Dans un cadre champêtre où les collines moutonnent entre de petits vallons drainés, le charmant village de Lavoncourt sera notre première étape. En 1256, Henri de Vergy y fit édifier un château et plus tard, les Sires de Lavoncourt élevèrent une maison forte non loin de l’église. Mais l’ensemble disparut en 1637, lors de la guerre de Dix Ans (épisode de la guerre de Trente Ans). La Haute-Saône qui appartenait alors au Comté de Bourgogne attisait la convoitise des rois de France, et les conflits ravagèrent la région avant que la Franche-Comté ne soit rattachée à la France par le traité de Nimègue en 1678.

Outre sa maison des maîtres de forge, Renaucourt a gardé sa jolie fontaine-lavoir.

L’un des plus beaux retables de Franche-Comté

Lavoncourt a gardé quelques traces du grand essor industriel sidérurgique, mécanique et textile qui marqua les XVIIIe et XIXe siècles. Ainsi, en 1824, les 37 hauts fourneaux du département produisaient environ 25 000 tonnes de fonte par an. Outre le bois, on y exploitait des carrières de pierres et une mine de fer. On y trouvait également une teinturerie et une fabrique de peignes et navettes pour les tisserands.
L’église Saint-Valentin fut reconstruite en 1670, mais le clocher du XVe siècle à baies romanes a été conservé et exhaussé, coiffé d’un bulbe du XIIIe siècle à la mode franc-comtoise. L’édifice abrite l’un des plus beaux retables de Franche-Comté, en bois polychromé et doré. Typiquement baroque, il s’organise autour du tableau central évoquant la vie de saint Valentin, encadré de saint Joseph, saint Antoine et d’une cohorte d’anges aux attitudes variées.

Au carrefour des chemins et des routes de campagne, on croise de nombreuses croix monumentales de pierre sculptée, où l’on reconnaîtra des scènes de la crucifixion du Christ. Au Moyen Age, ces croix et calvaires étaient destinés à protéger les voyageurs et constituaient parfois un but de pèlerinage. Pour rejoindre le village de Renaucourt, on
trace une large boucle vers l’ouest, et l’on en profite pour une petite incursion en forêt où la futaie décline chênes, sapins, et parfois charmes, frênes, érables, merisiers. A l’abri dans les frondaisons, pépient fauvettes grisette, pipits des arbres, huppes fasciées et bruants jaunes.

Ancienne gare et voie du Tacot

A l’orée de la forêt, voici l’étang communal de Renaucourt à proximité duquel on découvre une maçonnerie enjambant le ruisseau de Faix. Non, il ne s’agit pas d’un dégorgeoir pour l’étang, mais d’un ancien « patouillet » (duvieux français « patauger»), qui servait autrefois
à nettoyer le minerai de fer provenant des mines à ciel ouvert et des galeries peu profondes qui se trouvaient à proximité. Le minerai y était brassé dans une huche en bois. Celle-ci a disparu tout comme la roue hydraulique qui entraînait un arbre de roue muni de
battoirs brassant le minerai concassé. Ce dernier séjournait ensuite dans un bassin de décantation avant d’être nettoyé par une nouvelle arrivée d’eau vive. Le minerai était enfin
acheminé jusqu’au haut-fourneau de Renaucourt, pour y être transformé en fonte.

À la sortie du village, l’ancienne gare du Tacot,
vestige d’un riche passé industriel

De son passé métallurgique, Renaucourt a gardé quelques maisons anciennes, dont celle des maîtres de forges, après que le haut-fourneau de Renaucourt ait été éteint vers 1867.
Au sortir du petit bourg, on passe devant l’ancienne petite gare du Tacot. Cette ligne
de chemin de fer vicinale effectuait trois allers et retours par jour pour les voyageurs. Mais elle permettait également un important trafic de marchandises : bois, bétail, denrées alimentaires, céréales, vins, engrais, combustibles…

La ligne desservait aussi les industries locales, telles que scieries, fonderies, filatures, tissage, papeterie, forges et construction mécanique. Le train permettait de transporter la fonte, mais aussi les objets et outils produits tels les ustensiles de cuisine, les tuyaux, les moules pour la fabrication d’outils, les bobines, le fil et les tôles. La voie du Tacot nous accompagne sur plus d’un kilomètre. Par endroits, la voie a été enduite de « laitier », ce résidu de haut-fourneau qui pourrait ressembler à l’obsidienne.

