Une nature sauvage et presque vierge

L’état de Tasmanie (appartenant à l’Australie) est une île située à 240 km au Sud-Est de l’île principale australienne. C’est le détroit de Bass, tant redouté des navigateurs, qui les
sépare. D’une longueur de 364 km du Nord au Sud et un peu moins d’Ouest en Est, elle
compte un peu plus de 500 000 habitants. Côté nature, tenez-vous bien ! En 1982,
l’UNESCO a inscrit la Tasmanian Wilderness Area au patrimoine mondial car 23 % de la
surface de l’île sont considérés comme vierges. Essentiellement recouverte de forêts, on peut y observer les plus grands arbres de la planète avec les séquoias d’Amérique et les plus vieux spécimens également. Les « eucalyptus regnans» peuvent dépasser les 90 m et les pins huons peuvent atteindre l’âge de 2000 ans. L’archipel possède 823 réserves naturelles dont 19 parcs nationaux (42 % du territoire sont sanctuarisés et des réserves marines protègent 8 % des zones côtières). Certaines espèces végétales ou animales sont uniques au monde et beaucoup sont encore à découvrir. Vous imaginez notre impatience dans l’avion !

A l’attaque du mont Wellington

Capitale de l’état de Tasmanie et ville la plus peuplée, Hobart est située à l’embouchure de
la rivière Derwent. Son port, étape finale de la mythique course à la voile Sydney-Hobart,
sert de point de départ aux expéditions antarctiques. Quand on arrive à Hobart, c’est le mont Wellington (1271 m) qui attire tout de suite le regard, surplombant de façon presque oppressante la ville avec son «faux» aspect de volcan. Battu par les vents australs, fréquemment enneigé, parfois même en été, sa partie basse est recouverte d’une épaisse forêt sillonnée de nombreux chemins de randonnées.

La Réserve Cataract Gorge sur la rivière Esk Sud est une formation naturelle unique à quelques minutes du centre de Launceston.

Au bout de 22 km d’une route difficile, un vaste parking nous attend au sommet ainsi qu’un superbe point de vue sur Hobart et sur l’estuaire de la Derwent River. Autour de nous s’étend une végétation basse ressemblant à nos landes bretonnes. Comme au menu des plus grands restaurants, des pancartes nous indiquent les « tracks » (pistes) à faire : ZigZag track, Pinnacle track, Ice House track, Organ Pipes track… Nous partirons par la Pinnacle track pour revenir par la Lenah Valley track et l’Organ Pipes track. Au loin, des colonnes de dolérite appelées «tuyaux d’orgues» (the Organ Pipes) nous indiquent la direction. Partout d’énormes blocs rocheux parsèment le sol, comme saupoudrés par une main de géant. La vue sur le Sud et l’Est de l’île est époustouflante. Tout autour de nous, se dévoilent des paysages somptueux et sans fin. Aussi loin que nos regards puissent porter, les parcs nationaux de Tasmanie, classés au patrimoine mondial de l’humanité, nous tendent les bras. Un véritable acompte de paradis ! J’apprends que Darwin, lors du voyage qui lui a permis d’élaborer ses théories sur l’origine des espèces, a exploré lui aussi les contreforts du mont Wellington.

Les déportés du bout du monde

Cap à l’Est de la péninsule tasmane afin de visiter le célèbre pénitencier de Port-Arthur,
haut lieu du tourisme local. Pour l’histoire, Port-Arthur est un petit village mais aussi un ancien centre pénitentiaire qui reçut les prisonniers les plus durs de l’empire britannique.
Le ciel s’assombrit au fur et à mesure que nous nous rapprochons du bagne. Nous prenons
la Tasman Highway, longée par des maisons colorées qui égayent le paysage. La visite du pénitencier est émotionnellement pesante, tant le lieu est chargé d’histoires douloureuses.

Quel que soit l’itinéraire choisi, l’aménagement du sentier et le balisage sont parfaitement réalisés.

