Le massif jurassien est renommé depuis bien longtemps pour être une des « Mecque du ski de fond ». Mais, peu à peu, ses grands espaces se laissent conquérir par les adeptes de la randonnée hivernale à raquettes. Sans difficulté particulière, ni grand danger, cette activité se prête particulièrement bien aux escapades familiales, donnant à chacun l’impression de vivre une aventure à son échelle. Je remarque vite que la G.T.J à raquettes (plus courte que celle pédestre), suit principalement la montagne jurassienne. Ambiance nordique assurée ! Le fait de l’avoir déjà pratiquée l’été dernier me permet de mieux me situer dans l’espace et d’apprécier à l’avance certaines difficultés.

La G.T.J à raquettes, c’est une immersion au plus profond des forêts et des combes enneigées

Le temps d’entrer en contact avec l’association G.T.J pour mettre au point notre périple, et nous voilà prêts pour cette longue balade dont les principales caractéristiques sont les suivantes :

• 150 km

• Distances moyennes entre chaque étape : 10 à 15 km /j

• Altitude : entre 940 m à 1 461 m (Mont d’Or)

• Tronçon entre Métabief et Giron : 115 km

• En complément : « le Tour du Plateau de Retord », boucle d’environ 35 km se situant dans l’Ain mais non reliée à la G.T.J principale).

Jeu de raquettes sur les sommets

Me voilà donc à Métabief, une des principales stations du Jura. La première étape me mènera à Rochejean sur une distance de 14 km et la marche est estimée à 6 heures (attention car les durées estimées sur les guides peuvent varier selon que l’on « fasse la trace » ou non). La dénivellation sera de 645 m en montée et 511 m en descente. Bonne petite mise en jambe ! Je chausse donc pour la première fois mes raquettes et nous partons à travers les profondeurs du Bois-du-Roi. C’est dans ces environnements dits « de pré-bois » que se pratiquent simultanément le pâturage et l’exploitation forestière, donnant à l’ensemble une grande diversité de paysages. Aujourd’hui, le temps est bouché mais cela donne au décor une ambiance mystérieuse, quasi-mystique. Le silence se fait de plus en plus dense au fur et à mesure que nous prenons de la hauteur. Comme c’est le début de notre randonnée, le souffle se veut parfois court. Ceci dit, pour une première en raquettes, cela ne me semble pas être un matériel difficile à maîtriser.

A notre arrivée au sommet, le temps est vraiment « plombé », comme seuls les environnements montagnards peuvent en avoir le secret. Nous sommes sur le « toit du Doubs », à 1461 m d’altitude, mais il nous est impossible de voir la Suisse en contrebas. Si le temps était dégagé, comme c’était le cas cet été, nous aurions face à nous un magnifique panorama sur les sommets. Ce sera pour la prochaine fois ! Nous suivons la ligne de crête où nous voyons, perdues dans les profondeurs enneigées, les fermes d’alpage qui parsèment la chaîne du mont d’Or. La descente sur la Grangette, puis sur les alpages d’altitude de Rochejean se fait en douceur. Ce soir, au coin de la cheminée du gîte, nous savons déjà que notre hôte nous prépare le fameux Mont d’Or cuit à la braise avec quelques pommes de terre. Nous nous en régalerons. La G.T.J, c’est également ce genre de plaisir !

Découvrir des ambiances nordiques dans les montagnes du Jura

Le lendemain, la liaison entre Rochejean et Mouthe (13 km/4h; montée : 220m; descente : 430m) se fera tranquillement et nous en profitons pour savourer à nouveau cette ambiance de pâturages et de prébois, habitat privilégié d’un oiseau emblématique du massif jurassien : le Grand tétras (ou grand coq de bruyère). La fin de l’étape nous offre de très beaux points de vue sur Mouthe et ses alentours, point d’arrivée de la populaire et mythique course de ski de fond appelée « la transjurassienne » (13 et 14 février 2016). Sous cet épais manteau de neige, on pense tout de suite à un des surnoms de Mouthe et de ses environs : « Petit Canada français ». Nous en profitons pour retourner voir la source du Doubs. L’été dernier, elle nous semblait si vivante et joyeuse sous le soleil. Aujourd’hui, prisonnière dans son linceul de neige et de glace, elle est toujours aussi belle !

