Quand la montagne nous attire en douceur

Nous quittons notre lieu de villégiature sur les bords du lac Saint-Point et prenons de la hauteur en direction des pentes du Mont-d’Or. Plus nous progressons, plus l’esprit montage nous gagne. Comparé à d’autres massifs montagneux, aux parois vite abruptes et parfois oppressantes ici, sur ce versant du Mont-d’Or, tout est douceur et progressivité. Nous sommes dans le Parc Naturel Régional du Haut-Jura, royaume des combes, des forêts profondes et des massifs rocheux parés de leurs crêtes d’altitude. Notre topoguide et une carte IGN entre les mains, les différents hébergements du parcours déjà réservés, tout se présente pour le mieux !

Après environ 2 heures de marche, nous arrivons à la station de Métabief. Connue comme station de sports d’hiver, elle jouit également d’une solide réputation quant aux possibilités de randonnées et de pistes VTT qu’elle offre. Pressés d’en découdre avec le sommet, nous faisons une entorse à notre philosophie de marcheurs. Nous occultons une partie de la marche pour prendre le télésiège de Morond qui nous amène « sans fatigue » directement sur les crêtes du Mont d’Or. S’ouvre alors devant nous un panorama grandiose, un véritable balcon sur la Suisse et sur la chaîne des Alpes.

Les Lacs des Mortes et de Bellefontaine, sites incontournables du massif jurassien.

Le cheminement suit alors au plus près les bords abruptes de la montagne. Arrivés au Mont-d’Or (point culminant du département du Doubs avec ses 1 461 m d’altitude), nous faisons une petite pause. Là, nous surplombons la ville de Vallorbe de près de 700 m. La verticalité des falaises est impressionnante, le massif jurassien semblant s’y arrêter net, comme tranché au sabre. Rien à voir avec le versant opposé. Nous longeons ce vide sur plusieurs kilomètres avec l’impression de respirer le ciel. Ce moment inoubliable marque le point de départ d’une mosaïque de souvenirs, tous indissociables les uns des autres et ponctuant brillamment cette deuxième partie de la G.T.J

Un « petit Canada » à portée de chaussures

La redescente du massif du Mont-d’Or, à travers un massif forestier où règne l’épicéa, nous permet de découvrir le village de Mouthe (937 m), blotti au fond d’une combe et connu pour ses records de températures extrêmes, comme en 1985 où le thermomètre afficha -42,5 C°. Un froid sec mais finalement très sain ! Souvent surnommée la «petite Sibérie française», cette dénomination est plutôt péjorative.

On imagine Monet
posant son chevalet en ces lieux

La beauté du site et la convivialité des habitants rendent l’autre appellation « petit Canada » beaucoup plus adaptée. Non loin du village se trouve la source du Doubs, cette rivière que nous suivons depuis le début de la G.T.J. Cachée dans un recoin de la montagne, l’eau qui sort de la cavité ne dépasse jamais les 6 degrés et reste très claire, quel que soit le temps. La provenance de ces eaux reste un mystère que bon nombre de spéléologues et d’hydrographes tentent encore de résoudre. Juste à côté, la tourbière de Moutat, installée sur un ancien site glacier abrite une faune et une flore intéressante.

Comme dans une toile impressionniste

Puis la trace de la G.T.J nous fait traverser des pâturages dont les verts sont ponctués par les points jaunes des gentianes en fleur et nous permet régulièrement de découvrir de magnifiques points de vue. Monet ou Renoir n’auraient pas rechigné à poser leurs chevalets en ces lieux. Le chemin passe également dans des massifs forestiers dont nous cherchons à percer les profondeurs et par de petits villages tranquilles. Quelques curiosités méritent le détour comme la source de la Saine à proximité de Foncine-le-Haut. Un petit chemin caillouteux nous mène vers une vaste dépression rocheuse en forme d’entonnoir d’où l’on peut voir l’eau se frayer un chemin vers la lumière. Le réseau souterrain, lui aussi, reste encore partiellement inconnu. Avec de la chance ou de la patience, il est parfois possible d’observer des chamois ou autres hôtes des lieux qui viennent s’abreuver aux eaux claires de la source. Comme 2 miroirs reflétant le ciel Plus loin, la combe de Bellefontaine, longée à l’Est par la forêt du Risoux, nous amène aux lacs des Mortes et de Bellefontaine, deux

