« À marée basse, les bancs de sable émergent comme les dos roux et salés des dieux qui habitent les profondeurs. A l’entour de ces immenses corps à demi-engloutis, s’agitent les flots de jade translucide » écrit François Mauriac évoquant ses souvenirs d’enfance à Arcachon. Cette petite mer intérieure de 155 km2 que les marins appelaient jadis « la mer d’Arcachon », avec quelque 200 à 400 millions de m3 d’eau entrant et sortant du bassin est un univers à part redessiné à chaque marée, entre dérive littorale et fluctuants bancs de sable.

Du côté de Taussat, à l’est du Bassin, là où jadis les moutons pacageaient dans les prés salés, on profite aujourd’hui de la plage et des belles villas d’époque.

Villas arcachonnaises en quatre saisons

C’est en 1823 que la mode des bains de mer apparaît à Arcachon qui au milieu du XIXe siècle, devient vite une station mondaine très connue avec ses fameuses villas, les Arcachonnaises. La ville se décline en saisons, Ville d’hiver aux gracieux chalets, Ville d’été avec ses plages et sa promenade piétonne, Ville d’automne jouant les villages de pêcheurs. Sur les hauteurs, la Ville d’hiver égrène ses pittoresques chalets en bois et ses villas néo-basques de style Gaume, tout de faux colombages et balcons de bois chatoyants. A travers ce dédale d’allées sinueuses conçues pour briser les assauts du vent, on découvre au-delà du parc Mauresque inspiré de l’Alhambra, un festival de bijoux architecturaux : villa Teresa et son style hispanique, villa Toledo aux dentelles de boiseries ciselées, villa Marguerite aux allures de chalet suisse, villa Brémontier en château fort et pagode, ça n’en finit pas.

Dune mythique et sans cesse changeante

Sur une carte de 1774, la dune du Pilat n’existait pas encore, à peine un gros tas de sable. En 1887, un certain monsieur Clavel écrit : « A l’est du banc d’Arguin, on assiste en ce moment à la formation d’une nouvelle dune qui engloutit sous le sable des forêts de pins hauts de 15 m ». Certains jours de tempête, on voyait le sable escalader le versant occidental « avec une rapidité vertigineuse ». C’est sous l’effet des vents que la dune s’élève peu à peu, atteignant 100 m au début du XXe siècle, et 114 m en 1936. Aujourd’hui, c’est une montagne de sable accumulé par les vents et les courants marins de 60 millions de m3, 109 m de haut et 3 km de long.

A Arcachon, la Ville d’hiver décline ses « Arcachonnaises », avec jeux de couleurs, faux colombages et balcons chatoyants.

Il n’y a pas si longtemps, certains s’amusaient à descendre la dune du Pilat à skis. Mais ce temps est révolu, désormais la dune géante est classée et protégée. Petit coin de désert entre lande et océan, site naturel qui vous transporte quelque part aux confins de l’Afrique du nord ou de l’Asie désertique, la dune du Pilat (ou Pyla) est la plus haute d’Europe. Poussée par le vent, grignotée par la mer, cette montagne de sableévolue au fil du temps et ne cesse de gagner du terrain, de 1 à 5 m par an, ensevelissant peu à peu la forêt.

La dune redessine ses contours
comme une histoire sans fin

L’ascension de la dune au coucher du soleil est un must, au choix par le grand escalier, ou plus sportif, les pieds dans le sable. De là-haut, le regard embrasse l’entrée du Bassin avec ses passes, la pointe du Cap-Ferret, les plages du Petit-Nice, et en arrière, les 3800 hectares de la forêt de la Teste-de-Buch. Par temps clair, on peut même apercevoir la chaîne des Pyrénées. A mi-chemin de la pointe du Cap-Ferret, les bancs d’Arguin, du Chien et du Tourlinguet forment un archipel sableux qui se modifie de façon spectaculaire au gré du vent, de la houle et des marées.

Capitale de l’huître et paradis des oiseaux

Une fois escaladée la dune du Pilat, l’itinéraire nous ramène sur les bords du Bassin et Gujan-Mestras, véritable petite capitale de l’huître, nous entraîne au fil de ses sept ports ostréicoles. On y achète sa bourriche directement au producteur pour la déguster à la cabane avec un verre de vin blanc frais. Dans le quartier de Mestras, de charmantes maisons évoquent l’architecture balnéaire du début du XXe siècle.

Au débouché de la forêt landaise, la Leyre (ou l’Eyre) en son delta mêle ses eaux douces et sablonneuses aux étendues vaseuses et salées du bassin d’Arcachon, dont elle est à l’origine. Au fil de ses sentiers sillonnant ce milieu humide à la croisée de la pinède et de la lagune arcachonnaise, le delta de la Leyre nous plonge dans un univers sauvage et secret inattendu. On longe de grandes prairies où paissent chevaux, chèvres et moutons, avant de se glisser dans l’ombre de la forêt-galerie qui lui a valu le surnom de « Petite Amazone ». On y suit des berges frangées de roseaux, saules roux et rubaniers dressés, de prairies humides, de roselières, marais et vasières. Par endroits, une mosaïque de petits plans d’eau géométriques a remplacé les anciens prés salés. Cormorans, spatules blanches, aigrettes garzettes, hérons cendrés, cygnes et cigognes, c’est un véritable paradis pour les oiseaux. La réserve ornithologique du Teich est toute proche abritant 312 espèces d’oiseaux.

Désormais classée et protégée, la dune du Pilat atteint 109 m de hauteur pour 3 kilomètres de long.

