Seulement 4700 habitants, accrochés à quatre villages : Beaufort, Hauteluce, Queige et Villard-sur-Doron. Mais pas moins de dix refuges d’altitude et 550 sentiers aménagés, plantés de plus d’un millier de panneaux d’orientation pertinents et méticuleusement entretenus. Voilà, en résumé, la carte d’identité pédestre du Beaufortain, qui fait de ce bout de Savoie remarquablement préservé – et pourtant facile d’accès via la gare SNCF d’Albertville – un paradis pour randonneurs.

La matière première du beaufort :
les fleurs d’alpage

Á l’origine de cette « sanctuarisation », on trouve, paradoxalement, l’industrie hydroélectrique. Amorcée dès l’entre-deux-guerres, la construction de grands barrages destinés à la production d’électricité s’est encore accélérée après 1945 avec la création d’EDF. Des chantiers pharaoniques voient alors le jour. A Roselend et à La Girotte notamment. Ils présentent l’avantage de créer des emplois sur place et de freiner l’exode rural qui, ailleurs, vide les montagnes. Mais, sur le moment, ils bouleversent profondément le paysage : le hameau de Roselend, par exemple, se trouve englouti sous les eaux, ainsi que quinze de ses cinquante-quatre alpages. On imagine le tollé général si l’on envisageait, aujourd’hui, pareille opération…

N’empêche qu’elle a eu un effet à long terme positif au plan écologique : les projets de création de stations de sports d’hiver ont été stoppés nets, à Roselend notamment. Du coup, le Beaufortain a échappé au bétonnage systématique et disgracieux qui sévit au cours des années 1960 et 1970 dans tout le massif alpin. Ce n’est que beaucoup plus tard que des équipements de sports d’hiver (souvent destinés au ski de fond, donc assez légers) ont fait leur apparition à la périphérie du Beaufortain, comme au col des Saisies. Ajoutez à ces circonstances historiques le classement en AOC, puis la vogue, du fromage local – le beaufort – qui enrichit les paysans restés sur place, vous obtenez à l’arrivée ce petit miracle : une zone agricole de montagne bien peuplée, riche, qui maintient un équilibre rare entre élevage, sports d’hiver et tourisme d’été. Le village d’Hauteluce, à lui seul, compte encore 54 exploitations agricoles…

Quatre barrages devenus des buts de promenades

Quant aux barrages, ils constituent aujourd’hui un atout « naturel » qui a fini par générer des éco-systèmes appréciés de la faune, de la flore… et des promeneurs. Accessoirement, ils produisent chaque année 1,5 milliard de kilowattheures, soit près de 4% de la production hydroélectrique d’EDF, ce qui permet d’économiser l’émission de 890 000 tonnes de gaz carbonique dans l’atmosphère. Ils sont ici au nombre de quatre : Roselend, La Gittaz, La Girotte et Saint-Guérin. Et chacun fait l’objet d’un tour pédestre plus ou moins long qui permet d’admirer, sans quitter la « montagne à vache » et donc sans prendre aucun risque, des paysages grandioses de haute montagne : le Mont-Blanc, distant d’une trentaine de kilomètres d’Hauteluce ou de Beaufort, est visible de presque partout, pourvu qu’on prenne un peu de hauteur et que le temps soit dégagé. Ainsi, vous aurez maintes occasions d’admirer le plus haut sommet d’Europe si vous optez par exemple pour une randonnée sur les crêtes qui dominent la retenue de Roselend, le plus étendu de ces lacs de barrage. La promenade dite de la « Grande Berge » ne présente guère de difficultés. Elle dure 2H45’ pour 7,4 kilomètres de marche sur des sentiers parfois pentus, mais toujours bien balisés.

La montagne d’Outray, face au village d’Hauteluce, fait l’objet d’un tour pédestre plutôt sportif (comptez six heures).