Surplomber les crêtes abruptes du monde d’or, donne l’impression d’être le maître du monde.

immenses tâches dont le bleu tranche avec la verdeur alentour, et qui font partie des sites incontournables du Jura. Ici subsiste une flore alpine et glaciaire très rare. Juste à côté d’eux, se situe une tourbière dont la richesse a entraîné une classification Natura 2000. Des espèces typiques des taïgas laponnes ou sibériennes s’y sont installées comme les callunes, l’andromède, les droseras ainsi que les bouleaux et les pins à crochets.

La faune est également remarquable et il ne vous reste plus qu’à sortir vos appareils photos et débusquer le solitaire et le cuivré de bistorte (deux espèces de papillons), la grenouille rousse, ou plus simplement des lézards, des hermines ou des vipères péliades. Ce site fait le bonheur des scientifiques car en étudiant les grains de pollen conservés dans les couches inférieures, ils obtiennent des indications sur la végétation environnante des derniers millénaires. Quel souvenir que ce pique-nique, assis au bord de ces lacs, véritables miroirs reflétant un ciel bleu immaculé.

Du Risoux aux Rousses

Les flancs escarpés de la forêt du Risoux nous laissent encore entrevoir une barrière naturelle de plus sur notre parcours. Tel un rideau de conifères de plusieurs dizaines de kilomètres de longueur, elle délimite la frontière avec la Suisse. Durant la seconde guerre mondiale, de nombreux résistants et familles juives ont pu échapper aux forces allemandes et ce, grâce à un réseau de passeurs qui les faisaient traverser clandestinement le massif durant la nuit, jusqu’en Suisse.

Un passage par la petite station de ski de Bellefontaine et nous abordons la traversée du massif forestier, véritable épine dorsale naturelle du secteur. Son ascension est âpre et nous profitons de chaque halte pour regarder en arrière ces paysages de combes verdoyantes, divinement ondulées et parfois ponctuées de quelques fermes isolées, comme venues de nulle part. Ici encore la forêt est belle, profonde, et durant l’hiver, seuls les skis de fond ou les raquettes permettent la traversée de ce massif. Observant les sommets alentours, nous apercevons la Dôle (1 677m), sommet surmonté d’un curieux dôme blanc, abritant le radar de navigation aérienne de l’aéroport de Genève.

Le lac Saint-Point avant d’aborder la montagne.

Notre point d’arrivée se situe en contrebas, presque sur le bord du lac des Rousses. Marquant la frontière avec la Suisse et composée de Bois d’Amont, de Lamoura et de Prémanon, la station des Rousses est surtout connue comme station de ski alpin. Situé à 1 107 m d’altitude, le village n’a vu le jour qu’au début du XVIe siècle et deux forts y furent construits à la fin du XIXe siècle pour défendre la vallée contre le risque d’invasion venant de la Suisse : le fort des Rousses et celui du Risoux. Dans le ciel, des avions laissent de longues traînées blanches indiquant le Sud. Ce sera notre futur cap, une raison de plus pour admirer le ciel jurassien.

Direction les hautes Combes

A une heure où les brumes recouvrent encore le lac des Rousses, comme pour le protéger des premières chaleurs de la journée, nous prenons la direction d’une autre forêt emblématique de la région : la forêt du massacre avec, en son sein, le point culminant du Jura, le crêt Pela (1 495m). Vaste, épais et profond, ce massif forestier s’étend de La Cure à Lajoux et doit son nom aux 600 mercenaires envoyés en 1535 par François 1er pour secourir la ville de Genève assiégée. Ils furent massacrés par les armées du Duc de Savoie au milieu de ces bois.