Tamaris emblématiques et Belles de Taussat

Passé le Delta, le Domaine de Graveyron est un Espace naturel sensible, constitué d’anciens réservoirs à poissons du XIXe siècle. Un système d’écluses et de fossés permet le renouvellement de l’eau de mer dans les bassins. D’anciennes « tonnes », cabanes en bois faites de tonneaux rappellent que par ici, on chasse de nuit le gibier d’eau. Non loin du port ostréicole, un bassin destiné au désenvasement  du port, se transforme en été en vaste piscine d’eau de mer. La piscine est gratuite, surveillée par un maître-nageur en juillet-août.

Plus loin, Taussat tient son nom des chênes tauzin qui ombragent le site. Jusqu’au XVIIIe
siècle, on élevait ici des moutons de prés-salés en bord de mer. Les arbousiers sont en
nombre, tout comme les tamaris, emblématiques du Bassin. On y admire les Belles de
Taussat ponctuant le bord de mer, témoins d’une époque révolue, villas Tamaris, Marguerite, Albert Pitres, Tosca, le château Castel Landou édifié par deux dentistes et surnommé la villa Molaire, ou encore Bagatelle où séjournait Toulouse-Lautrec. On raconte que le peintre allait pêcher sur le bassin en compagnie de son cormoran. Passé Arès, on peut parcourir les marais du fond du Bassin d’Arcachon à marée basse. Vasières, chenaux, bancs de sable, prés salés, roselières et dunes boisées, la réserve naturelle d’Arès nous
emmène à nouveau dans un monde secret, où prés salés se muent en lagune deux fois par jour. Prairies et anciens réservoirs à poissons évoquent la vie rurale et maritime d’autrefois.

Parcs à huîtres et pinasses traditionnelles

Lège-Cap-Ferret, c’est un peu le Saint-Trop du bassin d’Arcachon. Mais ce sont aussi une
trentaine de cabanes restées dans leur jus. Sept villages ostréicoles s’y succèdent, inscrits
à l’inventaire des sites classés, soit plus de 500 cabanes et 280 chais, où l’on trie les huîtres. Bâties au milieu du XIXe siècle, ces cabanes devaient suivre certaines règles de
construction, en bois, de plain-pied, mesurant 4 m sur 6, séparées entre elles d’au moins
1 m. On déjeune sur les planches au-dessus de l’eau.

Déguster des huîtres
dans les cabanes des ostréiculteurs :
un rite incontournable

Bien sûr, le must c’est d’aller goûter les huîtres de Joël Dupuch. Mais si, rappelez-vous, l’ostréiculteur des Petits mouchoirs, le copain de François Cluzet ! Dans l’eau, les parcs à
huîtres se repèrent aux pignots sur lesquels viennent se percher sternes, mouettes et goélands, longues tiges de bois protégeant les huîtres des prédateurs. Se balançant sur l’eau, quelques anciennes pinasses, longues embarcations de bois de pin à fond plat, étroites et relevées à l’avant, emblématiques du Bassin d’Arcachon. Chemin faisant vers la
pointe du Cap Ferret, on s’offre de belles ouvertures sur l’océan. Entre futaies de chênes et de pins maritimes, la lande se pique de genêts à balais, de brandes, houx et ajoncs. Les oyats sont omniprésents, avec leurs puissants rhizomes parfaits pour stabiliser la dune et résister aux embruns. De juillet à novembre, on observe le passage d’oiseaux migrateurs,
la barge rousse qui niche en Laponie ou Sibérie et passe l’hiver en Afrique, le traquet motteux, la bernache qui peut voler jusqu’à 70 km/h, l’hirondelle qui regagne l’Afrique du
Nord en automne, le bécasseau maubèche qui double son poids avant la migration et passe
l’été au-delà du cercle polaire.

Lumineuses échappées au bout de venelles ensablées

On déambule dans les rues de l’Herbe, village de pêcheurs jalonné de maisonnettes en bois aux couleurs chatoyantes et aux toits pointus. Entre deux enfilades de cabanes, au bout de venelles ensablées, on s’offre de lumineuses échappées sur le Bassin. Pour un peu, on se croirait aux Antilles. Lino Ventura venait y jouer à la pétanque. Côté bassin, on s’octroie un panorama exceptionnel sur la célèbre dune. Surtout si l’on escalade les 258 marches du phare du Cap-Ferret qui du haut de ses 53 m, nous permet d’embrasser tout à la fois l’océan, le Bassin et la dune du Pilat. D’une portée de 50 km, il guide les marins à l’entrée du bassin d’Arcachon, aux passes réputées dangereuses.

A quelque distance du bord de l’eau, on aperçoit d’anciens bunkers allemands jadis perchés sur la dune. Depuis, la côte a reculé de 150 m et les bunkers se sont écrasés dans les eaux du chenal. Plus loin, tache virginale sur le bleu de la mer, le banc d’Arguin, Réserve naturelle et paradis des oiseaux, tels la sterne caugek, l’huîtrier- pie et le gravelot à collier interrompu.

Entre deux enfilades de cabanes aux couleurs chatoyantes, le village de l’Herbe nous offre de lumineuses échappées sur le Bassin.

« Le Cap Ferret était aussi le refuge où, à l’heure où les dunes incendiées passent du blanc éblouissant au rose, du rose au pourpre, du pourpre au mauve, du mauve à l’outre-mer ; à l’heure où le bleu du bassin décline en turquoise mourante »… La poésie d’André Armandy (1924) est toujours d’actualité. Le Cap Ferret a des airs de bout du monde, protégeant vaillamment le Bassin des assauts de l’Atlantique. Une oeuvre de titan quand on sait que pas moins de 700 000 m3 de sables se déposent par ici chaque année, érodant lentement mais sûrement cette timide langue de terre. A découvrir assurément avant qu’elle ne s’efface comme elle est venue…

 

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