Et si on foulait la plus belle plage du monde ?

Le jour suivant, nous prenons la direction de Swansea et de la presqu’île de Freycinet. Situé à 200 km au Nord-Est de Hobart, le Freycinet National Park porte le nom d’un explorateur français qui sillonna le Pacifique Sud à partir de 1800. Le littoral que nous suivons pour y accéder nous donne l’impression d’une alternance de plages bretonnes et tropicales. De l’autre côté de la route, s’étendent les fameux vignobles et vergers de Tasmanie. Progressivement, dans le lointain, se dessine notre objectif avec ses célèbres aiguilles de granite rose appelées «The Hazards» («Les Dangers»).

A l’entrée du parc (payant), après les formalités d’usage, une carte nous est remise, décrivant les possibilités de randonnées dans le secteur. Partout des «tracks» permettent de découvrir des plages somptueuses ou secrètes, des lagunes, les forêts et les monts environnants. La balade la plus populaire conduit à Wineglass Bay dont la plage est considérée comme l’une des plus belles du monde. D’une longueur de 15 km, la marche consiste à contourner le mont Mayson en passant par les plages de Wineglass et Hazards.
L’ascension d’un coteau escarpé, nous mène en contrebas des «Hazards», véritable chaos
minéral, et aux panoramas sur Coles Bay puis Wineglass Bay. Les vues sont sublimes, malgré un épais manteau nuageux.

Les sentiers côtiers dévoilent des vues sur la péninsule, toutes plus belles les unes que les autres.

L’itinéraire se poursuit ensuite jusqu’à la plage de Wineglass que nous atteignons au bout de deux heures de marche. L’infini maritime s’y dévoile et nous décidons de faire une pause. Nous mettons ensuite cap à l’Est vers Hazards Beach. Nous traversons une sorte de lagune recouverte de bosquets épais, de fougères et de différentes essences. Quelques wallabies et wombats nous observent avec curiosité. Par-ci, par-là, nous apercevons des monticules de coquilles d’huîtres fossilisées, traces des repas laissées par les aborigènes qui occupaient les lieux il y a des milliers d’années. Puis nous longeons Hazards Beach en direction du Nord et de notre point de départ. De ce côté de la péninsule, de hautes falaises entrecoupées de quelques anses et plages oubliées, toisent l’océan. De superbes points de vue nous dévoilent la Great Oyster Bay (Oyster voulant dire huître en anglais). Le soir, heureux, nous nous retrouvons dans un restaurant pour savourer écrevisses, pétoncles et huîtres fraîches directement pêchés dans ces eaux parmi les plus pures du globe, et déguster le fameux vin de Tasmanie. Une soirée au parfum d’éternité !

Cap au Nord

Le lendemain, nous prenons la route de Launceston, la troisième plus ancienne ville d’Australie après Sydney et Hobart. Située au bord de la Tamar River, c’est une ville raffinée, possédant un patrimoine historique et architectural qui mérite le détour. Les rues du centre ville, bordées de charmantes maisons victoriennes et édouardiennes, sont entourées de parcs et jardins centenaires. La présence de terrains de croquet marque bien les liens perdurant avec l’empire britannique. Un circuit de 3 km nous permet d’explorer les
célèbres Cataract Gorge. Situées à un quart d’heure à pied du centre ville, ces superbes
gorges aux parois abruptes attirent de nombreux grimpeurs et marcheurs. On peut également s’y restaurer (restaurant, aires de pique-nique), s’y baigner (piscine de plein air) et profiter de quelques autres aménagements de loisirs. Une douce transition avant d’aborder la mythique Cradle mountain. Au bout d’1h30 de route, son massif commence à se dessiner, telle une immense muraille tranchant le ciel qui se veut de plus en plus sombre et menaçant.

