Adieu truites et saumons, bienvenue aux carpes et aux perches ! La construction de plusieurs grands ouvrages hydro-électriques, à partir de l’entre-deux-guerres, a transformé un fleuve impétueux, redouté pour ses crues comme pour ses rapides parsemés de récifs, en une rivière paisible, qui s’élargit tous les vingt ou trente kilomètres en une succession de grands lacs propices aux activités nautiques. Dieu merci, cette domestication progressive des eaux n’a pas altéré le paysage : les rives de la Dordogne, ses gorges sombres et encaissées, ses forêts touffues et les villages alentour ont conservé leur cachet et leur authenticité. Vous avez la certitude de trouver ici une nature préservée et des traditions (notamment gastronomiques) bien vivaces.

C’est là tout l’intérêt du circuit que vient de concevoir et de viabiliser (débroussaillage, sécurisation, balisage…) l’association « La Dordogne de villages en barrages » et qu’elle propose aux amateurs de randonnées (pédestres ou VTT) en ce printemps 2016. Du nord au sud, de Bort-les-Orgues à Argentat, ce circuit représente 146,5 kilomètres de chemins, intégralement tracés dans le département de la Corrèze. On peut aussi envisager de l’emprunter dans le sens sud-nord, autrement dit d’Argentat à Bort, le marquage des pistes étant effectif dans les deux sens, mais il nous paraît plus logique de suivre le cours de la Dordogne, du nord au sud… et de s’offrir une descente en pente douce vers les plaines du Périgord : à Bort-les-Orgues, l’altitude moyenne est de 500 mètres alors qu’elle n’est plus que d’à peine 200 mètres à Argentat.

Les pâturages de Liginiac : calme et sérénité, loin des tumultes de la Dordogne.

Un circuit qu’on peut aussi entreprendre en VTT

Chose exceptionnelle, dix-sept communes ont accepté d’unir leurs forces pour promouvoir ce circuit et l’entretenir. De même, vingt-cinq gîtes partenaires se sont joints à l’opération. Tous ont signé une charte qui les engage sur un certain nombre de points : présence de sanitaires, accueil de petits groupes, acceptation des nuitées uniques, équipement pour laver et faire sécher des vêtements ou pour réparer une crevaison de vélo, etc. Pour ce qui est de la restauration, on peut compter sur quelques cafés-bistrots (dans environ la moitié des étapes), le reste reposant sur des courses faites dans les commerces des villages traversés ou sur des paniers à emporter préparés, à la demande, par le gîte précédent.

Un circuit de 146,5 km entre Bort-les-Orgues
et Argentat, au fil de la Dordogne

Cette randonnée est envisageable en toutes saisons, y compris en hiver (la plupart des gîtes partenaires sont ouverts à l’année). Spécialement recommandé : l’automne, qui pare les forêts traversées des couleurs somptueuses. Paradoxalement, c’est peut-être le mois d’août qu’il faudrait déconseiller pour entreprendre l’aventure : au plus chaud de l’été, il peut faire une température vraiment étouffante sur les bords de la Dordogne… D’autant qu’il ne faut pas compter sur des baignades dans le fleuve pour se rafraîchir. Non que la qualité de l’eau laisse à désirer, mais les nombreux barrages impliquent des variations soudaines dans le niveau des eaux. Mieux vaut profiter des piscines ou des plans d’eau surveillés proposés par plusieurs de nos gîtes, comme le camping Campô Le Maury, à Liginiac, ou celui de Marcillac-la-Croisille.

La Dordogne, le barrage du Sablier et la ville d'Argentat depuis le Roc Castel.
La Dordogne, le barrage du Sablier et la ville d’Argentat depuis le Roc Castel.

Une petite semaine de marche entre Bort et Argentat

Pour ce qui est du terrain et des paysages, attendez-vous à une grande diversité. Certes, à toutes les étapes, la forêt dominera. Mais ce ne sera pas toujours la même : hêtres, chênes et épicéas abondent au départ de Bort ; puis, l’altitude décroissant, le charme et le châtaignier prennent le relais. Une constante, toutefois : durant ces cent-cinquante kilomètres, les nourritures terrestres ne vous feront jamais défaut, même dans le plus modeste des bistrots de pays. Ici, le cochon et le canard sont rois, épaulés par toutes les variantes culinaires de la châtaigne. En clair, vous avez la certitude absolue de ne pas mourir de faim sur toute la longueur du parcours. Pour les régimes amaigrissants, voyez ailleurs…

Vous avez fait le plein de calories pour plusieurs jours et cela tombe bien, puisque vous avez une longue route à faire. Le tout assorti de quelques belles grimpettes, mais sans difficultés réelles, et sans aucun danger. Les VTT peuvent d’ailleurs emprunter la totalité de ce circuit. Ses concepteurs ont vu grand en le découpant en treize étapes. Sans être un sportif exceptionnel, on peut donc, à notre avis, le ramener à cinq ou six étapes, soit une petite semaine de marche. Les mini-étapes suggérées par les organisateurs pouvant alors se transformer en demi-étapes propices à la halte du déjeuner. Á vous de décider, en fonction de votre forme du moment et de vos impératifs de temps…

Le Belvédère du Roc-Grand, à Saint- Merd-de-Lapleau, est réputé pour son observatoire des rapaces

1ère étape : de Bort-les-Orgues à Saint-Julien-près-Bort, 18 kilomètres.