Depuis Beaufort, il suffit d’emprunter la RD 925 jusqu’au col de Méraillet et de laisser son véhicule au parking du Cormet de Roselend (bien connu des passionnés du Tour de France), devant le refuge du Plan de la Lai. On se trouve alors à 1817 mètres d’altitude et il n’est pas exceptionnel de rencontrer des plaques de neige sur le sentier bien au-delà du mois de juin. Le seul autre (très relatif) danger, ce sont les lapiaz, ces dures roches calcaires ravinées, souvent cachées par la végétation, sur lesquelles on peut facilement se tordre les chevilles. Ne sortez donc pas du tracé, d’autant que vous pourriez abimer les multiples fleurs sauvages qui vous entourent : rhododendrons, gentianes et myosotis – entre autres. Sans oublier les touffes d’airelles qui tapissent certaines zones.

Les vaches de race tarine règnent sur les alpages

Côté faune, vous croiserez certainement des bataillons de marmottes siffleuses, peut-être une biche (comme nous) ou un chamois, et vous constaterez rapidement que des faucons crécerelles surveillent votre progression, juste à votre aplomb. En quelques hectomètres, vous passerez des tourbières humides qui entourent le gîte de Plan Mya (tenu par l’aimable Françoise Bochet, mère de Marie Bochet, la skieuse paralympique multi-médaillée d’or) aux secs rochers de la Petite Berge, qui culmine à 2060 mètres d’altitude. La vue est alors impressionnante, sur le lac et le barrage, en contrebas, et plus loin sur la chaîne des Aravis et sur celle du Mont-Blanc.

Le beaufort à lui seul
a sauvé bien des
exploitations de montagne

Á un kilomètre à peine au nord de Roselend se cache le lac de La Gittaz, beaucoup plus petit, mais aussi plus secret, enserré dans une forêt de conifères qui lui fait comme un écrin très sombre. Si l’on contourne ce lac et qu’on remonte le cours du torrent qui l’alimente, le paysage s’éclaircit rapidement. On se retrouve au coeur d’une vaste vallée glaciaire qui sert d’alpage à de nombreux troupeaux. Ici, les vaches sont presque toutes de race tarine – petite taille et robe uniformément brune. Leur lait est exclusivement destiné à la fabrication du fromage de Beaufort. L’autre race bovine autorisée pour cet usage, l’abondance (à robe mouchetée), supporte moins bien les pentes et l’altitude que la tarine, ce qui explique sa quasi absence du Beaufortain. Si vous renoncez à pousser jusqu’au col du Bonhomme (2324 mètres d’altitude), situé à cinq kilomètres du lac par le Chemin du Curé, arrêtez vos pas au hameau de La Gittaz, visitez sa minuscule chapelle et profitez éventuellement de l’hospitalité de son refuge, rustique mais accueillant (et récemment rénové). La balade entre le lac de La Gittaz et ce hameau n’excède pas deux kilomètres et vaut largement le détour, les paysages n’ayant rien à voir avec ce que vous aurez vu précédemment autour de Roselend.

Á partir du village d’Arêches (rattaché administrativement à la commune de Beaufort), vous accéderez en quelques minutes de voiture (quatre kilomètres à parcourir sur une charmante route de campagne) au troisième de nos grands barrages, celui de Saint-Guérin. La brochure distribuée par l’office de tourisme suggère une promenade sur ses berges d’environ une heure, soit trois kilomètres avec un faible dénivelé. Idéal pour les familles, d’autant que les enfants pourront jouer les Robinsons en empruntant une passerelle suspendue de 80 mètres de long (sans danger), avant de s’amuser à répondre aux questions sur l’hydroélectricité posée dans une feuille de jeu à récupérer auprès des offices de tourisme. Toujours sur ce thème, les adultes pourront s’instruire à leur tour grâce à l’application pour smartphones l’Empreinte des Grandes Alpes (voir ci-dessous, dans la partie pratique).

La Girotte, le lac le plus profond de l’Hexagone

Autrement plus sportive est la randonnée qui fait le tour du lac de La Girotte. Cette fois, on parle d’une sortie de la demi-journée (comptez au moins quatre heures), avec un dénivelé de l’ordre de 600 mètres et une distance totale à parcourir de près de neuf kilomètres. Venant d’Hauteluce, on laisse son véhicule au parking de Belleville et… la grimpette commence ! Le sentier serpente joliment en lisière de forêt, tandis que le ruisseau du Dorinet cascade bruyamment en contrebas. Ce lac de retenue est le plus profond des lacs français : 100 mètres tout juste !