Sur le « toit du Doubs »,
à 1461 m d’altitude, se
dévoile la chaîne alpine.

Puis vient l’étape reliant Mouthe à Chaux-Neuve (7km/3h; montée : 200m; descente : 100m). Cette courte étape relie 2 villages mythiques de la région où l’ambiance nordique est de mise. La trace, le plus souvent à faire, passe d’abord le long de tourbières puis entre dans un monde fait de combes et de forêts. Avant de basculer sur Chaux-Neuve et une fois le col de Champvents franchi, de superbes panoramas s’offrent à nous. Un peu plus loin, le stade de tremplins de saut de Chaux-Neuve propulse dans les airs les champions d’aujourd’hui et de demain. Le Jura en est, depuis bien longtemps, un véritable vivier. Le lendemain, nous prenons la direction de Chapelle-des-bois (11 km/4h30; montée : 250 m; descente : 210 m). La G.T.J prend alors de l’altitude en gravissant les pentes du Grand Git, pour s’atténuer par la suite.

Le Pré-Poncet constitue une halte agréable à mi-étape, avant de traverser l’immense combe des Cives, nichée entre la forêt du Mont Noir et du Risoux. Cette progression, au sein de cette magnifique combe, nous fait marcher en laissant la Suisse nous surplomber depuis les falaises et la forêt du Risoux. Dans ce secteur, il est possible de visiter soit le parc polaire de Cernois-Veuillet afin d’y côtoyer une meute de chiens, un troupeau de rennes ou d’autres animaux typiques des régions froides, soit le Pré- Poncet où l’on peut découvrir l’exposition « un siècle de ski » ou bien encore l’écomusée. Il y a toujours quelque chose à faire ou à découvrir dans le massif du Jura.

A la frontière de la Suisse

Puis c’est un des points forts de cette randonnée qui nous attend avec la liaison reliant Chapelledes- Bois à Bois-d’Amont (11 km/4h30 ; montée : 360m ; descente : 380m) et comprenant la traversée de la fameuse forêt du Risoux. Celleci présente, par son étendue, son altitude et la diversité des milieux naturels, une valeur biologique considérable. C’est également une des plus vastes étendues forestières d’Europe Occidentale, partagée entre la France et la Suisse. Au départ de Chapelle-des-Bois, le cheminement nous permet de nous régaler en redécouvrant la vue sur les lacs des Mortes et de Bellefontaine, mais uniquement après avoir effectué la raide ascension située sous la roche Bernard : tout se mérite ! Puis on entame enfin la traversée de la forêt du Risoux par le seul itinéraire autorisé en marge des derniers secteurs accueillant le mystérieux grand tétras. Là encore, la nature est prise dans une gangue hivernale et les arbres sont littéralement dégoulinant de neige. Nous marchons au plus près des profondeurs forestières.

Des profondeurs
forestières jusqu’aux
hautes combes du Jura.

Nous arrivons à Bois-d’Amont où, après avoir visité le musée de la Boisselerie, nous passerons la nuit. Une longue étape de transition nous attend le lendemain entre Bois-d’Amont et Prémanon (15,7 km/5h; montée : 230m; descente : 130m). Reliant la forêt du Risoux à celle du Massacre, elle est cependant sans difficulté particulière et les premiers kilomètres permettent de profiter de la vue sur le lac des Rousses, avant que l’itinéraire ne mène au fort des Rousses. Ce dernier a troqué sa fonction militaire pour celle permettant, entre autres, l’affinage du Comté.

Nous alourdissons un peu notre sac à dos avec le célèbre fromage et décidons, avant de remettre nos raquettes, d’aller jeter un oeil au sympathique musée du ski et de la tradition rousselande (situé à côté du gîte d’étape « Le Grand Tétras »). Le propriétaire des lieux, personnage « haut en couleurs », nous a fait une visite qui vaut le détour C’est une visite incontournable lors de votre passage aux Rousses ! Une fois repartis, nous traversons des pâtures enneigées jusqu’à Prémanon, village connu pour son Centre Polaire Paul-Emile Victor et son Centre National de Ski Nordique. Une journée bien longue, mais variée et pleine de rencontres !