Des plages
somptueuses, des
forêts infinies, et des
monts dominant de
sublimes panoramas

L’Australie est un pays où la météo peut se déchaîner. Le long de la route, des cultures de pavot remplacent les vignes. Eh oui, la Tasmanie a été la première région au monde à le cultiver… mais légalement et dans un but thérapeutique. Nous arrivons à notre gîte à la tombée de la nuit. Il était temps, car conduire la nuit c’est passer son temps à éviter les animaux qui traversent la route. Cela nous donnera l’idée de petites marches nocturnes à la lueur de nos lampes frontales, à la rencontre de l’abondante faune de l’île. Et le spectacle sera toujours au rendez-vous !

Mythique Cradle Moutain

Le parc national de Cradle Mountain-Lake St Clair est le plus renommé des parcs nationaux
tasmaniens, avec la Cradle Mountain au Nord, et le lac Saint-Clair au Sud. Site majeur du patrimoine mondial de l’Unesco, le parc est constitué d’immenses vallées, de montagnes dentelées et de lacs, abritant une flore et une faune des plus remarquables. Le mont
Cradle (1545m) comprend quatre sommets distincts d’où son nom de « Montagne Berceau». La météo y est souvent capricieuse, exacerbant la beauté des paysages en leur
donnant des teintes d’une infinie variété.

Ici, les randonnées pédestres sont parfaitement organisées et balisées. Vous pouvez opter
pour des randonnées à la journée ou plus longues comme l’Overland Track, la plus célèbre d’entre elles, qui traverse le parc du Nord au Sud (reliant Ronny Creek, non loin du lac Dove, au lac Saint-Clair situé à 65 km). Faisable en 6 jours, elle nécessite une bonne condition physique. Elle permet d’admirer, entre autre, le mont Ossa et un autre site
exceptionnel, le Walls of Jerusalem. Au centre d’accueil et après avoir payé un droit d’entrée (justifié comme toujours), un ranger nous conseille plusieurs randonnées à
la journée. Nous commençons par l’Enchanted Walk, petite mais superbe promenade
de 30 min. Une « mise en jambe » dans la forêt primaire. Puis nous enchaînons par le tour du lac Dove (1h30) et le circuit du Lac Crater (2h sur une piste de moyenne altitude). En raison d’une météo incertaine, nous abandonnons l’option consistant à gravir le sommet de Cradle Mountain en 8 heures, malgré le somptueux point de vue à la clé sur le lac Dove, Barn Bluff et le mont Ossa.

Le site de Crater Lake est accessible par un chemin parfaitement aménagé en bois.

Un système de navette gratuite et régulière permet de nous déposer (et nous reprendre) en différents points de notre parcours. Cela évite d’utiliser les véhicules personnels, limitant ainsi l’impact sur l’environnement. Tel un joyau dans son écrin, le lac Dove scintille au milieu des parois abruptes qui l’entourent. Un chemin remarquablement entretenu en fait le tour et nous permet de nous concentrer uniquement sur la beauté des lieux. Au milieu des Sassafras, Grass tree, Tasmanian Snow Gum et autres arbres spécifiques de la Tasmanie, nous marchons, enivrés de subtils parfums et bercés par la symphonie des oiseaux et des insectes qui y ont élu domicile. Parfois, l’itinéraire surplombe le lac et nous fait traverser la Ballroom-Forest, assurément impénétrable sans ces aménagements. Nous poursuivons par l’itinéraire menant à Crater Lake. Après une montée un peu raide, le panorama y est (une fois de plus me direzvous) impressionnant. Après avoir fait une
pause autour du lac, nous entamons notre descente vers le parking. Les alentours sont couverts d’une végétation alpine et subalpine, avec notamment le Nothofagus gunnii, seul
arbuste à feuillage caduque de Tasmanie. Différentes variétés de fougères y abondent également et recouvrent les pentes. Tout autour de nous, les vallons environnants abritent des forêts humides parsemées de mousses et de lichens. Il est courant d’y croiser des wallabies, des wombats et des échidnés. Arrivés en bas, la navette nous ramène au centre d’accueil. Le lendemain nous rejoignons le Lake Saint-Clair en voiture pour une autre découverte pédestre.

