Nord, Sud ou les deux ?

Les deux évidemment. Si on a le temps, la forme et la météo clémente. Mais on peut ne faire que le nord pour son côté physique ou le sud moins extravagant mais au déroulé fort intéressant.

Le nord est la partie la plus haute et la plus escarpée du GR®20. Elle permet de pratiquer un milieu montagnard parmi les plus beaux d’Europe. Dès le départ avec la traversée du massif de Bonifatu, ce n’est que succession de crêtes, de gradins panoramiques et vertigineux à l’aplomb d’aiguilles et de parois extraordinaires. Suivent les parois du Monte Cinto (certains ajoutent son ascension au cours de l’étape, sa roche volcanique, valant, il paraît, le détour). Passé le col de Vergio c’est le massif du Rotondo qui s’ouvre, et qui abrite les plus beaux lacs corses. On commence alors à redescendre vers le Vecchio, plutôt une haute vallée qu’une montagne sous le Monte Oro.

On a beau être sur une île, sur le GR®20, dès le 2ème jour on est en haute montagne.

A partir de Vizzavona, c’est un GR® plus doux, plus méridional, à l’arrière de Porto Vecchio. On part alors vers le massif de Renoso, les lacs et pozzines avant de retrouver des crêtes qui permettent de contempler la mer. Un contraste saisissant en atteignant les fameuses dentelles de granite de Bavedda.

Du nord au sud ou l’inverse ?

Nord ou Sud, une fois décidé, reste à savoir dans quel sens. Là aussi question de choix, il n’y a pas vraiment de sens plus approprié qu’un autre, tout dépend des objectifs fixés. Du nord au sud, on commence par le plus difficile, on est dur avec son corps mais il est facile au bout de quelques jours. A l’inverse en partant du sud, de Conca, on l’acclimate plus doucement pour qu’il soit fin prêt à supporter les passages exigeants. Les conditions d’enneigement peuvent être aussi prises en compte pour se décider : en début de saison il y a encore de la neige sur le nord, donc en commençant par le sud, on s’accorde encore une bonne semaine pour qu’elle fonde. Dans tous les cas, les dénivelés seront les mêmes, positifs et négatifs. Sinon pour ne pas se poser de questions, un petit aller-retour ? ✺

Le choix de la durée

En 7, 8,12, 15 jours ou 33 heures, quel est le bon rythme pour parcourir le GR®20 ?

En fait il n’y en a pas vraiment, si ce n’est le vôtre. Fabienne, ostéopathe dans la région de Grenoble, précise que le nombre de jours choisis pour cet itinéraire réputé difficile doit répondre aux capacités de chacun. Autrement dit pas question de relever le défi en 48h ou en 7 jours si on est un randonneur de plaine.

Passé ce premier constat de bon sens, la question reste : pourquoi le randonneur se met-il à se dépêcher, voire à courir ? Parce qu’aujourd’hui marcher n’est plus un défi, il faut cumuler et aller plus vite. La randonnée en montagne est devenue un produit de consommation.

Avant d’entreprendre cette aventure, quelques tests de marche de 20 à 25 km permettront de voir comment réagit le corps.

Cumuler et être en compétition

Se lancer un défi à sa portée est bénéfique pour le dépassement de soi à biens des égards. Nombreux sont les randonneurs (nous en avons fait partie) à taquiner les chronos pour se sentir plus forts que la moyenne des gens. Et puis il y a tous ceux que l’on rencontre sur le GR®20 avec un équipement minimal, mais une montre énorme. L’un d’entre eux a bien voulu s’arrêter trois minutes pour nous expliquer que c’est seulement à cette cadence (soutenue, voire très soutenue) qu’il se sentait bien dans son corps. Oui mais les paysages ? Le cheminement intérieur ? La rencontre avec les autres ? « C’est vrai que j’ai un peu la marotte des chiffres et des dénivelés cumulés ». Pourquoi ? « Parce que c’est concret, parce que ça se mesure. » Et parce que c’est comparable aurait-il du ajouter.