Cette autre longue étape, entre Prémanon et Lajoux (15 km/6 h; montée : 380 m; descente : 360 m) fait aussi partie des points mythiques de la G.T.J car elle nous fait traverser la forêt du Massacre pour entrer dans les hautes combes du Jura. Au pied du crêt Pela qui culmine à 1495 m d’altitude, l’enneigement est en général excellent. Le chalet de la Frasse passé, le parcours devient plus sauvage. On peut observer, entre autre, l’épicéa « muté » dont le sommet est taillé en forme de colonne, adaptation naturelle aux conditions climatiques rigoureuses du secteur. Arrivés dans la combe à la Chèvre, le monde dit des « hautes combes jurassiennes » s’offre au plaisir des yeux.

Un balisage remarquable aide le randonneur

En toile de fond, les monts du Jura, que nous avons arpentés l’été dernier, barrent l’horizon et marquent encore la frontière avec la Suisse. Au niveau de Lajoux, nous en profitons pour faire une halte à la Maison du Parc du Haut Jura. Avec 178 000 hectares de surface, 82 000 habitants répartis en 122 communes, le Parc. Naturel. Régional est situé à cheval sur 3 départements (Doubs, Jura, Ain) et 2 régions (Franche- Comté et Rhône-Alpes). Travail et motivation doivent être au rendez-vous pour son personnel.

Noyés dans les hautes combes jurassiennes

Le lendemain et le surlendemain, 2 étapes nous font pénétrer au coeur des hautes combes : Lajoux- Bellecombe (12 km/5h; montée : 300m; descente : 230m) puis Bellecombe-La Pesse (8 km/3h30; montée : 290m; descente :360m). Celles-ci se caractérisent par des paysages ouverts, finement modelés au fil des millénaires, faits de creux, de bosses, de gigantesques et larges rayures cisaillant le massif. Au loin, les crêtes des monts du Jura barrent l’horizon.

L’habitat semble saupoudré dans un paysage d’un blanc immaculé. Dispersées dans une immensité blanche, des communes comme les Molunes ou Bellecombe semblent venues de nulle part. Une halte à la borne au Lion, au pied du Crêt de Chalam, permet de profiter d’un très beau point de vue sur la vallée de la Valserine et les plus hauts sommets des montagnes du Jura. Ici, la borne matérialisait, en 1613, le point de convergence du Royaume de France, du Royaume d’Espagne et du Duché de Savoie.

Une dernière descente

La dernière étape reliant la Pesse à Giron (13 km/5h15/montée 340 m/descente 500 m) possède un caractère plus forestier que les précédentes et nous fait pénétrer dans le département de l’Ain. Nous longeons la Semine et gagnons les hauteurs de la forêt de Champfromier. Plus loin, la piste s’approche de la falaise calcaire de la Roche Fauconnière présentant un à-pic de 80 m. Une dernière fois, nous devisons sur l’ampleur de cette G.T.J hivernale avant de nous laisser descendre jusqu’à Giron, synonyme de Sud, de Bugey et d’arrivée. Un verre de vin à la main (vin du Bugey bien sûr), nous devinons au loin le plateau de Retord. Nous savons qu’il y a de quoi faire une extension à cette randonnée.

Encore plus si le coeur vous en dit !

Pour les plus motivés qui veulent continuer la G.T.J ou ceux qui ne veulent faire que cette partie, « Le Tour du Plateau du Retord » est une boucle d’environ 35 km située dans le département de l’Ain. Cet itinéraire, non relié au parcours principal de la G.T.J, s’emprunte au départ de la station des Plans d’Hotonnes, du Col de Cuvery ou du village du Poizat (voir la fiche rando en page 74). Décidément, cette G.T.J reste un puits sans fond de découvertes, de rencontres et de plaisirs… et n’est-ce pas ce que l’on a toujours attendu d’elle ?

Textes et photos : Alain Perrier

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