La forêt, située entre 1 200 et 1 500 m, est soumise à des contraintes climatiques, faites d’abondantes précipitations et d’une température moyenne très basse. Les épicéas, les hêtres et les érables forment le peuplement typique des lieux. Ici, on y pratique une coupe intelligente de la forêt, et si les fameux grands tétras ou les lynx sont difficiles à observer, on entend souvent le pic noir marteler les troncs à la recherche de larves d’insectes. Ici, quand l’été commence à poindre, c’est une explosion de couleurs et de vie tant la végétation y est luxuriante et accueillante pour la faune. Puis, entre 1 000 et 1200 m d’altitude, vient le temps des marches dans les hautes combes, aux alentours de Lajoux et La Pesse.

La forêt nous couvre délicieusement
de son étreinte

Tels de vastes plissements tranchant les massifs forestiers, marcher au fond d’elles donnent un véritable sentiment de liberté, de grands espaces, de plénitude. La trace nous fait passer par la « La Borne au Lion », se trouvant entre le crêt au Merle et le crêt de Chalam (1 545 m). Cette borne fait partie d’une série de bornes frontières posées en 1613, marquant alors la frontière du Royaume de France. Cet endroit fut également un haut lieu de résistance lors du second conflit mondial. A l’Est, notre regard se porte sur les Monts du Jura. Ce sera notre prochaine grande étape.

La réserve naturelle de la Haute-Chaîne du Jura

Nous prenons les télécabines au niveau de Lélex pour arriver sur les crêtes des Monts Jura. Après une petite halte au refuge de la Loge, nous suivons la ligne de crêtes, surplombant la vallée de la Valserine à l’Ouest et toute la plaine genevoise à l’Est, telle une haute épine dorsale minérale. Ici culmine le crêt de la Neige (1 720 m), plus haut sommet des Montagnes du Jura ( situées dans le département de l’Ain). Le Reculet (1 719 m) et le Colombey de Gex (1 687 m). Nous arrivons dans le département de l’Ain et c’est ici qu’a été créée en 1993, la réserve naturelle de la Haute-Chaîne du Jura, troisième réserve naturelle de France par sa superficie (10 909 ha). La forêt couvre les trois quarts de la surface, laissant par endroit la place à des pelouses d’altitude sur les sommets.

Les espèces végétales et animales qui la peuplent se sont adaptées aux rigueurs montagnardes. Certaines espèces en raréfaction, comme le Sabot de Vénus, le Chardon Bleu pour ce qui concerne la flore, le Grand tétras, la Gélinotte des bois, la chouette Chevêchette pour la faune, constituent des îlots de populations rares à l’échelle européenne. D’autres espèces telles que le Chamois sont, elles, bien installées. Vous avez alors rendez- vous avec un grand bol d’air d’aventure, de découverte et de nature.

Au fil de la Valserine

Les pertes de la Valserine marquent en
beauté la fin de notre randonnée.

La redescente des Monts-Jura se fera de façon brutale en direction de Bellegarde-sur-Valserine. Rivière aux eaux vertes réputées pour ses truites fario, la Valserine labélisée première « rivière sauvage » de France en 2014, naît dans le Jura, près de la frontière suisse et se jette quelques 50 km plus loin dans le Rhône. Pour l’histoire, la rivière matérialisait la ligne de démarcation durant la seconde guerre mondiale. Relativement paisible dans sa partie haute, la Valserine se fait tumultueuse en s’approchant de Bellegarde et disparaît alors dans des gorges sinueuses et profondes et qui méritent assurément le coup d’oeil. Le mouvement circulaire et obstiné de l’eau au fil des temps géologiques a creusé dans la roche calcaire des marmites de géants sur plusieurs centaines de mètres. Bienvenue aux pertes de la Valserine.

En roue libre vers le sud

Comme pour finir en beauté et nous faire regretter de quitter cette G.T.J, la trace nous amène sur le Grand Colombier, à une altitude de 1 531 mètres et sur le plateau du Retord, vaste espace de prairies et de forêts, préservé de l’activité humaine (classé Zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF)). Véritables balcons sur les monts du Bugey, les monts Jura, les Alpes ou encore, par beau temps le massif du Pilat dans le Massif central, que rêver de mieux pour finir cette éblouissante traversée du Jura. Arrivé à Culoz, c’est décidé, je reviendrai… mais en hiver et en raquettes.

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