Tâchez d’arriver à Bort de bonne heure pour vous offrir en guise de « hors d’œuvre » un détour par le château de Val, qu’il serait dommage de manquer. Ses six tours dominent, très romantiquement, un promontoire qui s’avance sur le lac artificiel créé par le barrage. On se croirait en Ecosse ! Cet ouvrage du XVe siècle abrite une jolie chapelle typique du gothique flamboyant et deux magnifiques cheminées Renaissance. C’est ici qu’ont été tournées la plupart des scènes du film Le Capitan, avec Jean Marais et Bourvil. Ce détour représente environ trois kilomètres aller-retour et peut se faire aussi bien à pied qu’en voiture. Si l’on dispose de plus de temps, on peut aussi consacrer une heure passionnante au barrage EDF (visite gratuite, sur réservation, voir partie pratique), l’un des plus spectaculaires de France.

La randonnée proprement dite débute place du Champ-de-foire, à la sortie nord-ouest de Bort. On commence assez rudement, par la montée de la côte du Sacristain, sans danger mais pentue, un chemin forestier qui mène au plateau de l’Artense. Le belvédère permet de profiter d’une vue superbe sur la ville de Bort, sur les Monts Dore, sur le massif du Cantal et – bien entendu – sur les célèbres « orgues », ces colonnes de lave basaltique hautes d’une centaine de mètres, sur deux kilomètres de long.

Un fleuve progressivement dompté par l’homme,
mais un paysage resté authentique

On continue ensuite sur le plateau corrézien, essentiellement en sous-bois, pendant une douzaine de kilomètres, jusqu’au village de Saint-Julien-près-Bort, terme de cette première étape. Toutefois, il nous semblerait dommage de ne pas s’imposer un crochet vers l’ouest de trois kilomètres (aller et retour) pour se rendre sur le site de Saint-Nazaire, un promontoire qui surplombe le spectaculaire confluent de la Diège et de la Dordogne.

Le gîte suggéré est celui de Laurent et Maryline, au centre de Saint-Julien, une maison de campagne tout confort donnant sur un grand parc arboré. Accueil maximum : huit personnes. Contact : 06 44 76 31 59 ou l.faucher1@laposte.net.

De nombreux belvédères avec vue imprenable sur les gorges

2e étape : de Saint-Julien-près-Bort à Roche-le-Peyroux, 9 kilomètres.

On commence par remonter le cours de la Diège, un gros affluent de la Dordogne, sur plusieurs kilomètres avant de descendre du plateau pour traverser la rivière au pont de Rotabourg, puis de remonter sur l’autre versant. Joli point de vue au Belvédère de Roche-le-Peyroux, situé juste en face du site de Saint-Nazaire où l’on se trouvait la veille.

Possibilité d’accueil dans des gîtes communaux (se renseigner auprès de la mairie : 05 55 25 61 01).

Dans le bourg de Soursac, arrêtez-vous à la boulangerie-pâtisserie de Daniel Raynal pour acheter ses fameux sablés corréziens

3e étape : de Roche-le-Peyroux à Liginiac bourg, 6 kilomètres.

Toujours sur la rive droite de la Dordogne, qui marque la « frontière » avec le département du Cantal, le chemin serpente dans la forêt. Á Liginiac, ne pas louper la visite de l’église et de la mairie, toutes deux remarquables.

Le choix du lieu d’hébergement influera beaucoup sur le kilométrage final de cette étape. Une première possibilité, le gîte La Clé des champs (M. Braz, 06 07 91 26 31), situé en plein bourg de Liginiac, ramène sa longueur à tout juste six kilomètres. Autre option : pousser plus à l’ouest jusqu’au hameau de Chabrat, pour un kilométrage total de douze kilomètres (hébergement au gîte Chabrat : 06 40 59 68 80 ou info@maisonchabrat.com; site : www.maisonchabrat.com). Les plus courageux marcheront toutefois jusqu’au superbe lac de la Triouzoune, soit une étape de quatorze kilomètres, avec hébergement au camping Le Maury (04 73 19 11 11, contact@campo-decouverte.com).

4e étape : de Liginiac Le Maury à Serandon (Gratte-Bruyère), 12 kilomètres.

