loin, nous progressons entre ombre et lumière au gré des collines littorales parsemées de chênes et pins divers, parasols, maritimes et pins d’Alep. La végétation s’en donne à coeur joie, pistachiers lentisques reconnaissables à leurs petits fruits rouges, acacias, roseaux de Provence, pourpier de mer équipé pour résister au soleil et à la chaleur avec sa teinte gris-bleu. La clématite grimpante à fleurs blanches se marie à l’arum sauvage et les figuiers de Barbarie aux genévriers cade. On pourrait presque faire son marché, avec ces buissons de corbeille d’argent délicieuse en salade et cette profusion de salsepareille, dont les jeunes pousses font d’excellentes asperges, ou encore l’oseille et les épinards sauvages.

On trouve en quantité le chardon Marie, souvenir légendaire de la Vierge qui, fuyant les soldats du roi Hérode, aurait laissé tomber quelques gouttes de lait dessinant des nervures blanches sur les feuilles du chardon. Voici des concombres d’âne ou cornichons sauteurs, l’une des rares cucurbitacées sauvages d’Europe. Plus loin, de grandes gerbes de valériane joliment surnommée lilas des Indes, ou encore des bouquets de mauve et de géraniums sauvages. Nous arrivons aux Heures claires, charmant port de pêche qui accueille ses plaisanciers tout au long de l’année. Pourtant, le site faillit accueillir une base sousmarine au début des années 30, projet heureusement abandonné. En 2010, il ne restait que deux pêcheurs sur Istres vendant en direct le produit de leur pêche sur le port des Heures claires1.

Chemin des Fées et village de cabanons

Les Heures claires est un charmant port de pêche qui accueille ses plaisanciers tout au long de l’année.

Non loin de là, le vaisseau de Suffren vaut le détour. Cet énorme rocher détaché de la falaise et baptisé « proue du bateau de Suffren » fut sculpté à la fin du 18e siècle par un père jésuite qui voulait faire honneur de son ancêtre, Pierre-André de Suffren, bailli de l’ordre de Malte. Impressionnante proue immobile qui n’a jamais pris le large … Passé les Heures Claires, le voyage continue par le chemin des Fées dans la pinède, au-dessus de criques superbement blanches grâce aux coquillages déposés là par les eaux et blanchis par le sel et la lumière.

On dépasse l’ancienne plage de Saint-Martin et on atteint le Ranquet, dont le nom « ranc » évoque un écueil ou un groupe de rochers. On y chargeait jadis le sel extrait des salins de Rassuen et Citis, et le quartier avait la réputation d’être un repaire de brigands. C’est ici que l’on débusquera Tany Zampa, célèbre parrain du milieu marseillais des années 70, dans une des villas du Ranquet en 1983. Cet ancien village de cabanons remontant aux années 1920, fut conçu pour les loisirs et sa devise aurait pu être: « Fai pas bon travaia quand la cigalo canto »… À l’époque, le lieu était très prisé pour la pêche et la baignade. Maintenant que l’étang a retrouvé en partie son écosystème méditerranéen, la plage a été réaménagée dans une petite crique verdoyante. Il y a dix ans à peine que l’eau courante a été installée !

Un tunnel souterrain fut creusé entre le port du Ranquet et les salins de l’étang de Citis. Il existe toujours, aménagé de pipelines pour le transport de produits à destination des usines. A travers la pinède et quelques plantations d’oliviers, on remonte vers le centre d’Istres par l’intérieur des collines.

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