Le village d’Hauteluce, à la fois petite station d’hiver et point de départ de nombreuses randonnées d’été.

Avant de retrouver Hauteluce et le magnifique clocher à bulbes de son église Saint-Jacques-d’Assyrie, édifiée au XVIe siècle, vous pourrez vous arrêter déjeuner ou au moins déguster quelques charcuteries maison à la ferme des Liaudes, située à l’écart de Belleville (hameau du Planay). Depuis la terrasse de cette ferme (qui fait aussi gîte et table d’hôte), la vue porte loin sur la vallée du Dorinet. Marine, la copine de Manu, le fils de la maison, vient même de s’y lancer dans une nouvelle activité : la fabrication de savons hyper-doux à base de lait d’ânesse selon une recette (paraît-il) héritée de Cléopâtre elle-même !

Dans un genre d’hospitalité très différent, ne manquez pas de passer au moins une nuit à la Ferme du Chozal, un hôtel de charme (douze chambres seulement) situé à la sortie d’Hauteluce. Le confort y est remarquable (avec un spa et un sauna au sous-sol) et la décoration rustique très « cosy ». La table est à la hauteur. Á noter : une carte des vins originale, qui propose des crus importés de tout l’arc alpin, y compris la Slovénie ! Au matin, pour vous éclaircir les idées, le patron vous prêtera des vélos ou vous conseillera de nouvelles randonnées. Depuis Hauteluce, qu’on peut en effet prendre comme point fixe pour rayonner dans tout le Beaufortain, lancez-vous dans le tour d’Outray (la montagne qui fait face au village), une jolie randonnée de la journée (comptez au moins six heures). Á partir du col des Saisies, cinq kilomètres au-dessus d’Hauteluce, vous pourrez attaquer la randonnée du Mont-Bisanne (trois heures, soit huit kilomètres), sans difficulté, ou celle du Mont-Clocher (quatre heures, onze kilomètres), à peine plus sportive.

Le tour du Beaufortain : six jours au contact de la montagne

Les randonneurs éprouvés pourront de leur côté s’offrir le tour du Beaufortain, dont une des « portes d’entrée » se situe précisément au col des Saisies. Tout son parcours est bien renseigné, sur les cartes comme sur le terrain. Il est largement pourvu en gîtes d’étapes et en refuges, ce qui lui vaut la distinction de GRP (grande randonnée pays). La balade dure généralement de quatre à six jours. Il est fortement conseillé de l’entreprendre en groupe, accompagné d’un guide local. Il est possible de réserver un tel guide ou des nuitées en refuges via Internet.

Les clochers à bulbes d’Hauteluce,
d’Arêches et de Beaufort,
font la fierté de la région

Á noter que le portage des sacs d’une étape à l’autre est un service qui tend à se généraliser (pour une somme modique). Pour ceux que le tour du Beaufortain ne suffirait pas à rassasier, il existe dans le secteur plusieurs randonnées difficiles qui se rapprochent des courses d’arêtes et qui s’adressent évidemment à des spécialistes entraînés. Certains de ces sentiers sont accessibles également aux VTT, mais cela n’est guère gênant, dans la mesure où les vélos en question, destinés à l’« enduro », sont loin d’atteindre les vitesses des VTT de descente. Les guides cités ci-dessous, dans la partie pratique, mais aussi les offices de tourisme et les sites Internet consacrés au Beaufortain pourront encore vous suggérer des dizaines d’autres promenades de tous niveaux.

Meules de beaufort en cours de mûrissement dans les caves de la coopérative de Beaufort-sur-Doron.

Notamment des randonnées à thèmes comme « l’eau et les barrages », « les alpages et le fromage de Beaufort », « la faune et la flore d’altitude », « les églises baroques de montagne », etc. Une mention particulière pour le passionnant circuit géologique tracé autour d’Arêches (village qui organise tous les deux ans, à la fin août, un géo-festival très apprécié des passionnés de cristaux). Autres pistes intéressantes : la promenade de l’arboretum de Villard-sur-Doron (60 essences d’arbres à découvrir), le sentier botanique des Saisies (sur la flore des tourbières), le sentier du Col du Pré à Arêches (sur les fleurs de montagne), ou le sentier des Pointières, à Queige, sur la vie des paysans d’autrefois.

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