Puits, lavoirs et fontaines

Plus loin, on s’approche de Mont-Saint-Léger qui tire son origine d’une chapelle jadis dédiée
à l’invocation de Saint Léger. Construite en 1511, l’église fait face à une dépendance du château de Mont-Saint-Léger. Le puits remontant au XIXe siècle, servit à l’usage de la population et du bétail. En bas du village, le lavoir de 1848 se partage en deux bacs et un abreuvoir pour les animaux. L’eau y est à température constante de 12°. Le moindre hameau de Franche-Comté possède généralement son lavoir ou sa fontaine. Pour le seul département de Haute-Saône, on compte près de 2 500 édifices, destinés à canaliser et distribuer l’eau des sources, très abondantes dans cette région au relief karstique. Tous ces petits monuments témoignent de la richesse passée de cette région aux nombreuses ressources naturelles.

Au pied du village, s’étendent des prairies humides appelées par ici « nouves ». C’est ici que l’on venait tremper l’osier cultivé à Renaucourt, pour en faire des paniers.
A l’entrée de Lavoncourt, l’imposante motte féodale fut élevée au bord de la Gourgeonne par Henri de Vergy au XIIIe siècle. Ce rehaussement de terre était entouré de deux murailles en bois, l’une au sommet flanquant le donjon en bois et l’autre en bas de la motte. Le pied de la motte était occupé par la basse-cour, les habitations des paysans et les ateliers des artisans, que protégeait l’enceinte fortifiée, elle-même bordée par un large fossé rempli d’eau. En haut de la butte, le château primitif était en bois, fortifié en pierre le siècle suivant. Elevées à proximité des grands axes d’échanges, les mottes castrales jouèrent un grand rôle dans la naissance de nos villages, permettant aux populations des campagnes de s’assurer la protection du seigneur.

Du haut de son éperon rocheux, le château de Ray-sur-Saône domine la vallée, aux confins de la Bourgogne et de la Franche-Comté

Dans le sillage de la Saône

A quelques encablures de notre itinéraire, la Vallée de la Saône paisible et verdoyante, déroule ses méandres alanguis, ponctuée de ports de plaisance et de coquets villages. Se glisser dans le sillage de la Saône, c’est une jolie façon de découvrir le département, avec 130 km de parcours navigable Depuis le Moyen Âge, on a navigué sur la Saône, que jusqu’au XVIIe siècle, on pouvait uniquement descendre, grâce à des bateaux à fond plat qui se laissaient porter par le courant, dotés de grandes rames en guise de gouvernail. Les embarcations étaient alors chargées de marchandises, vin, eaux-de-vie, blé, avoine, riz, farine, sel, savons, teintures. A l’époque, les chemins de halage n’existaient pas, ceux-ci ne feront leur apparition qu’au milieu du XVIIIe siècle. Des convois de chevaux permirent alors de tirer les bateaux depuis la rive et de pouvoir ainsi remonter le courant, ce qu’on appellera « la remonte ».

La Saône est ponctuée de haltes fluviales et de coquets villages, tel Soing avec son camping et sa tour Eiffel miniature.

