Châteaux fortifiés et rives escarpées

Par endroits, le sentier domine le lit de la rivière, offrant ainsi de très beaux panoramas sur l’Our.

Nous sommes au coeur des Ardennes luxembourgeoises et aujourd’hui, nous jouerons à saute-frontière entre Luxembourg et Allemagne. En fait, ce trois sont parcs naturels voisins qui sont réunis en Natur Wander Parc Delux : les parcs de l’Eifel Sud et Nord et le parc de l’Our. 23 circuits de randonnée (9 au Luxembourg et 14 en Allemagne) sillonnent le territoire, soit quelque 170 km de sentiers balisés parmi lesquels on peut faire son choix. Aujourd’hui, la randonnée commence à Vianden, dont le château se dresse au-dessus de l’Our. Ni une, ni deux, nous nous hissons à flanc de colline jusqu’au plus grand château du pays. Très vite, on ressort de la forêt. Par endroits, le sentier domine le lit de la rivière de plus de 150 m avec panoramas assortis.

Entaillant profondément le plateau, l’Our se déploie en une succession de méandres, tantôt surplombé de rives escarpées, tantôt s’ouvrant sur de petites plaines alluviales, égrenant ses petites bourgades. D’anciens moulins rappellent les activités économiques d’autrefois : moulins à blé, à huile, à foulon, à tan, à marteaux et pour le tissage. Jusqu’en 1950, on y pêchait le saumon, grand migrateur en provenance de l’Atlantique. Depuis les années 50, écluses et barrages empêchent le passage de ces voyageurs, pourtant capables d’effectuer des sauts de 3 m de haut et de 5 m de long ! Et la pollution n’a rien arrangé. Depuis quelques années pourtant, échelles à poissons et autres dispositifs ont permis de constater une augmentation de la fréquentation.

Bivels sur les bords de l’Our

Tandis que l’on redescend vers le lit de la rivière, certaines prairies basses accueillent une grande richesse floristique, notamment le fenouil des montagnes, la centaurée noire et la germandrée des bois. Lorsque le site se fait plus marécageux, on voit s’épanouir le comaret aux fleurs rougeoyantes et le lychnis des marais ou fleur de coucou, reconnaissable à ses pétales roses extrêmement découpés. Outre de nombreuses espèces de papillons égayant les lieux, vous surprendrez sans doute quelque pic noir, martin-pêcheur, traquet tarier, cincle plongeur ou bergeronnette des ruisseaux.

A Bivels, une passerelle spécialement aménagée pour les randonneurs nous permet de franchir la rivière.

Plus facile à repérer, le héron cendré ou la cigogne noire passant par là. Nous rejoignons le joli village de Bivels et ses maisonnettes multicolores se mirant dans les eaux de l’Our. Une passerelle spéciale randonneurs nous permet de franchir la rivière. Modeste cours d’eau à l’origine, l’Our s’est élargi avec la construction d’un gigantesque barrage. Néanmoins, le rétablissement de la continuité écologique est à l’étude. C’est ainsi qu’au fil des sentiers, on voit ressurgir des gués là où passaient jusque là des canalisations souterraines.

Prairies verdoyantes et troupeaux de vaches

Souvent, on traverse de grands pans de forêt où dominent hêtres et chênes (n’oublions pas que Ar-Denn signifie chênes en celtique). Sur les hauteurs, des plantations d’épicéas sont venues prendre possession des lieux, qui alimentaient autrefois les industries du papier et de la construction. Nous ne dépasserons pas 600 m d’altitude, mais pourtant le contraste est saisissant entre les fonds de vallée et les versants raides et boisés qui les encadrent. Des châteaux fortifiés plantés sur leurs éperons rocheux évoquent de lointaines épopées chevaleresques, tel le château de Falkenstein. Audelà, sur les vastes plateaux aux douces ondulations, des troupeaux de vaches pâturent tranquillement. Plus loin, l’océan de verdure se pique de grandes taches jaunes des genêts. La balade se conclut sur une arête rocheuse longeant la frontière allemano-luxembourgeoise et l’on découvre cachées sous les feuilles mortes, d’anciennes bornes de pierre marquant les limites transfrontalières. Nos pas nous ramènent à Vianden. De l’autre côté du vieux pont de pierre, se dresse l’ancienne maison où Victor Hugo en exil loua une chambre en 1871. Qui sait en France que l’auteur des Misérables fit plusieurs séjours à Vianden, quelque part au fond des Ardennes luxembourgeoises ? Une raison de plus pour découvrir la région…

Textes et photos : Sophie Martineaud

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