Au coeur d’une
nature vierge, enivrés
de subtils parfums
et bercés par la
symphonie des oiseaux

Autour du lac Saint-Clair

Cette région abrite deux merveilles de la nature : le Mont Ossa, plus haute montagne de
Tasmanie (1617 mètres) et le Lac Saint-Clair, le plus profond lac naturel d’Australie et le
deuxième plus profond de tout l’hémisphère sud après le lac Tanganyika. Nous optons
pour une marche de 12 km dénommée Shadow Lake Circuit qui permet d’avoir une vue sur le Mont Rufus

Balade dans la nuit des temps

Nous quittons le parc national sous une épaisse chape de nuages, la forêt laissant peu à peu la place à de vastes étendues verdoyantes. Nous traversons quelques endroits peu habités. Certains motels, style « Bagdad café », autrefois occupés par les travailleurs des mines avoisinantes, semblent sortis de nulle part. Un rideau de bruine nous attend à Strahan sur la côte Ouest (il faut dire qu’il pleut ici 300 j/an). Nous devons embarquer sur un bateau pour explorer la Gordon River, un des principaux cours d’eau de l’île qui se jette dans l’océan Indien. Son bassin de 4974 km² est une zone inhabitée et vierge, notamment dans sa partie amont barrée par des gorges difficilement franchissables : les Gordon splits. Mais avant d’y aller, nous décidons de faire une petite marche de 1 h à Hogarth Falls.

A deux pas de la ville, nous déambulons dans un univers onirique composé d’arbres aux
noms exotiques comme les Black Gum, Dog Wood, Black Wood ou Sassafras et d’une multitude de fougères de toutes tailles (Tree Fern, Hard Water Fern) qui, à l’époque des dinosaures, leur servaient de nourriture. Les chants d’oiseaux exacerbent cette ambiance préhistorique. C’est un voyage vers l’aube des temps, dans un environnement qui n’a guère vu, voire pas du tout vu, la présence de l’homme. En bateau, nous explorons les entrailles de cette forêt primitive sillonnée par la Gordon River. Nous faisons un crochet par les vestiges du pénitencier qui se trouvait sur Sarah Island. Un silence, presque oppressant, s’installe au fur et à mesure que nous nous enfonçons dans la forêt. Sur les berges, c’est un calme absolu que seuls quelques cris d’animaux déchirent. Une oasis de virginité terrestre. Nous accostons sur ce qui semble être un début de piste et, accompagné d’un guide, nous nous y engouffrons. Nous allons découvrir la rain-forest primitive. Autour de nous, Celery top pine, Leather wood, Black wood, Huon Pine, native Laurel… semblent sortir de leur gangue de silence et d’éternité, au milieu d’un dédale de branches et de troncs moussus (certains vieux de plus de 3000 ans et toujours vivants). Nous sommes parmi les rares individus à pouvoir contempler cet endroit, exploré que depuis la deuxième moitié du XXème siècle, autant dire… hier à l’échelle du temps.

Un acompte de paradis

Le moral est en berne car ce soir un avion nous emportera loin d’ici. Nous occupons notre dernière journée par des petites balades tranquilles. La première, toute simple mais tonique et iodée, sur une des plages où se trouvent des nids de puffins, ces oiseaux marins qui viennent de l’Antarctique et remontent jusqu’à la mer de Bering. De retour à Hobart, nous visitons le jardin botanique et allons nous baigner en mer. Mais nos pensées sont restées, entre autres, sur la plage de Wineglass, sur les contreforts de la Cradle Mountain ou dans les profondeurs forestières jouxtant la Gordon River. Nous nous envolerons ce soir avec le sentiment d’avoir goûté un acompte de paradis. ✺

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