Au XIXe siècle, des travaux sont entrepris pour rendre la Saône navigable : draguage de la rivière pour augmenter le tirant d’eau, construction de digues de part et d’autre du cours d’eau pour remonter le niveau d’eau, aménagement de canaux de dérivation pour court-circuiter les méandres, de barrages et de moulins. Pour franchir reliefs et collines, on creuse des portions souterraines. Ainsi, le canal tunnel de Saint-Albin, inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, s’allonge sur 681 m, s’ouvrant de chaque côté sur une entrée monumentale, dotée d’escaliers, de rampes, de terrasses.

Plus puissante forteresse de Franche-Comté

Le château de Ray-sur-Saône domine fièrement la Saône du haut de son éperon rocheux à une cinquantaine de mètres de hauteur. Le premier château fort fut fondé au Xe siècle, sur un ancien oppidum gallo-romain. Aux confins de la Bourgogne et de la Franche-Comté, sans doute le château de Ray-sur-Saône fut-il construit pour surveiller les mouvements sur le fleuve. Ce château médiéval posséda jusqu’à 14 tours et fut un temps la plus importante forteresse de toute la Franche-Comté. Il fut fortement endommagé lors de la guerre de Dix Ans, puis littéralement rasé après que la Comté ait accordé l’asile à Gaston d’Orléans vers 1630. Il fut restauré vers 1700 et en partie reconstruit dans le style classique sous sa forme actuelle, un vaste bâtiment en fer à cheval venant s’ajouter aux vestiges de l’ancienne forteresse médiévale.

Un portique Louis XV s’ouvre
sur cette somptueuse demeure seigneuriale

A la suite du guide-conférencier qui oeuvre avec passion durant la saison touristique, on découvre ce fleuron de la Haute-Saône, ce qu’il en reste et ce qui n’est plus, comme par exemple le pont-levis qui permettait jadis l’accès au château, ou encore les anciens fossés que l’on devine seulement puisque désormais comblés.

Un parc à l’anglaise sert d’écrin à cette demeure, création de Jean-Marie Morel, paysagiste en vogue au XIXe siècle. On y découvre des arbres centenaires aux essences provenant
des quatre coins du monde : hêtres pourpres, tilleuls de Hollande, pins, épicéas, frênes,
cèdres, sophoras, ifs, sycomores et marronniers. Le tilleul le plus ancien remonte à 1605.

L’église Saint-Valentin concourt au charme du village de Lavoncourt, avec ses baies romanes et son clocher comtois.

Vue d’exception depuis la terrasse du château

A l’intérieur du château, seules quelques pièces sont accessibles mais richement décorées. Au sous-sol, l’immense cuisine est impressionnante, avec ses cuivres et ses casseroles aux
murs, sa cheminée monumentale, son sol carrelé séculaire. A l’étage, la salle d’armes et la
chapelle familiale ne sont pas en reste, élégamment restaurées et meublées. Le château de Ray/Saône est un site classé « Monument Historique », et appartient désormais au Département de la Haute-Saône suite à la donation exceptionnelle en 2015 de la Comtesse Diane de Salverte (V 2016).

Depuis la terrasse dominant la Saône, on s’offre de superbes points de vue sur les alentours. Blotti au pied du château, le village déploie ses belles maisons de caractère autour de l’église Saint-Pancrace du XIIIe siècle richement décorée et coiffée d’un clocher comtois aux tuiles vernissées. Sur la place de l’église, se dresse l’un des rares lavoirs du département doté d’un bassin ovale, ponctué d’arcades moulurées. Un peu plus loin, la fontaine à obélisque du XIXe siècle alimente le lavoir en eau. Le chemin de halage sur les bords de Saône permet de s’y promener à pied, à vélo ou à cheval. Quelques méandres plus loin vers l’est, le village de Soing nous fait la surprise d’une tour Eiffel miniature imaginée par ses habitants, sans oublier sa halte fluviale et son camping. Vers l’ouest, la Saône nous entraîne jusqu’à Savoyeux, l’un des six ports de plaisance sur la Saône. Ici, c’est un autre voyage qui commence…

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