Cette étape nous éloigne (un peu) de la Dordogne et permet de découvrir des paysages plus ouverts (lacs, champs agricoles…). On déjeunera impérativement à l’Hôtel de la Poste (« Chez Lisa »), sur la grand-place de Serandon, où les appétits les plus féroces seront rassasiés. Logement assuré au Moulin de Clémensac, un ensemble de petits chalets édifiés à quelques centaines de mètres du sublime site de Gratte-Bruyère, qui surplombe le confluent de la Dordogne et de la Sumène. Piscine, possibilité de se restaurer sur place et d’emporter des paniers-repas. Tél. : 05 55 95 97 25 ou 06 29 52 35 34. Mail : jmduchauze@wanadoo.fr.

5e étape : de Serandon (Gratte-Bruyère) à Le Vent-Haut, 10 kilomètres.

Chemin très boisé, souvent escarpé en bordure de la Triouzoune (encore un affluent de la Dordogne). Arrêt photo obligatoire au moulin et au pont de Tony, ainsi que sur les vestiges du petit port de La Nau (de « navis », le bateau en latin). On dort en pleine nature, sur la colline de Neuvic, dans une ancienne école transformée en gîte de grande capacité : Le Vent Haut (Tél. : 05 55 72 27 40 ou 06 32 55 40 76. Mail : venthaut@gmail.com).

Lapleau, l’un des plus jolis villages traversés par notre randonnée

6e étape : du Vent-Haut à Layre, 6 kilomètres, ou au Mons, 10 kilomètres.

Progression facile sur de petites routes qui s’écartent quelque peu de la Dordogne, sauf à hauteur du pont de Saint-Projet, d’où l’on découvre une belle perspective sur le lac de retenue créé par le grand barrage de l’Aigle. Dans le bourg de Soursac, arrêtez-vous à la boulangerie-pâtisserie de Daniel Raynal pour acheter ses fameux sablés corréziens.

Hébergement, au choix, au gîte La Fiole, à Layre, sur la commune de Latronche (05 55 27 51 50 ou 06 73 05 31 41), ou au Pays Vert, à Soursac (05 55 27 51 81) ou encore, toujours à Soursac, au gîte Le Mons ( 06 78 30 13 05 ou bernardlidove@wanadoo.fr).

7e étape : du Mons à Spontour, 10 kilomètres.

Sans difficultés. Beau coup d’œil sur le viaduc des Rochers Noirs avant de plonger sur Spontour, ancien port où l’on fabriquait les gabares en partance pour Bordeaux. Possibilité de promenades en gabare en s’adressant à l’office du tourisme des gorges de Haute-Dordogne (voir partie pratique). Hébergement dans un gîte communal (contacter la mairie au 05 55 27 51 37).

8e étape : de Spontour à Laval-sur-Luzège (Poteau-du-Gay), 11 kilomètres.

Aucune difficulté. Hébergement et restauration en gîte communal (voir avec la mairie : 05 55 27 51 37).

9e étape : de Laval-sur-Luzège (Poteau-du-Gay) à Saint-Merd-de-Lapleau, 10 kilomètres.

Deux choses à ne pas manquer : les fromages des Délices de Charlotte (voir partie pratique) et surtout le site grandiose du Belvédère du Roc Grand et son observatoire de rapaces. Attention : juste avant le hameau de La Chapeloune, on emprunte une descente escarpée pour accéder à la Dordogne. Les personnes en petite forme auront intérêt à rester sur le GR du Pays de Lapleau, balisé en jaune et rouge. Hébergement en gîte communal.

10e étape : de Saint-Merd-de-Lapleau à Gros-Chastang, 15 kilomètres.

Encore deux beaux points de vue sur le fleuve : le Roc du Busatier et les Jardins du Bardot. Le village de Chastang, classé Natura 2000, est équipé de deux observatoires d’où l’on peut suivre le passage des cervidés à certaines périodes. Hébergement dans le gîte le plus joliment fleuri du département : Les Charmilles, à Couffinier. Tél. : 05 55 29 23 31 ou 06 17 29 15 99.

11e étape : de Gros-Chastang à Saint-Martin-la-Méanne, 10 kilomètres.

Admirer le beau village de Gramont et ses toits de lauze. On peut faire un court aller-retour au Belvédère du Roc du Chien avant d’arriver à Saint-Martial. Hébergement dans les chalets du camping municipal.

12e étape : de Saint-Martin-la-Méanne à Saint-Martial-Entraygues, 10 kilomètres.

Points de vue impressionnants sur le barrage EDF du Chastang. Hébergement original et sympathique, « dans les arbres », chez Camille et Julie.

13e étape : de Saint-Martial-Entraygues à Argentat, 8 kilomètres.

En quittant le gîte, ne pas manquer, depuis le Roc Castel, le panorama superbe sur la vallée, le barrage du Sablier et la ville d’Argentat.

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