Des choix techniques
à faire avant le départ

Et puis il y a ceux qui n’ont que 8 jours de vacances pour faire le GR®, ceux qui ont l’habitude des randonnées sportives, ceux qui ne se lassent pas de le parcourir en variant les longueurs et les plaisirs, allant jusqu’à 10h de marche par jour, en doublant chaque étape initiale.

Nombreux cependant sont ceux qui prennent le temps, et qui ne font pas la Une des Guiness ! C’est le cas de Martine, qui l’a fait en 20 jours en 2014 : « J’avais le temps, c’est tellement réjouissant de prolonger les réveils sur le GR® plutôt qu’à la ville. Mon corps n’a pas souffert, je lui ai permis de bien se reposer entre les étapes. Et quand le refuge est gardé, pourquoi se priver de la récupération… alimentaire ! » Et d’ajouter : « Je l’ai fait une seule fois, mais je ne crois pas que j’y retournerai. » Une bonne raison d’avoir pris tout son temps alors…

Esprit refuge es-tu-là ?

Partir faire le GR®20 c’est choisir une saison et le couchage qui va avec. Soit à la dure, soit tout confort. La première option quand on se lance hors saison, ne nécessite aucune réservation, la seconde, quand la saison bat son plein, demande de s’assurer qu’il y aura de la place pour le gîte. Si pour corser le tout vous souhaitez porter la tente, attention, il est strictement interdit de faire du camping sauvage en Corse. Seule exception, le bivouac est autorisé à proximité immédiate d’un refuge. Parfois il est aussi possible de dormir dans quelques bergeries.

Le refuge de Tighjettu à l’instar de tous les autres refuges reste ouvert toute l’année.

Les refuges sont gérés par le Parc naturel régional de Corse. Ils sont gardés de juin à septembre (on y trouve aussi de petites épiceries et la possibilité de manger) mais restent ouverts le reste de l’année. Alors forcément quand nous étions sur le sentier un début mai, pas question de trouver miraculeusement un gardien qui aurait décidé de venir plus tôt ou de laisser des vivres pour les randonneurs de passage. C’est vrai qu’on s’y attendait, mais après 8 à 10h de marche, on s’en remet toujours au petit bonheur la chance, on ne sait jamais. Donc les barres de céréales, les repas lyophilisés, sachets de purée mousseline et tout ce qui s’apparente à de la poudre en passe de gonflement est l’inconditionnel du sac du GR®20. Loin de l’hôtellerie, dans le refuge, le confort est réduit au strict minimum : la douche qui se résume, en général, à un mince filet d’eau, des toilettes, une gazinière, une table, parfois quelques ustensiles de cuisine, des lits en dortoirs seulement munis de matelas sans couverture, le tout en général très propres.

A Asco, à Castel di Vergio et à Vizzavone en revanche les nuits peuvent être plus confortables dans des hôtels, histoire de varier les plaisirs si besoin.
Le seul bémol c’est la petite angoisse qui vous monte au coeur quand la randonnée s’allonge et qu’on se demande si il y aura encore de la place. Hors saison, c’est plus simple, mais pas toujours. Par deux fois sur notre parcours, à notre arrivée, tous les matelas étaient pris. Mais jamais personne n’a dormi dehors, on se pousse, on s’entasse, on se tient chaud ! Pareil au niveau nourriture, au début du parcours tout le monde est un peu à cran sur ses portions afin d’être sûr d’avoir assez pour tenir jusqu’au bout. Mais au fur et à mesure, ça se détend, et il n’est pas rare que l’un vous ait préparé un goûter et l’autre partage son saucisson. Le GR® c’est une histoire de dénivelés, certes, mais c’est aussi ces agréables rencontres pour la soirée. Alors pour répondre à la question initiale, esprit refuge es-tu là ? C’est un Oui sans hésiter !

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